La première ministre sortante, Christine Fréchette, a été une des principales cibles dans Le grand débat des chefs diffusé sur Noovo et Crave, mercredi soir, mais le référendum de Paul St-Pierre Plamondon a aussi été visé.
La cheffe d’Équipe Christine Fréchette – Coalition avenir Québec (CAQ) a dû écouter plusieurs attaques sur le bilan de son parti pendant les échanges.
Pendant 90 minutes sur Noovo et sur Crave, Mme Fréchette, Charles Milliard (PLQ), Paul St-Pierre Plamondon (PQ), Ruba Ghazal (QS) et Éric Duhaime (PCQ) ont échangé sur les grands enjeux qui préoccupent les Québécois et Québécoises, dans le cadre d’un débat animé par Michel Bherer en direct du Campus Bell de l’Île-des-Sœurs.
Un «avant-match» animé par Marie-Claude Paradis-Desfossés était présenté en exclusivité sur Crave à 19h pour faire le point sur les enjeux de la campagne électorale provinciale et les éléments à surveiller lors du débat, avec les analystes Alain Rayes, Yves Boisvert, Victor Henriquez et Antonine Yaccarini.
Cinq grands thèmes, mais surtout le bilan de la CAQ et le référendum
Le débat s’est décliné autour de cinq grands thèmes: le coût de la vie, les finances publiques et les infrastructures, l’avenir des jeunes, la santé et l’itinérance ainsi que la protection du français.
Mme Fréchette a toutefois elle-même tenté à plusieurs reprises de ramener les échanges vers Paul St-Pierre Plamondon et son engagement à tenir un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat, une ligne d’attaque qu’elle avait déjà mise de l’avant avant le débat.
La cheffe caquiste a remis en question le projet péquiste de tenir un référendum alors que le Québec traverse une importante période d’incertitude économique.
Le sujet est revenu quelques minutes plus tard alors que Mme Fréchette devait cette fois débattre avec Charles Milliard de fiscalité. La première ministre sortante s’est dite favorable à l’idée avancée par Éric Duhaime de relever à 35 000 $ le seuil de revenu à partir duquel les Québécois commencent à payer de l’impôt.
«L’état des finances publiques ne permet pas de faire ça», lui a rétorqué M. Milliard, qui y voit le «résultat du gaspillage de la CAQ».
Mme Fréchette a alors tenté de ramener la discussion vers le référendum péquiste.
«Vous esquivez constamment la question», lui a lancé le chef libéral. «Je vais m’arranger avec M. Plamondon sur la question du référendum.»
Cette stratégie avait été visible dès les premières minutes du débat, lorsque la cheffe caquiste avait déjà placé la proposition référendaire du PQ au cœur de son argumentaire.
«Vous avez dilapidé [...] des milliards»
Éric Duhaime a pour sa part attaqué directement le bilan financier de la CAQ lorsqu’il s’est retrouvé face à Christine Fréchette.
«Les maisons des aînés à 1 million de dollars la porte... vous aimez couper des rubans», a lancé le chef conservateur.
«Vous avez dilapidé des centaines de millions, des milliards» de dollars, a-t-il ajouté en s’en prenant aux dépenses réalisées sous le gouvernement de François Legault.
La taille de l’État a également opposé Ruba Ghazal et Paul St-Pierre Plamondon. La co-porte-parole solidaire refuse une réduction qui se ferait au détriment des services publics, tandis que le chef péquiste propose de réduire l’appareil gouvernemental pour réinvestir ailleurs.
Un projet de «gnochon»? Le troisième lien refait surface
Impossible, encore une fois, d’avoir un débat électoral au Québec sans parler du troisième lien entre Québec et Lévis.
Charles Milliard s’est dit «en faveur d’un troisième lien autoroutier avec du transport collectif», sans toutefois avancer de coûts ou d’échéancier lors de son duel avec Éric Duhaime. Ce dernier a toutefois esquivé la question de l’inclusion ou non du transport collectif sur un éventuel pont reliant Québec et Lévis.
Ruba Ghazal, elle, en a profité pour se moquer du parti de Mme Fréchette dans un duel. «À chaque campagne électorale, la CAQ découvre sa passion pour le 3e lien», a ri la co-porte-parole solidaire.
«C’est pas un projet de gnochon, comme le chef du PQ l’a déjà dit», a pourtant insisté la cheffe de la CAQ.
En route vers les élections
Quel effet aura eu ce débat sur les Québécois au moment de voter?
Mme Fréchette et la CAQ ont chuté au troisième rang des intentions de vote des Québécois interrogés dans un sondage commandé par à la firme Nanos Research par Noovo et Crave et publié mercredi.
Le PQ mène avec 27,9 % des intentions de vote chez les électeurs décidés, suivis de près par le PLQ, à 23,7 %, puis par la CAQ, à 21,6 %. Le PCQ récolte 16,4 % des appuis et QS, 8,7 %.
Les Québécois se rendent aux urnes le 5 octobre prochain pour élire leur prochain gouvernement, après huit ans de gouvernement majoritaire de la CAQ.
Le déroulement Grand Débat des chefs
Discours d’ouverture
Le chef d’antenne Michel Bherer a donné l’occasion aux cinq chefs – la première ministre sortante, M. Milliard, Mme Ghazal, M. Duhaime et M. Plamondon dans l’ordre – de prononcer un discours d’ouverture.
- Christine Fréchette: «La CAQ n’a pas été parfaite et on a appris de ça.»
- Charles Milliard: «Il faut donner de l’espoir à nos jeunes.»
- Ruba Ghazal: «Ça prend du courage et j’en ai à revendre.»
- Éric Duhaime: «J’ai une approche complètement à vous proposer ce soir.»
- Paul St-Pierre Plamondon: «On a un plan très concret et utile pour vous aider dans le coût de la vie.»
Après cette séquence ont lieu les affrontements entre les chefs, sous forme de duels, sur cinq grands thèmes.
Premier thème : le coût de la vie
Le président américain Donald Trump et ses tarifs de douaniers qu’il impose au Canada depuis plus d’un an était un éléphant sur le plateau du Grand Débat des chefs.
Rajoutée dans les derniers mois, la surtaxe de 50% sur près de 28 milliards de dollars de produits canadiens a envenimé la relation entre le Canada et les États-Unis. A suivi une riposte d’Ottawa sur plus de 700 produits américains et puis une réplique de Washington.
Cette surenchère a le potentiel d’endommager l’économique du Québec et d’avoir un impact sur le potentiel de ses citoyens, déjà empêtrés dans une crise du logement et qui doivent faire face à des loyers élevés et à une hausse du coût de l’épicerie.
Deuxième thème : finances et infrastructures
En date du 31 mars 2026, la dette nette du Québec s’élevait à 250 milliards de dollars, ce qui représente environ 29 000 dollars par Québécois.
Cette somme fait du Québec la deuxième province la plus endettée au pays, derrière Terre-Neuve-et-Labrador – un montant qui pourrait être appelé à augmenter au cours des prochaines années parce que nos besoins en infrastructures atteignent des sommets.
Partout au Québec, des écoles, des hôpitaux et des routes sont dans un piteux état.
Troisième thème : l’avenir de notre jeunesse
Nos jeunes doivent apprendre à naviguer dans un monde en grandes transformations. Avec l’omniprésence des écrans et des réseaux sociaux, un système scolaire en difficulté et l’incertitude liée aux changements climatiques, les jeunes Québécois démontrent de l’anxiété et de l’angoisse quant à leur avenir.
Selon l’Institut de la statistique du Québec, plus de la moitié des 15 à 29 ans présentent un niveau élevé de détresse psychologique.
Quatrième thème : santé et itinérance
La santé fait partie du top 3 des priorités des électeurs, selon le Baromètre Québec.
Avec la pénurie de personnel et le vieillissement de la population, notre réseau de la santé est mis à rude épreuve. Les enjeux reliés à l’itinérance ajoutent également de la pression. La crise, qui ne touche pas que les grands centres, a atteint un sommet inégalé dans la province. En trois ans, le nombre de personnes en situation d’itinérance visible a bondi de 20%.
Cinquième thème : protéger le français
Félix Leclerc disait: « La langue, c’est l’âme d’un peuple ».
Le Québec est la seule province où le français est l’unique langue officielle. Mais sur un continent de plus de 375 millions d’anglophones, le fait français se bute à des défis.
Selon l’Institut de la statistique, c’est maintenant moins d’un Montréalais sur deux qui utilise principalement le français pour parler à la maison.
Avec la mondialisation, les vagues d’immigration et la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, la province doit intégrer des personnes immigrantes, tout en s’assurant de freiner le déclin du français et de protéger sa culture.
Discours de clôture
Le débat s’est terminé par des allocutions individuelles de chaque chef : M. Plamondon, M. Duhaime, Mme Ghazal, M. Milliard et Mme Fréchette, dans cet ordre qui était l’ordre inverse des discours d’ouverture.
