Les libéraux ont remporté haut la main trois élections partielles fédérales hier soir, et ces résultats auront des répercussions qui vont bien au-delà du premier ministre Mark Carney; de l’impact de ces résultats sur la stabilité parlementaire à ce qu’une défaite notable pourrait déclencher chez les conservateurs mécontents, voici tout ce qu’il faut savoir.
Ces trois victoires portent le nombre de sièges des libéraux à 173 à la Chambre des communes. Ça veut dire que le parti au pouvoir a retrouvé sa majorité, qu’il avait techniquement perdue pendant l’été à cause d’une série de démissions.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Ce regain de stabilité pourrait permettre aux libéraux de rester au pouvoir pendant des années et leur assure à tout le moins d’avoir les chiffres de leur côté lors de tout vote de confiance, alors que la session d’automne de la Chambre des communes débute le 21 septembre.
De plus, il y a la force du soutien dont bénéficie le leadership de Carney. Dans les trois circonscriptions en jeu lundi — Chicoutimi–Le Fjord, au Québec, Beaches–East York, en Ontario, et North Vancouver–Capilano, en Colombie-Britannique —, le candidat libéral a remporté la victoire avec plus de 50% des voix.
Les élections partielles peuvent être considérées comme une sorte de bulletin de notes sur la façon dont un parti ou son chef est perçu par le public à un moment donné; ces résultats indiquent donc que les Canadiens, du moins ceux qui se sont rendus aux urnes lors de ces élections, considèrent toujours le premier ministre comme le meilleur choix.
L’influence de la guerre commerciale
Ce tour du chapeau libéral est réussi dans un contexte de guerre commerciale de plus en plus acerbe avec les États-Unis. Les événements des dernières semaines concernant le dossier commercial canado-américain — et plus particulièrement les actions et les commentaires du président américain Donald Trump — ont influencé le vote.
Nik Nanos, chef des analyses de données et fondateur de Nanos Research, a déclaré à CTV News que les deux principaux enjeux qui ressortent actuellement de ses sondages hebdomadaires sont l’emploi et Trump. Mais il met en garde : ces vents favorables pourraient bien se transformer en vents contraires.
«Trump va jouer en faveur des libéraux jusqu’à ce que les Canadiens commencent à s’inquiéter pour l’économie», a-t-il dit. «Ils vont commencer à voir des mises à pied et des victimes. Tu sais, c’est comme si la guerre avait été déclarée, mais qu’il n’y avait pas encore eu de victimes.»
«Si les victimes se multiplient, on ne sait pas dans quelle mesure cette relation particulière tiendra le coup, ni si elle continuera à profiter aux libéraux», a-t-il ajouté.
Kathleen Monk, directrice des communications de l’ancien chef du NPD Jack Layton, affirme pour sa part qu’il reste à voir comment Carney sera perçu par les Canadiens alors que les répercussions économiques des droits de douane à long terme commencent à peser sur leur portefeuille.
«Bien sûr, les chiffres du PIB sont excellents. Oui, côté emploi, on a créé plein d’emplois en juillet, mais tout n’est pas rose pour autant», a-t-elle soutenu. «Et je pense que les gens — même si le gouvernement continuera de mettre en avant ces chiffres, comme ceux du PIB — n’ont pas l’impression que ça va bien pour eux, et ça finira par se refléter dans les urnes.»
«Une refonte» s’impose-t-elle pour Poilievre?
Ce revirement d’opinion chez les Canadiens pourrait bien être exactement ce qu’espère le chef conservateur Pierre Poilievre, après que les élections partielles de lundi soir ont entraîné des revers sur plusieurs fronts pour le chef de l’opposition officielle, qui est sous pression.
Non seulement les libéraux ont-ils battu les conservateurs de façon décisive en remportant la circonscription québécoise, qui s’était libérée après que le premier ministre a convaincu Richard Martel, l’un des députés de M. Poilievre, de rejoindre le Sénat, mais leur candidat s’est classé troisième avec seulement 12,5% des voix.
C’est bien moins que lors de la victoire de M. Martel en 2025, où il avait obtenu 34,1% des voix. La part globale des voix des conservateurs a baissé dans les trois courses électorales de lundi.
Kory Teneycke, ancien directeur des communications du premier ministre Stephen Harper et critique virulent de Pierre Poilievre ces derniers temps, a qualifié les résultats de son parti de «raclée» sur les ondes de CTV News, les attribuant à ses faibles cotes de popularité et à «une direction assiégée» par les députés qui quittent son caucus.
«Les gens peuvent regarder autour d’eux et voir que cette perte de soutien n’augure rien de bon, et ils vont trouver d’autres façons de gérer ça», a-t-il déploré. «Mais les gens vont commencer à prendre leurs propres mesures pour essayer de préserver leur carrière en politique, ou pour faire passer le message qu’il faut un changement de direction.»
Scott Reid, un ancien directeur des communications du premier ministre Paul Martin, a aussi dit que les résultats électoraux au Québec constituaient «une raclée» tant pour le Bloc que pour les conservateurs.
«Ils vont devoir repartir de zéro en matière de stratégie électorale», a-t-il mentionné, en parlant des conservateurs.
«Ce qu’ils font ne marche pas. Ce que Pierre Poilievre essaie de faire, ça ne marche pas, c’est sûr que ça ne marche pas au Québec. Il faut repenser tout ça en profondeur.»
— Scott Reid, un ancien directeur des communications du premier ministre Paul Martin
Encore six élections partielles à venir
Les résultats de ce soir ne seront pas le dernier test pour les partis fédéraux, puisque le premier ministre doit encore déclencher six autres élections partielles, dont l’une est considérée comme un véritable test de la position politique de Pierre Poilievre, et une autre comme un indicateur de l’éligibilité du NPD sous sa nouvelle direction.
Quatre députés ont démissionné depuis la mi-juin, la démission d’un député conservateur est entrée en vigueur dans la nuit de lundi à mardi, et il y en a un autre dont le siège sera vacant à partir de la mi-septembre.
Une fois qu’un siège à la Chambre des communes est vacant, le premier ministre a entre 11 et 180 jours après la démission du député pour déclencher une élection partielle. La période de campagne pour ces scrutins peut durer entre 36 et 50 jours.
Direction Saint-Hyacinthe-Bagot-Acton?
La prochaine élection qui devrait être déclenchée concernera la circonscription de Saint-Hyacinthe-Bagot-Acton, au Québec. C’était une circonscription détenue par le Bloc québécois, jusqu’à ce que le député Simon-Pierre Savard-Tremblay démissionne le 19 juin pour se présenter aux élections provinciales. Le Bloc avait remporté la victoire avec une marge de 10 points lors des élections générales de 2025, les libéraux arrivant en deuxième position.
De la même façon, le NPD a perdu l’une de ses rares chaises à la Chambre la semaine dernière, quand le député de longue date Alexandre Boulerice a démissionné de sa circonscription de Rosemont-La Petite-Patrie, au Québec, pour se lancer dans la course aux élections québécoises. Alors que les néo-démocrates sont toujours en phase de reconstruction, l’avenir nous dira si les efforts du nouveau chef Avi Lewis dans la province cet été suffiront à conserver la seule chaire du parti au Québec.
Il y a aussi deux bastions libéraux désormais vacants: Scarborough-Nord, en Ontario, qui appartenait au député Shaun Chen jusqu’à ce qu’il démissionne à la mi-août pour des raisons de santé, et Laurier-Sainte-Marie, au Québec, que Steven Guilbeault, éminent ministre et environnementaliste, a officiellement quitté il y a quelques jours à peine.
Les marges de victoire des libéraux étaient importantes dans ces deux circonscriptions lors des élections générales de 2025: les conservateurs avaient terminé deuxièmes en Ontario, et les néo-démocrates avaient terminé deuxièmes dans la course pour le siège de Steven Guilbeault. Ces élections partielles ne devraient donc pas être les plus serrées de la série de campagnes à venir.
Une autre course qui ne devrait pas être serrée une fois l’élection partielle déclenchée est celle de Yorkton-Melville, en Saskatchewan, où la députée conservatrice sortante Cathay Wagantall — qui a dit que sa démission prendrait effet le 31 août — a remporté la circonscription avec 77,5% des voix lors des dernières élections. C’est une circonscription conservatrice de longue date où l’écart entre le premier et le deuxième était de plus de 23 000 votes en 2025.
La course à surveiller pourrait bien être la dernière à être annoncée. Ce sera à Brantford-Brant-Sud, en Ontario, où le député conservateur sortant Larry Brock a déclaré qu’il quitterait son siège à compter du 18 septembre pour retourner au bureau du procureur de la Couronne de Brantford.
C’est le septième député à quitter le caucus de Pierre Poilievre depuis les élections fédérales de 2025, et le départ de Brock pourrait bien devenir un véritable test de la capacité du chef, sous le feu des critiques, à rallier les électeurs dans une province cruciale pour le succès électoral futur de son parti.
Les conservateurs ont remporté cette circonscription ontarienne avec 52,4 % des voix en 2025, les libéraux arrivant en deuxième position avec 41,1 %. Mais quand CTV News a discuté cet été avec plusieurs députés conservateurs au sujet du leadership de Pierre Poilievre, la course électorale à Brantford-Brant-Sud a été mentionnée comme une source de préoccupation.
Un député ontarien a décrit l’élection partielle qui s’annonce comme un test crucial pour le parti. La circonscription est conservatrice depuis 2008, et le député a dit que si les conservateurs ne parviennent pas à conserver ce siège, le leadership du chef sera sérieusement menacé.
Ce député a comparé la situation à la défaite des libéraux à Toronto-St. Paul’s en 2024, une défaite largement considérée comme un tournant qui a accéléré la pression sur le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, avant qu’il ne démissionne de son poste de chef du Parti libéral.
Avec des informations de Spencer Van Dyk et Brennan MacDonald de CTV News

