Les dépenses militaires d’un éventuel Québec indépendant devront être plus élevées que prévu.
Le Parti québécois a reconnu samedi qu’il devra réviser son portrait des finances d’un Québec souverain, un exercice appelé communément budget de l’an 1.
Le député péquiste Pascal Paradis a aussi soutenu qu’une armée québécoise serait tout aussi capable de défendre le Québec que l’armée canadienne et qu’elle serait d’une taille semblable aux forces armées d’autres puissances moyennes équivalentes, comme le Danemark ou la Suède.
L’armée canadienne n’agit pas comme un «bouclier pour le Québec» et «ce n’est pas l’armée canadienne qui dissuade une hypothétique invasion américaine», c’est là un «argument fallacieux des fédéralistes», a-t-il commenté en mêlée de presse au congrès du PQ à Saint-Hyacinthe.
«Nous allons avoir une armée solide qui va assurer notre protection», a plaidé M. Paradis.
Le budget de l’an 1 présenté en 2023 par le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon avait fixé des dépenses militaires d’un Québec indépendant à près de 3,6 milliards $, soit proportionnellement la part du Québec dans les dépenses fédérales en Défense.
Mais l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN) a obtenu l’engagement du Canada d’augmenter ses dépenses militaires, et le PQ soutient qu’un Québec indépendant adhérerait à cette alliance des puissances occidentales.
M. Paradis a laissé entendre qu’il y aurait une mise à jour des données pour tenir compte de la nouvelle réalité.
«Bien sûr, (...) on est très rigoureux dans notre travail, on met notre travail à jour avec les données à jour», a-t-il assuré, sans indiquer quand une nouvelle simulation budgétaire sera publiée.
L’OTAN avait d’abord fixé à 2 % du produit intérieur brut (PIB) la cible que ses États membres devraient consacrer à leurs dépenses militaires.
Mais en décembre dernier, l’OTAN a revu à la hausse sa cible de dépenses militaires pour les États membres pour l’établir à 5 % d’ici à 2035.
Déjà, l’exercice budgétaire simulé du PQ s’était attiré les critiques de ses adversaires.
L’ancien sénateur et ancien président du comité de relance du Parti libéral du Québec (PLQ), André Pratte, avait estimé que les dépenses militaires d’un Québec indépendant avaient été sous-estimées.
Pour franchir le seuil des 2 % du PIB, il en coûterait à un hypothétique Québec souverain 8 milliards $ de plus que les 3,6 milliards $ inscrits au poste budgétaire par le PQ.
Selon des travaux de la Bibliothèque du Parlement à Ottawa, l’OTAN estime que les dépenses de Défense du Canada en pourcentage du PIB ont augmenté, passant de 1 % en 2013-2014 à 1,31 % en 2023-2024.
L’Alliance prévoit que le Canada consacrera, en 2024-2025, 1,37 % de son PIB aux dépenses de Défense. L’Alliance a aussi déclaré qu’en 2024-2025, les dépenses de défense du Canada se classaient au septième parmi les 32 États membres de l’OTAN.
En cas d’accession à l’indépendance, «on va être dans la stabilité et la continuité sur les intérêts stratégiques du Québec, ça inclut l’OTAN et ça inclut de remplir nos obligations en vertu du Traité (de l’Atlantique Nord)», a plaidé M. Paradis.
En outre, il n’y a pas que l’armée qui assurerait la défense et la souveraineté du Québec, mais un ensemble d’alliances, d’intérêts politiques, économiques, géopolitiques, a-t-il fait valoir.
Le député soutient qu’un Québec indépendant serait une puissance moyenne, tout comme le Canada, le Danemark, la Finlande, etc.
Le portrait des finances d’un Québec souverain, communément appelé «budget de l’an 1, a été effectué à quelques reprises par le PQ durant son histoire.
Il vise essentiellement à tenter de démontrer la viabilité financière d’un État indépendant et à contrecarrer les arguments des adversaires voulant que le Québec soit bénéficiaire de la fédération.
C’est un exercice pro forma, c’est-à-dire qu’on reprend simplement tels quels les choix budgétaires du fédéral, on les réplique sans faire intervenir des décisions politiques supplémentaires qui les modifieraient.
