Au lendemain de l’annonce d’un référendum qui portera implicitement sur la séparation de l’Alberta du reste du pays, le premier ministre Mark Carney a insisté pour dire que «le Canada fonctionne», et que cela se fait dans un esprit de «fédéralisme coopératif».
«Le Canada est le meilleur pays au monde», a lancé M. Carney lors d’une brève déclaration, vendredi, devant la statue de la reine Victoria dans l’enceinte de la Bibliothèque du Parlement.
Mais ce pays «peut être meilleur, et on y travaille», a poursuivi le premier ministre, saisissant au passage l’occasion de signaler que cette «rénovation» est à l’image de l’imposant chantier de l’édifice du Centre où il se trouvait.
Le premier ministre a rappelé qu’il était à Calgary la semaine dernière avec la première ministre Danielle Smith lorsqu’ils ont annoncé «un accord historique» axé sur le secteur de l’énergie.
«On travaille avec tous les provinces et les territoires pour rendre le Canada plus indépendant, plus résilient, plus prospère, et plus soutenable», a-t-il dit.
Dans son discours, M. Carney a évoqué d’anciennes personnalités politiques albertaines, notamment les anciens premiers ministres Joe Clark et Stephen Harper.
La première ministre Smith prévoit tenir une conférence de presse en après-midi pour répondre aux questions.
Le débat sur la question
Dans un message préenregistré qui a été diffusé jeudi soir, Mme Smith a indiqué que les Albertains se rendront aux urnes le 19 octobre pour se prononcer sur la sécession, mais qu’ils ne voteront pas réellement sur une question visant à déterminer si leur province doit quitter le Canada.
Ils voteront plutôt pour décider s’il est temps d’organiser un référendum contraignant sur la sortie du Canada. Et, contrairement aux référendums sur la souveraineté du Québec, les Albertains ne cocheront pas un «oui» ou un «non». Cela ressemblera davantage à un «non» ou à un «peut-être».
La question sera la suivante: «L’Alberta doit-elle rester une province du Canada ou le gouvernement de l’Alberta doit-il entamer le processus juridique prévu par la Constitution canadienne pour organiser un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit ou non se séparer du Canada?»
En faisant l’annonce, Mme Smith, qui assure être favorable au maintien de sa province dans le Canada, a affirmé que sa décision sur la tenue d’un référendum constitue la meilleure solution pour défendre le pays tout en donnant la parole à ceux qui estiment qu’il ne répond plus à leurs attentes.
Or, la question est généralement mal accueillie.
Dans un communiqué, l’organisme qui représente les francophones de l’Alberta a dénoncé, vendredi, que la question posée «manque de clarté» sur les implications concrètes du processus qui est proposé.
«Ce débat soulève des inquiétudes importantes quant à la stabilité de nos institutions, de nos services et du cadre canadien qui protège les communautés francophones en situation minoritaire», y écrit la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Nathalie Lachance.
Et, pour les figures de proue du mouvement séparatiste, la question référendaire est «lâche».
Jeff Rath, un avocat de Stay Free Alberta, le groupe qui a recueilli des signatures pour tenter d’imposer un référendum sur la séparation, a déclaré que c’était une insulte aux personnes qui aspirent à l’indépendance.
Et Cam Davies, le chef du Parti républicain indépendantiste de l’Alberta, a jugé que la question référendaire de Mme Smith manque de «colonne».
Poilievre veut offrir «l’espoir»
Lors d’un point de presse en Colombie-Britannique, vendredi, le chef conservateur Pierre Poilievre a évité de dire s’il croit que la menace d’un référendum est la bonne manière de faire des gains face à Ottawa.
«On devrait faire des gains pour tous les Canadiens, peu importe s’il y a des référendums», a-t-il répondu à une journaliste.
M. Poilievre a détaillé la «vision d’espoir» qu’il offre aux Albertains en répétant ses promesses électorales, notamment que, sous un gouvernement conservateur, la province aurait plus d’autonomie dans ses champs de compétence et pour prendre ses propres décisions.
Et cela s’applique tant aux Albertains qu’aux Québécois, a-t-il insisté.
Il s’est rappelé avec «fierté» à quel point le pays était «très uni» durant les années où Stephen Harper était au pouvoir à Ottawa.
«Onze ans plus tard, on a les séparatistes qui mènent au Québec et en Alberta on fait face maintenant à un référendum.»
Selon lui, cela est un indicateur du travail du premier ministre Mark Carney.
