Alors que le gouvernement fédéral fait face à des questions concernant l’ouverture du pont international Gordie Howe, le chef conservateur Pierre Poilievre demande au premier ministre Mark Carney de rendre publics les détails de l’entente conclue entre le Canada et les États-Unis pour la mise en service de ce projet retardé.
Dans une lettre adressée à M. Carney vendredi, M. Poilievre a accusé le premier ministre de «faire des déclarations contradictoires au sujet de ce que vous avez cédé».
«Alors, en quoi consiste l’entente? Ça fait une semaine; il est temps que vous rendiez publique l’entente afin que les Canadiens puissent voir par eux-mêmes ce que vous avez négocié avec les Américains», a écrit ensuite M. Poilievre.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Vendredi dernier en fin de journée, Logement, Collectivités et Infrastructures Canada a confirmé que le pont, qui reliera Windsor, en Ontario, à Détroit, au Michigan, ouvrira le 27 juillet après des semaines de retard. Depuis lors, l’explication donnée par le gouvernement fédéral au sujet de l’entente a évolué.
Ce même jour, une source haut placée au sein du gouvernement avait confié à CTV News que le Canada percevrait 50% des recettes provenant des péages du pont au cours des 15 premières années, les 50% restants étant versés dans un fonds de développement économique.
La source avait également indiqué que les États-Unis devront donner leur accord si le Canada souhaite augmenter les péages du pont de plus de 10% ou les réduire en dessous des moyennes régionales.
Puis, lors d’une entrevue accordée dimanche à CTV Calgary, M. Carney avait expliqué que le partage des revenus avec les Américains serait minime et n’interviendrait qu’une fois la dette liée au pont remboursée.
«Le mot “net” joue un rôle important ici. Nous partageons les revenus une fois que le Canada a été remboursé», avait dit le premier ministre à ce moment-là. «Nous percevons les recettes. Ensuite, il faut couvrir les coûts d’exploitation du pont et rembourser la dette liée à celui-ci; ce qui reste est réparti pendant 15 ans.»
«Il n’y aura pas beaucoup de montant net à partager», avait-il ajouté plus tard, tout en précisant que les fonds consacrés au développement économique seraient réinvestis du côté américain de la région.
Le même jour, le ministre du Logement et des Infrastructures, Gregor Robertson, avait publié un message sur X, indiquant que «le Canada continuera de percevoir la totalité des recettes de péage, la moitié des bénéfices nets étant ensuite affectée au développement économique local pendant 15 ans».
Mais s’adressant aux journalistes lors d’une annonce sans rapport avec ce sujet à London, en Ontario, jeudi, M. Carney avait fait référence à un «partage des recettes nettes», alors que M. Robertson avait parlé de «bénéfices nets».
«Le partage des péages, ou tout partage des recettes de péage, n’aura pas lieu tant que la dette n’aura pas été entièrement remboursée», avait lancé Mark Carney jeudi. «Nous partagerons les recettes nettes au cours des 15 premières années, et ces recettes nettes sont calculées après déduction des coûts d’exploitation.»
Les revenus nets, toutefois, correspondent au montant total que réalise une entreprise après les ventes et les rabais, tandis que le bénéfice net désigne ce qui reste après déduction de toutes les dépenses d’entreprise, y compris les coûts d’exploitation.
M. Carney avait également mentionné jeudi qu’il s’attendait à ce que «les revenus nets soient modestes» pour le pont au cours des premières années, allant même jusqu’à dire qu’ils seraient probablement «négatifs».
L’entente a toutefois suscité certaines critiques, car elle est perçue comme une nouvelle concession faite à l’administration Trump.
Dans le cadre de l’entente initiale signée en 2012, le Canada avait accepté d’avancer la totalité des coûts de construction, qui ont atteint 6,4 milliards de dollars, puis de percevoir 100% des recettes jusqu’à ce qu’il ait récupéré son investissement. L’entente prévoyait que le recouvrement prendrait au moins 50 ans, après quoi le Canada et le Michigan se partageraient à parts égales les recettes des péages.
Jusqu’à présent, aucune version écrite du nouvel accord n’a été rendue publique.
Dans une déclaration à CTV News mercredi, lorsqu’on lui a demandé si l’accord serait publié, le bureau du premier ministre a répondu : «Les deux pays sont en train de finaliser les détails juridiques et administratifs, et nous continuerons à fournir des mises à jour au fur et à mesure que ce travail avance.»
CTV News a également contacté la Maison-Blanche et le ministère américain du Commerce pour obtenir des précisions sur l’entente.
Ouverture prévue à la fin juillet
Ce nouveau passage devrait considérablement réduire la congestion sur le pont Ambassador situé à proximité et fluidifier le commerce transfrontalier.
Le pont est prêt depuis le mois dernier, et on s’attendait à ce qu’il ouvre en juin après que Carney eut semblé confirmer les informations relayées par les médias américains.
Mais quelques jours plus tard, la cérémonie d’inauguration et l’ouverture ont été reportées, M. Carney insistant à l’époque sur le fait qu’il n’y avait «pas de drame majeur».
Plus tôt cette année, CTV News avait rapporté que les deux parties tentaient de négocier discrètement une date d’ouverture après que Trump se soit plaint, dans une publication sur les médias sociaux en février, que le Canada ne traitait pas les États-Unis équitablement en matière de commerce. Dans sa longue diatribe, il avait notamment évoqué la construction du pont comme l’un de ses griefs.
À l’époque, le New York Times avait également rapporté que Matthew Moroun, propriétaire du pont Ambassador situé à proximité et donateur de Trump, avait rencontré le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, quelques heures avant la publication du message de Trump sur les médias sociaux en février.
Après l’annonce de la dernière entente, Trump s’en est attribué le mérite dans un message publié sur Truth Social, la qualifiant de «BIEN MEILLEURE ENTENTE pour l’Amérique».
La construction du pont a débuté en 2018. Ce pont à haubans comportera trois voies en direction du Canada et trois en direction des États-Unis, et figurera parmi les cinq plus longs ponts d’Amérique du Nord.

