Ottawa a dépensé plus de 800 millions $ dans les technologies d’intelligence artificielle (IA) depuis 2023, selon des données fournies par le gouvernement fédéral.
Ce montant comprend deux contrats déjà annoncés: un contrat de service public de 350 millions $ avec Dayforce visant à remplacer le système de paie Phoenix, en proie à des difficultés, et un investissement de 240 millions $ dans l’entreprise d’IA Cohere.
Il inclut également des centaines de dépenses allant de quelques centaines de dollars pour un abonnement à ChatGPT à des contrats de plusieurs millions de dollars avec diverses entreprises.
Un porte-parole du ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, a déclaré que le chiffre de 800 millions $ «ne doit pas être interprété comme un total unique pour les achats d’outils d’IA par le gouvernement».
«Ce document regroupe des catégories de dépenses très différentes: les ministères qui utilisent des outils et des services infonuagiques basés sur l’IA, des projets de modernisation numérique plus vastes où l’IA peut constituer un volet, et des programmes distincts qui soutiennent les entreprises canadiennes en IA, la capacité de calcul et l’innovation. Ce sont des choses différentes, et ce contexte est important», précise la déclaration.
Le député conservateur Jagsharan Singh Mahal avait demandé à tous les ministères, organismes et sociétés d’État de fournir des informations sur les contrats, abonnements et licences liés à l’IA.
Il avait également demandé des données sur «les projets pilotes, les protocoles d’entente, les autorisations de tâche, les énoncés des travaux, les permis et les autres ententes gouvernementales ayant trait aux technologies d’intelligence artificielle».
Tous n’ont pas donné suite à cette demande, ce qui signifie que le montant total des dépenses est supérieur à celui indiqué dans la réponse du gouvernement.
L’IA au service de nombreux ministères
M. Mahal a demandé des données pour la période allant du 1er janvier 2023 au 9 mars 2026. La Presse Canadienne a compilé les réponses — dont certaines étaient exprimées en dollars américains et d’autres en abonnements mensuels — pour arriver à un total d’environ 831 millions $ pour les ministères et organismes qui ont fourni des informations.
En raison des accords avec Dayforce et Cohere, Services publics et Approvisionnement Canada ainsi qu’Innovation Canada ont été les ministères les plus dépensiers, suivis par la Défense nationale avec 83,7 millions $ et l’Agence du revenu du Canada avec 29,9 millions $. Anciens Combattants Canada a dépensé 25,1 millions $.
L’Agence du revenu du Canada a signé un contrat de 17,5 millions $ avec Sailpoint Technologies pour des «analyses basées sur l’apprentissage automatique» destinées à des applications telles que le signalement automatique des «utilisateurs à haut risque».
Les dépenses de la Défense nationale comprennent un contrat de 6,3 millions $ avec Ecopia Incorporated pour un «logiciel de cartographie qui identifie les caractéristiques du terrain et les objets à partir d’images satellites».
La quasi-totalité des dépenses du ministère des Anciens Combattants a été consacrée à un outil d’IA qui traite les dossiers médicaux des anciens combattants. Le ministère a expliqué que cet outil génère «des résumés de demandes, réduisant ainsi le volume de documents pour les évaluateurs d’invalidité».
Parmi les exemples de services d’IA rapportés par le gouvernement, on retrouve des produits grand public, comme le sous-titrage automatique et l’outil de transcription Wordly.
D’autres contrats importants ont été conclus avec de grandes entreprises d’IA, comme l’entente de 12,1 millions $ signée par la Banque du Canada avec Microsoft pour la mise en œuvre de sa solution M365 Copilot.
Certains contrats étaient plus ciblés. Pêches et Océans Canada a investi 1,27 million $ dans une solution d’IA appelée AI.Fish, qu’il décrit comme des «solutions d’intelligence artificielle personnalisées pour la gestion des pêches, y compris la surveillance électronique et la détection des engins fantômes».
Le ministère de la Défense nationale a décroché le plus grand nombre de contrats, soit 104. Il est suivi par le Conseil national de recherches du Canada, avec 61 contrats, et Innovation Canada, avec 38.
Le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ont refusé de fournir les informations demandées. Le CST a invoqué des questions de sécurité nationale, tandis que le SCRS a fait appel à son «mandat et ses exigences opérationnelles spécifiques».
CBC/Radio-Canada a déclaré que les informations relatives à la valeur de ses contrats d’IA étaient protégées par la Loi sur l’accès à l’information, à moins que le contrat ne fasse l’objet d’un appel d’offres public.
D’autres ministères et organismes ont affirmé qu’il ne leur était pas possible de fournir ces informations, car ils ne les enregistrent pas dans une base de données centralisée.
Parmi ces ministères et organismes figuraient la Gendarmerie royale du Canada, Ressources naturelles Canada et Relations avec les Autochtones et Affaires du Nord Canada.
— Avec des informations de Nick Murray

