Pendant que la première ministre Christine Fréchette souhaite «prendre le temps d’analyser» la hausse des droits de douane sur les produits canadiens annoncée par les États-Unis, son homologue ontarien Doug Ford a appelé à une riposte agressive de toutes les provinces pour faire mal aux États-Unis.
«C’est préoccupant, ces menaces, mais on va prendre le temps d’analyser les décrets présidentiels avant de se prononcer plus en détail», a affirmé Mme Fréchette à son arrivée dans un hôtel de Charlottetown mardi midi, pour le sommet estival du Conseil de la fédération, avec ses homologues des autres provinces.
Elle a refusé de répondre aux questions et n’a pas voulu indiquer si le Québec était prêt à remettre en vente les alcools américains à la SAQ - leur retrait est un des motifs de la colère du président Trump à l’encontre du Canada.
Son homologue britanno-colombien, David Eby, a été catégorique: il n’est «absolument pas question» qu’il autorise le retour des produits américains dans les magasins d’alcool de sa province.
À l’origine, le retrait par les provinces de l’alcool américain des tablettes des sociétés des alcools constituait une mesure de rétorsion face aux droits de douane américains existants, et la Maison-Blanche l’a qualifié de source de friction commerciale.
«Il ne faut pas plier», a lancé Doug Ford en début d’après-midi en demandant aux autres provinces d’être plus solidaires avec l’Ontario et de lever le ton avec lui contre les États-Unis.
«Tout est sur la table, et on ne peut plus être seuls (à riposter), il faut frapper avec tout ce qu’on a», a-t-il réclamé, en évoquant notamment l’approvisionnement énergétique fourni aux États-Unis par les provinces canadiennes, que ce soit le pétrole, l’électricité, etc.
«On pourrait démanteler les États-Unis si on le voulait», a-t-il lancé en s’en prenant à Donald Trump qu’il a qualifié d’«intimidateur».
Le Québec a signé lui-même de juteux contrats pour fournir de l’électricité aux États de la Nouvelle-Angleterre, mais l’ancien premier ministre François Legault avait déjà écarté ce type de représailles en 2025.
De son côté, le premier ministre Mark Carney a affirmé dans une mêlée de presse à Ottawa que l’objectif était toujours d’en arriver à une entente avec les États-Unis, pour renouveler l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).
Il devait s’entretenir avec ses homologues des provinces dans l’après-midi par téléconférence, avant de les rencontrer en personne jeudi.
Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, a précisé que cette réunion virtuelle avec le premier ministre fédéral avait été ajoutée à l’ordre du jour.
M. Ford a estimé que le coût économique des sanctions imposées par les États-Unis était de 28 milliards $ - reprenant ainsi un chiffre qui circule depuis lundi - et il a affirmé que sa province allait être la plus touchée.
«C’est la nouvelle réalité et on ne peut plus se fier aux États-Unis comme partenaire commercial fiable», a déploré le vice-président du Conseil de la fédération, le premier ministre des Territoires-du-Nord-Ouest, R.J. Simpson.
«C’est difficile d’élaborer une stratégie quand on a un acteur un peu moins rationnel devant nous», a-t-il ajouté, en faisant référence au président américain.
De hauts responsables de la Maison-Blanche ont indiqué que ces droits de douane, qui entreront en vigueur dans un délai de 30 jours, constituent une réponse aux interdictions provinciales visant les alcools américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
Les nouveaux droits de douane ne s’appliqueront pas à l’énergie, à la potasse, au poisson, ni aux autres produits déjà soumis à des droits de douane spécifiques à leur secteur.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a exhorté le ministre responsable du commerce entre les États-Unis et le Canada, Dominic LeBlanc, ainsi que son équipe à «camper» à Washington, jusqu’à ce que l’ACEUM soit renouvelé. Il a ajouté que les États-Unis et le Canada devaient mettre fin à la rhétorique et s’asseoir à la table des négociations.
M. Lantz a dit que la réunion du Conseil de la fédération n’avait pas été perturbée par les nouvelles menaces de M. Trump, le commerce figurant déjà en tête de l’ordre du jour cette semaine.
Parmi les principaux enjeux abordés par les provinces figuraient les efforts visant à supprimer les derniers obstacles au commerce intérieur et la promotion de grands projets d’infrastructure susceptibles d’attirer des investissements et de créer des emplois dans leurs régions.
- Avec la contribution d’Eli Ridder
