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Les compressions à Affaires mondiales Canada touchent plus les postes à l'étranger

Ottawa réduit ses effectifs dans tous les ministères pour financer la forte hausse des dépenses de défense.

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Le premier ministre Mark Carney quitte l'ambassade du Canada à Paris après s'être adressé aux médias, le mardi 6 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi Le premier ministre Mark Carney quitte l'ambassade du Canada à Paris après s'être adressé aux médias, le mardi 6 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi (Christinne Muschi)

Les compressions au sein du service extérieur canadien affectent de manière disproportionnée les postes basés à l’étranger, ces postes à rotation étant supprimés trois fois plus rapidement que ceux du personnel d’Affaires mondiales Canada basé au Canada.

Des données obtenues par La Presse Canadienne montrent également une baisse encore plus importante du nombre de travailleurs étrangers embauchés dans les missions à l’étranger, au moment même où le gouvernement Carney cherche à renforcer les liens diplomatiques et commerciaux avec d’autres pays.

«Ils ne comprennent pas leur rôle. Et leur rôle ne se résume pas à des tableurs», a déclaré Jeremy Kinsman, ancien ambassadeur en Russie, au Royaume-Uni et auprès de l’Union européenne. «Cela pourrait être un symptôme ou le reflet du décalage entre les employés basés à Ottawa qui n’ont pas d’expérience à l’étranger et qui, par conséquent, ne comprennent pas.»

Affaires mondiales Canada a indiqué rechercher des gains d’efficacité tout en poursuivant le programme gouvernemental de diversification des échanges commerciaux et de promotion des intérêts canadiens à l’étranger.

Ottawa réduit ses effectifs dans tous les ministères pour financer la forte hausse des dépenses de défense.

Depuis plusieurs semaines, le personnel d’Affaires mondiales Canada (AMC) peut consulter sur l’intranet du ministère un compte rendu régulièrement mis à jour du nombre de mises à pied et de rachats de contrats entrepris, ventilé par divisions.

Le ministère a transmis ces données à La Presse Canadienne, ainsi que son dernier bilan des réductions.

La défense du Canada et de l’Arctique entre dans une nouvelle ère, selon Jennie Carignan La défense du Canada et de l’Arctique entre dans une nouvelle ère, a affirmé la cheffe d'état-major de la Défense, Jennie Carignan. En entrevue avec l'AFP, elle parle également d'un «moment charnière» pour l'armée canadienne et fait le constat que «la géographie» ne protège plus le pays «aussi bien que dans le passé».

Au 31 mars de cette année, AMC devait compter 2878 postes à rotation — excluant les contrats à court terme — contre 3221 un an auparavant, soit une réduction de 10,6 %. Ce chiffre inclut notamment les diplomates.

Le nombre de postes non rotatifs, qui concernent uniquement le Canada, a été fixé à 6624, contre 6868 auparavant — une réduction de 3,5 %.

Selon M. Kinsman, ces changements «aggraveront considérablement le déséquilibre» entre le nombre de diplomates en poste à l’étranger et la taille des effectifs à Ottawa. Il a déclaré que le ministère accorde une importance démesurée aux rapports et à la paperasserie, au détriment de la recherche de résultats concrets par la diplomatie.

«J’inverserais ces statistiques et je réduirais drastiquement les effectifs des sièges sociaux, dans la mesure du possible sans causer de préjudice excessif, et je me concentrerais sur le maintien des agents du service extérieur», a-t-il affirmé.

Les données révèlent également que le Canada prévoit supprimer 754 affectations de travailleurs étrangers à l’étranger — dont 290 postes vacants qu’il entend laisser expirer — au cours des trois prochaines années.

Cela se traduira par une baisse de 13,8 % du nombre de ce que le ministère appelle le «personnel recruté localement», par rapport aux 5450 employés étrangers qu’Affaires mondiales Canada employait au 1er janvier de cette année. Affaires mondiales Canada indique que la plupart de ces réductions auront lieu en 2026.

M. Kinsman a ajouté que cela signifie se priver d’une contribution «considérable» de la part des Canadiens, qui perçoivent généralement un salaire local et n’ont pas à supporter les frais de déménagement et de scolarité exigés des diplomates canadiens.

«Nous obtenons leurs contacts. Leur travail consiste à explorer le milieu dans lequel ils ont grandi, vivent et travaillent, et à nous mettre en relation avec les bonnes personnes, a-t-il dit. Leur capacité de collecte de renseignements est vraiment inégalée.»

Affaires mondiales Canada a indiqué qu’elle s’efforce d’améliorer son efficacité, notamment par une meilleure utilisation des technologies.

Le nombre d’employés occupant des postes administratifs à l’étranger, en particulier les Canadiens, subit une réduction disproportionnée.

Le Canada conserve des citoyens canadiens pour certains postes dans les missions diplomatiques à l’étranger, comme la supervision des systèmes informatiques dans les pays sensibles.

«Les ajustements d’effectifs pour l’Examen complet des dépenses ont été déterminés en fonction des besoins opérationnels, en examinant l’organisation du travail et des services au sein du ministère, selon une approche commune appliquée de façon uniforme dans tous les secteurs, a écrit John Babcock, porte-parole d’AMC. Cette approche a permis de prendre des décisions justes et équilibrées, sans affecter de façon disproportionnée un groupe en particulier.»

Surcharge de travail à venir à Ottawa

Dans un document d’information préparé à l’intention de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, en vue de son témoignage devant un comité parlementaire en novembre dernier, Affaires mondiales Canada a indiqué que 49,6 % de ses effectifs travaillaient à l’étranger, mais que 80 % de ces postes étaient occupés par des travailleurs étrangers embauchés dans le pays hôte.

Seul 20 % du personnel d’AMC en poste à l’étranger étaient des citoyens canadiens — soit 1420 employés, ce qui représente 16,7 % de l’ensemble des citoyens canadiens employés par le ministère.

AMC a écrit dans un communiqué qu’elle devrait maintenir environ la moitié de son personnel à l’étranger après avoir effectué toutes les compressions budgétaires prévues.

M. Kinsman a soutenu que le Canada ne déploie pas suffisamment de diplomates à l’étranger et qu’il y a une surcharge de travail à Ottawa.

Stratégie industrielle en défense: «on était dépendant des Américains», dit Joly Entrevue avec la ministre fédérale Mélanie Joly au sujet de la nouvelle stratégie industrielle en matière de défense annoncée par Ottawa.

«La plupart des pays privilégient leur représentation à l’étranger plutôt que, disons, le personnel administratif du siège, a-t-il affirmé. Ce dernier est surchargé et hiérarchisé. Et ces personnes passent énormément de temps en réunion.»

Il existe peu d’études sur le déploiement des diplomates par les pays et sur les comparaisons entre ces derniers.

Un audit du service diplomatique britannique réalisé en 2025 a révélé que 27 % des citoyens britanniques y travaillant étaient en poste à l’étranger, contre 16 % des citoyens canadiens employés par Affaires mondiales Canada.

Par ailleurs, 53 % des employés du service diplomatique britannique étaient des étrangers recrutés localement, contre 39 % pour Affaires mondiales Canada.

En 2022, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué que 74 % de son personnel travaillait à l’étranger et que 26 % restait en France, sans toutefois préciser la proportion de ressortissants français et d’étrangers.

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste