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Télétravail des fonctionnaires: le présentiel mur à mur n’est bon pour personne

Le télétravail n’est pas un nanane, c’est un OUTIL.

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télétravail chronique (Banque d'images Envato)

On est rapides à traiter les fonctionnaires de bébés gâtés… Quand la présidente du Conseil du trésor fait preuve d’intransigeance face au retour en présentiel, ça ne tire pas les larmes de personne. Il faudrait néanmoins prendre le problème autrement: le télétravail n’est pas un nanane, c’est un OUTIL. Et une organisation intelligente du travail dans la fonction publique est à l’avantage de tous.

Durant la pandémie, nous avons dû prendre un virage très rapide, qui ne s’est pas déroulé dans les conditions idéales ni à l’issue d’une grande réflexion sur l’organisation du travail.

Avec la fin de la pandémie, les organisations (et les commerces des centres-villes) se sont rendu compte des effets pervers du télétravail mur à mur, et cherchent à recréer une vie de bureau plus dynamique. C’est bien correct, mais j’ai des petites nouvelles pour vous : ça ne pourra pas être exactement comme avant, peu importe votre nostalgie.

Soyons clairs: les employeurs ont absolument le droit d’exiger des présences au bureau, mais ce n’est pas parce que quelqu’un a le droit de faire quelque chose qu’il devrait le faire, que c’est à son avantage.

Je suis tannée d’entendre les gens casser du sucre sur le dos des fonctionnaires… On dirait que pour certaines personnes, si on donne un avantage à des fonctionnaires, c’est comme si on leur enlevait quelque chose à eux. Alors que c’est gagnant-gagnant et, devinez quoi, ça ne coûte pas plus cher! Au contraire, il y a des économies d’espace et de ressources à faire.

Entraves majeures à Québec: Duranceau défavorable à accorder une exception aux fonctionnaires La présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, ne se dit pas en faveur d’une «exception Québec» pour les fonctionnaires pendant les travaux préparatoires du tramway.

Le télétravail est l’allié de la productivité

Le télétravail n’est pas de la paresse ou une manière d’échapper aux objectifs d’une organisation. Le télétravail est un outil qui, utilisé intelligemment, augmente la productivité d’une équipe. Encore faut-il bien organiser le travail de façon à en tirer le plus de bénéfices et à limiter les inconvénients.

Je remarque que certains gestionnaires ne se sont jamais adaptés aux nouvelles réalités du monde du travail. Pour certains, il faudrait constamment être à leur disposition physique pour répondre à leurs besoins spontanés. J’y vois un manque d’organisation.

Quand tu es un gestionnaire bien organisé, tu planifies des rencontres, tu vois venir. Certes, c’est plaisant d’avoir un éclair de génie à la machine à café, mais ce n’est pas censé être le principal moteur qui fait rouler la machine.

Notons également que l’utilisation intelligente du télétravail permet à des gens qui vivent un peu plus loin du bureau d’occuper certains emplois, notamment en région éloignée. Cela permet aux employeurs d’avoir un plus grand bassin de candidats possible pour certains postes, et à des régions d’avoir accès à des emplois plus diversifiés.

À la recherche d’un équilibre

L’utilisation adéquate du télétravail permet une meilleure conciliation travail famille. Ces heures supplémentaires pour s’occuper de la famille ou des tâches de la vie ne sont pas volées aux heures de travail, mais plutôt aux heures de déplacement.

J’ai passé plusieurs années à travailler dans des milieux dans lesquels le télétravail n’était pas possible (notamment en politique), et vous savez quoi ? Je prenais mes journées de vacances pour rattraper tout ce que je n’avais pas pu faire dans les derniers mois : dentiste, plombier, garage, etc. Wow, belles vacances. Je revenais au bureau en n’étant aucunement reposée.

Maintenant que je travaille davantage à la maison, il est super facile de conjuguer ces tâches avec mes journées de travail. Et ne fait, je perds moins de temps et j’optimise mes semaines.

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Je ne retournerais pas au bureau temps plein

Je suis travailleuse autonome. Je gère donc moi-même, selon les impératifs de mes clients et des médias avec lesquels je collabore, mes présences virtuelles ou physiques. De façon bien personnelle, j’aime aller en studio faire mes chroniques. Et j’aime donner mes formations ou conférences en personne.

Mais quand je dois rédiger et me préparer, je sais que je serai plus productive toute seule chez moi. À l’époque où j’étais employée, mes journées au bureau n’étaient pas toujours des plus productives. J’étais contente de voir les gens et de potiner, ou d’échanger sur différents enjeux ou projets, mais souvent je finissais par avoir du mal à produire des documents et à me concentrer tranquille, surtout avec l’arrivée des «espaces partagés et ouverts».

Bon, je ne suis plus l’employée de personne et ça ne se compare pas vraiment, mais en tant que millénariale de 42 ans, je me sens à la jonction de deux générations et de deux visions du monde du travail. Je pense sincèrement que le gouvernement fait fausse route en imposant du mur à mur, et devrait mieux réfléchir l’organisation du travail et l’utilisation des ressources.

Demander un retour au travail en présentiel est certainement dans la prérogative du droit de gestion, mais si c’est pour que l’employé vienne sur place faire des Teams toute la journée, qui plus est avec tous les irritants liés aux travaux du tramway, je déchante.

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