Le premier ministre Mark Carney estime que les allégations des États-Unis selon lesquelles le Canada tenterait de s’ingérer dans la politique américaine à l’approche des élections de mi-mandat sont «sans fondement».
Des membres de l’administration Trump, dont l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, ont affirmé que des responsables politiques canadiens s’ingéraient dans le processus démocratique au sud de la frontière.
Plus tôt en octobre, M. Hoekstra a prévenu que l’administration surveillait de près les responsables politiques canadiens à l’approche des élections de mi-mandat, qui auront lieu le 3 novembre. Il les a mis en garde contre toute ingérence dans la politique américaine.
Mercredi, l’ambassade des États-Unis au Canada a publié une liste de citations de responsables politiques canadiens qui, selon elle, indiqueraient «des intentions d’influencer la politique américaine».
Ces citations, présentées par l’ambassade comme des «faits» sans aucun contexte, comprennent les propos de la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, concernant les pressions exercées sur les entreprises américaines et le ciblage de certains États américains, qui faisaient référence à la réponse du Canada aux droits de douane imposés par les États-Unis.
Certaines des allégations figurant sur la liste remontent à mars 2025, lorsque la première vague de droits de douane sur l’acier et l’aluminium imposée par le président Donald Trump est entrée en vigueur.
Une autre allégation concerne la publicité contre les droits de douane diffusée il y a un an par le gouvernement de l’Ontario.
M. Carney et d’autres responsables canadiens ont rejeté à plusieurs reprises les allégations d’ingérence politique.
«Ces allégations sont sans fondement», a tranché M. Carney vendredi lors d’un point de presse à Istanbul, en Turquie.
«Je suis déçu que leur émissaire considère que son rôle consiste à faire de telles suggestions», a-t-il ajouté en faisant référence à l’ambassadeur Hoekstra.
Prudence
Dans un avis publié mardi par Affaires mondiales Canada, il a été demandé aux diplomates canadiens de ne pas rencontrer les candidats aux élections de mi-mandat ni d’assister à des événements en leur présence pendant cette période de «sensibilité accrue».
M. Carney a laissé entendre que le Canada avait déjà donné une telle directive afin d’éviter des «allégations non fondées».
«Notre groupe des Affaires mondiales, bien avant la publication de ces fiches d’information et de ces allégations, rappelait à tout le monde de faire attention aux personnes avec lesquelles on est vu physiquement au même endroit», a-t-il expliqué.
«Nous disposons d’une présence diplomatique très importante aux États-Unis. Nous entretenons de nombreuses relations avec des entreprises, des citoyens, des particuliers et, plus largement, des parties prenantes américaines. Nous veillons très, très attentivement à ne pas donner l’impression d’interférer.»
Négociations commerciales
Les tensions politiques entre Ottawa et Washington se sont intensifiées après l’échec, in extremis, en août, des efforts visant à conclure un accord sur les droits de douane et d’autres points de friction commerciaux.
Depuis, le Canada et les États-Unis ont imposé de nouvelles vagues de droits de douane sur des marchandises traversant la frontière pour un montant de plusieurs milliards de dollars.
Vendredi, M. Carney a mentionné que le Canada continuait à dialoguer avec l’administration Trump sur les questions commerciales.
Il a précisé que, bien que le Canada soit prêt à revenir à la table des négociations dès que les États-Unis se montreront disposés à négocier de bonne foi, il n’est pas pressé de conclure un accord.
«S’il faut attendre plusieurs mois, voire plus, ou qu’une autre administration soit en place avant qu’un accord satisfaisant ne soit conclu, nous le ferons», a affirmé M. Carney.
Interrogé sur la possibilité de parvenir à un accord avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, M. Carney a répondu: «Cela dépend des États-Unis.»
«Ils sont un peu difficiles à cerner», a-t-il dit.

