Le premier ministre Mark Carney et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ont tous deux réfuté l’idée d’une ingérence canadienne dans les élections de mi-mandat américaines, après que l’ambassade des États-Unis au Canada a publié une liste de citations de responsables politiques canadiens qui, selon elle, indiqueraient «des intentions d’influencer la politique américaine».
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, est citée à cinq reprises dans la liste publiée mercredi par l’ambassade.
Cette liste comprend des citations hors contexte concernant des pressions exercées sur des entreprises américaines et le ciblage d’États américains par l’intermédiaire de droits de douane de rétorsion. Mme Joly a tenu ces propos alors qu’elle évoquait la réponse du Canada aux droits de douane imposés par les États-Unis.
La Presse Canadienne a sollicité les commentaires de Mme Joly, mais celle-ci n’était pas disponible.
Lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement mercredi, M. Carney — aux côtés de Mme Joly — a répondu à une question concernant la liste américaine en soulignant que ce sont les États-Unis qui ont pris l’initiative de mesures commerciales à l’encontre du Canada.
«Toutes nos mesures sont prises dans l’intérêt des travailleurs canadiens, des familles canadiennes et de l’avenir de cette économie», a expliqué M. Carney aux journalistes après avoir annoncé un plan d’aide de 9 milliards $ en réponse aux droits de douane américains.
M. Ford, qui est également cité dans le communiqué publié par l’ambassade des États-Unis, a expliqué qu’il n’avait «absolument aucun intérêt» à s’ingérer dans les élections américaines.
«Je vais vous dire ce que veulent les Américains. Ils veulent de la certitude, ils veulent de la stabilité», a déclaré M. Ford, soulignant qu’il avait passé 20 ans aux États-Unis et qu’il «aime le peuple américain».
«Nous allons nous concentrer sur ce que nous pouvons faire ici, en Ontario et au Canada, pour veiller à protéger notre économie, notre population et nos collectivités. C’est là-dessus que nous allons nous concentrer, et ce sont les citoyens des États-Unis qui se prononceront à ce sujet lors des élections de mi-mandat.»
Vers la fin de la domination républicaine ?
Les Américains se rendront aux urnes le 3 novembre pour les élections de mi-mandat, qui pourraient mettre fin à la domination républicaine au Congrès.
L’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a déclaré au début du mois que les responsables américains «surveillaient de près» les responsables politiques canadiens à la recherche de signes d’ingérence électorale.
Lors d’une entrevue publiée le 14 octobre dans le balado «The Really Big Show», M. Hoekstra a expliqué que les publicités politiques diffusées l’année dernière par la province de l’Ontario pouvaient être interprétées comme une ingérence politique.
Le président américain Donald Trump a mis fin aux négociations commerciales avec le Canada en octobre 2025 après que l’Ontario eut diffusé, pendant la Série mondiale de baseball, une publicité utilisant des extraits de l’ancien président américain Ronald Reagan critiquant les droits de douane et soutenant le libre-échange.
M. Hoekstra a également cité des propos récents de Mme Joly et de l’ancien premier ministre Justin Trudeau, suggérant qu’ils pourraient eux aussi constituer une ingérence.
M. Hoekstra a ensuite mis en garde les responsables politiques canadiens, leur enjoignant de ne pas «se mêler» de la politique américaine dans les semaines précédant les élections de mi-mandat.
Justin Trudeau a critiqué l’administration Trump lors d’un débat à l’université Brown le 22 septembre.
«On observe ici une tendance à prendre des mesures qui font grimper les prix pour vos consommateurs sans pour autant améliorer la situation aux États-Unis, en vous opposant à l’un de vos plus anciens et meilleurs alliés», a indiqué Justin Trudeau lors de cet événement.
Dans cette entrevue, M. Hoekstra a indiqué que Mme Joly avait évoqué la possibilité de cibler les droits de douane de rétorsion sur des «États politiquement sensibles».
Mme Joly a riposté la semaine dernière, affirmant aux journalistes que le Canada ne s’engagerait jamais dans une ingérence électorale et «n’accepterait jamais que cela nous soit fait au Canada».
Mme Joly a indiqué qu’elle s’était rendue aux États-Unis ces derniers mois et qu’elle avait rencontré des démocrates et des républicains.
«Fondamentalement, ce que j’ai fait aux États-Unis, c’est attirer des investissements, a-t-elle dit. Je pense que je serai en mesure d’annoncer de bonnes nouvelles concernant les investissements de différentes entreprises américaines au Canada. C’est exactement ce que je fais et cela restera ma stratégie aux États-Unis, mais aussi partout dans le monde.»
M. Hoekstra a expliqué que si des actions menées par des Canadiens venaient à constituer une ingérence électorale, les États-Unis réagiraient.
Le message publié mercredi par l’ambassade se terminait par ces mots : «Ce sont les Américains qui décident des élections aux États-Unis.»
