Selon des experts du secteur, le référendum sur l’avenir de l’Alberta, qui se profile à l’horizon, s’avère être un cas d’étude parfait sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA).
Aengus Bridgman, de l’Observatoire de l’écosystème médiatique établi en Ontario, explique que, d’un jour à l’autre, les plateformes d’IA pourraient prétendre que la sécession entraînerait une hausse des impôts pour les Albertains. Un autre jour, au contraire, elles vous indiqueraient que les impôts baisseraient.
Les réponses fournies par Google AI Overview et ChatGPT d’OpenAI peuvent varier, car les données utilisées pour prédire ces réponses évoluent constamment. «Ce n’est pas parce que la réalité sous-jacente a changé», expliqué M. Bridgman.
Dans un rapport publié le mois dernier, l’observatoire a fait état de réponses mitigées aux questions sur ce à quoi pourrait ressembler une Alberta indépendante.
«Nous avons posé les questions suivantes: “Mes impôts vont-ils augmenter ?”, “Ma retraite va-t-elle augmenter ?”, “Est-ce avantageux pour moi sur le plan fiscal ?”», a détaillé M. Bridgman.
Le rapport examine comment les technologies d’IA sont mises à profit dans le débat en ligne à l’approche du référendum du 19 octobre.
Les Albertains se prononceront sur dix questions, notamment sur leur souhait de rester au sein du Canada ou d’organiser un deuxième référendum contraignant sur la sortie de la Confédération.
Selon le rapport, ce scrutin constitue une étude de cas illustrant comment l’IA pourrait influencer les futures élections en ce qui concerne les sources d’information des citoyens.
«D’année en année, les influenceurs en ligne ont gagné en pertinence et en engagement au détriment des médias d’information et des élus, indique le document. Nous disposons désormais d’une étude de cas illustrant à quoi ressemble un scrutin démocratique en pleine ère des influenceurs.»
M. Bridgman a dit que les réseaux sociaux et l’IA avaient considérablement élargi les débats sur la séparation.
«C’est une bonne chose pour une démocratie dynamique.»
Mais, a-t-il ajouté, ces technologies ont également rendu le suivi du référendum, et des élections en général, plus complexe.
Cela s’explique probablement par le fait que s’si l’on entre des données erronées, on obtient des résultats erronés.
Élections Alberta indique sur son site web que les agents conversationnels et les moteurs de recherche alimentés par l’IA sont de plus en plus utilisés pour trouver et synthétiser des informations disponibles en ligne.
L’organisation met en garde. «Ce ne sont pas des sources officielles d’informations électorales et ils citent fréquemment des sources d’informations erronées.»
OpenAI et Google n’ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant le rapport de l’Observatoire de l’écosystème médiatique.
Nate Evans, porte-parole d’OpenAI, a partagé un article de blogue publié en mai par l’entreprise sur son site web, décrivant les technologies avec lesquelles celle-ci s’est associée pour garantir que son agent conversationnel fournisse des informations exactes pendant les scrutins.
«Cette année est la deuxième année électorale majeure au monde depuis que l’IA générative s’est généralisée, et nous continuons à nous appuyer sur les bases que nous avons posées en 2024 pour contribuer à protéger les élections dans les pays et territoires du monde entier», peut-on lire dans l’article.
Un intérêt à l’étranger
L’étude de l’Observatoire de l’écosystème médiatique a également révélé une augmentation des contenus relatifs à la séparation de l’Alberta produits dans d’autres pays, notamment aux États-Unis. Toutefois, il n’y a pas suffisamment de preuves d’ingérence étrangère, a déclaré M. Bridgman.
L’étude indique que les acteurs étrangers produisent du contenu principalement à des fins lucratives, et les millions et millions de vues qu’ils enregistrent suggèrent qu’ils en tirent profit.
L’étude a également révélé que les influenceurs favorables à la séparation dominent le débat en ligne, bien que les sondages montrent qu’une large majorité d’Albertains voteraient pour rester au sein du Canada.
M. Bridgman a affirmé qu’il était difficile d’expliquer pourquoi il y avait davantage de comptes sur les réseaux sociaux en faveur de la sécession que de comptes fédéralistes.
«J’attribue généralement ce phénomène au fait que ces voix (séparatistes) ne se sont pas senties représentées dans les médias plus traditionnels.»
L’étude a d’ailleurs rapporté que de nombreux influenceurs utilisent l’IA pour générer du contenu.
Blair Attard-Frost, professeure de sciences politiques à l’Université de l’Alberta, a affirmé que l’utilisation croissante de l’IA dans le débat sur la séparation était préoccupante.
La titulaire de la chaire d’IA à l’Institut canadien de recherches avancées a expliqué que lorsque les moteurs de recherche se sont popularisés au début des années 2000, des campagnes d’information sur l’éducation aux médias ont également vu le jour.
Avec les progrès de l’IA, une nouvelle vague d’éducation aux médias doit être mise en place en raison de la manière dont les géants de la technologie commercialisent leurs moteurs de recherche et leurs services.
«Ce sont des produits vraiment trompeurs, a fait valoir Blair Attard-Frost. Ils sont commercialisés comme des outils intelligents.»
Elle a ajouté qu’elle surveillerait de près l’impact que les technologies actuelles pourraient avoir sur les résultats du référendum et sur l’avenir du mouvement séparatiste en Alberta.
«De nombreuses personnes pourraient recevoir des informations incomplètes, inexactes, fausses ou trompeuses sur les conséquences potentielles du séparatisme, et s’appuyer sur ces informations pour décider de leur vote», a-t-elle souligné.
Interrogée cette semaine sur ses craintes quant à l’influence de la désinformation générée par l’IA sur les votes, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a répondu que son gouvernement s’était tourné vers les médias traditionnels pour diffuser l’information.
Il a récemment lancé une campagne publicitaire et envoyé par la poste des brochures présentant et expliquant les dix questions du référendum.
Les neuf premières questions portent sur la nécessité de conférer au gouvernement davantage de pouvoirs pour promouvoir une réforme constitutionnelle et imposer des restrictions et des garde-fous financiers à certains nouveaux arrivants.
La dernière question porte sur la séparation.
«Nous veillons à ce que les Albertains sachent exactement en quoi consistent ces questions et dans quel contexte elles s’inscrivent», a soutenu Mme Smith lundi.
Vendredi, le chef de l’opposition néo-démocrate de l’Alberta, Naheed Nenshi, a déclaré que quiconque cherchait des fausses informations n’avait qu’à se tourner vers le gouvernement du Parti conservateur uni de Mme Smith.
M. Nenshi a cité en exemple les brochures distribuées cette semaine dans les foyers, y voyant une tentative du gouvernement de faire pencher la balance en sa faveur.
«Pour les neuf premières questions, (Danielle Smith) vous dit comment voter, a dit M. Nenshi. Pour moi, cela ne ressemble pas à de la démocratie directe. Cela ressemble à de la propagande.»
«Cette (brochure) est une véritable poubelle — une poubelle de 4 millions $ financée par les contribuables.»

