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Le ministère fédéral de l'Immigration doit améliorer son site web

La page de demande du ministère ne dispose pas d’une option dédiée pour télécharger le test d’anglais ou de français requis.

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Lukas Troni, un diplômé de l'Université de la Colombie-Britannique, attend une réponse du ministère de l'Immigration à une demande de révision. Il est photographié le 14 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Ethan Cairns Lukas Troni, un diplômé de l'Université de la Colombie-Britannique, attend une réponse du ministère de l'Immigration à une demande de révision. Il est photographié le 14 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (ETHAN CAIRNS)

Le ministère fédéral de l’Immigration cherche à améliorer son portail internet afin de s’assurer que les étudiants étrangers qui demandent un permis de travail après leurs études supérieures fournissent les résultats des tests de langue obligatoires.

Près de 1000 demandes ont été rejetées l’année dernière pour des raisons liées à la maîtrise de la langue, selon les données du ministère.

La page de demande du ministère ne dispose pas d’une option dédiée pour télécharger le test d’anglais ou de français requis, ce qui a entraîné une grande confusion et des rejets de demandes.

Par exemple: Lukas Troni attend une décision concernant sa demande de révision après le rejet de sa demande en avril.

Ce diplômé de l’Université de Colombie-Britannique affirme que l’exigence relative au test de langue ne lui avait pas été clairement expliquée lorsqu’il a déposé sa demande l’été dernier.

Will Tao, un avocat spécialisé en droit de l’immigration de Vancouver, dit avoir pris conscience de la confusion concernant le test de langue pour le permis de travail post-diplôme (PTPD) à la fin de l’année dernière. Il raconte que la mise en page du site internet, après que le test de langue fut devenu obligatoire, rendait les informations à ce sujet difficiles à trouver.

«Les personnes qui font leur demande elles-mêmes doivent répondre à ce questionnaire qui automatise cette liste de contrôle et indique ce dont elles ont besoin. Il n’y a pas de message, pas de fenêtre contextuelle, rien dans ce processus qui signale que le test de langue est obligatoire», déplore Me Tao.

Il ajoute qu’en fonction du mot utilisé pour faire des recherches sur le PTPD sur Google, un candidat pouvait trouver des informations sur l’exigence du test sur une page web dans une petite case qui n’avait même pas une police ou une couleur spéciale et qui ne ressortait pas vraiment».

«Il fallait cliquer pour y accéder, mentionne-t-il. C’est là qu’on avait mis cette information. Elle était donc vraiment cachée.»

Il reconnaît que des modifications avaient été apportées aux pages internet du ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté à la fin de l’année dernière, à la suite de certains reportages sur le sujet.

Le gouvernement fédéral a déclaré qu’il envisageait d’apporter d’autres modifications. Un porte-parole du cabinet de la ministre de l’Immigration, Lena Diab, a indiqué qu’un champ dédié à la soumission des résultats des tests de langue était en train d’être conçu pour le site des permis de travail, dans le cadre de changements informatiques plus larges au sein du ministère.

Le porte-parole a ajouté que le ministère avait reçu plus de 302 000 demandes de PTPD entre le 1er novembre 2024 et le 31 décembre 2025. Parmi celles-ci, 945 ont été rejetées pour des raisons liées à la langue. Près de 80 % de ces rejets ont eu lieu au cours des six derniers mois de 2025.

Le porte-parole a déclaré dans un courriel que le ministère n’avait pas constaté d’augmentation globale des taux de refus depuis l’introduction de l’exigence linguistique, mais qu’il comprenait que certaines personnes aient été perplexes quant à la manière de soumettre les documents requis.

Le cabinet de Mme Diab a indiqué qu’elle n’était pas disponible pour une interview en raison de son emploi du temps.

M. Troni, qui a brillamment réussi le test linguistique, a demandé une révision, avec l’aide de Me Tao, et attend actuellement une décision. Il espère que sa demande sera approuvée afin de pouvoir poursuivre la vie qu’il s’est construite à Vancouver et continuer à travailler dans le domaine environnemental.

Il dit que sa confiance dans le système d’immigration canadien a été ébranlée.

«Comme j’ai rempli toutes les demandes moi-même — sans jamais faire appel à un avocat spécialisé en immigration, car je n’avais jamais pensé que ce serait nécessaire, partant du principe que le système serait équitable et qu’il agirait dans mon intérêt — je trouve vraiment triste de constater qu’à bien des égards, ce n’était pas le cas», s’attriste M. Troni.

Les tentatives de renvoyer les demandes accompagnées du test linguistique n’ont pas toujours abouti.

Un citoyen américain récemment diplômé de l’université Carleton et résidant à Ottawa — dont la Presse canadienne a accepté de ne pas révéler le nom en raison des répercussions potentielles sur ses chances de trouver un emploi aux États-Unis — a vu sa demande rejetée une première fois pour ne pas avoir passé le test.

Il a déposé une demande de révision et a obtenu un résultat parfait au test linguistique, mais celle-ci a été rejetée parce qu’il n’avait passé le test qu’après le refus de sa première demande.

«Des milliers d’étudiants se sont fait avoir à cause de ça. Ma situation est un peu particulière. Beaucoup de ces étudiants avaient passé le test. Ils savaient qu’ils en avaient besoin. Mais ils n’avaient nul espace où le télécharger. À ce jour, il n’y a toujours pas d’endroit où le télécharger», dénonce le diplômé de Carleton. J’ai rempli le formulaire et il m’a indiqué une erreur. Et même à l’époque, lorsque j’ai déposé ma demande en juillet, il y avait encore moins d’informations. Il n’y avait qu’une petite note, mais elle ne figurait pas sur la page principale du PTPD.»

Il a soulevé la question auprès du bureau du député libéral d’Ottawa-Centre, Yasir Naqvi, et a reçu une lettre le 15 avril indiquant qu’il n’y avait rien d’autre à faire.

«La question des informations potentiellement trompeuses sur le portail de candidature a également été abordée. Bien qu’ils aient reconnu qu’il n’y avait pas d’espace dédié au téléchargement du test linguistique, ils ont réitéré que cette exigence était clairement affichée sur la page du PTPD depuis novembre 2024», indiquait la lettre.

Me Tao a déclaré que des fonctionnaires du ministère lui avaient confié que les efforts visant à résoudre les problèmes de communication avaient été compliqués par un manque de personnel et par une utilisation accrue des outils numériques dans la prise de décision.

Le ministère a annoncé en janvier 2025 qu’environ 3300 postes seraient supprimés sur 3 ans afin de ramener les effectifs du ministère à leur niveau d’avant la pandémie.

«Dans ce genre de contexte, on est presque obligé de laisser les problèmes s’envenimer et de se dire: “Vous savez quoi, ce n’est pas un incendie qu’on peut éteindre et c’est tout simplement trop de travail… On va mettre en place des voies de recours, comme des réexamens, et on améliore les choses maintenant. Mais si vous vous êtes retrouvés pris dedans, tant pis, c’est vraiment dommage.” C’est aussi l’impression que je retire de tout ça», souligne Me Tao.

David Baxter

David Baxter

Journaliste