Politique

La politique municipale ou «aller à l’abattoir»

La situation dans deux municipalités de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches sert de nouvel exemple du contexte difficile. Entrevue avec la mairesse de Frampton et son homologue de Château-Richer.

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Intimidation envers les élus municipaux: comment expliquer ce phénomène?

Le climat toxique en politique municipale à travers la province fait les manchettes périodiquement depuis quelques années. La situation dans deux municipalités de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches sert de nouvel exemple de ce contexte difficile.

La mairesse de Frampton, Gina Cloutier, a remis sa démission parce qu’elle en avait assez de l’intimidation, avant de revenir sur sa décision.

Quelques jours plus tôt, la directrice générale de l’administration municipale de Château-Richer dénonçait les abus envers les employés de la ville.

Noovo Info a réuni Mme Cloutier et le maire de Château-Richer, Gino Pouliot, dans une entrevue dans laquelle ils témoignent des difficultés qu’il vivent dans leurs hôtels de ville respectifs.

Mme Cloutier dit avoir l’impression d’aller «à l’abattoir au travail». M. Pouliot, lui, dénonce le comportement de certains citoyens de sa ville de 4400 habitants.

«Il y a des gens qui se présentent à l’hôtel de ville, donnent des coups de pied dans la porte et veulent rentrer», affirme le maire de Château-Richer. «Ils vont agir de façon incivilisée auprès des employés de la ville, les invectivent, crient après eux autres et les menacent. Ils passent de l’autre bord du comptoir.»

Pour Mme Cloutier, «l’intimidation, dans le dernier mois, ça a été trop», même si elle a dit lundi soir au conseil municipal qu’elle reste finalement en raison de ceux qui le lui ont demandé.

«Même en ayant un bon salaire, j’aurais quitté quand même», a déclaré la mairesse de Frampton dans l’entrevue avec Noovo Info, réalisée avant l’annonce de son retour.

La proximité citoyenne, un avantage ou un inconvénient?

Selon Mme Cloutier et M. Pouliot, la proximité citoyenne pourrait contribuer à certains débordements.

«Je vais à l’épicerie, puis je rencontre tous [les citoyens]; Je vais au dépanneur, je me promène dans la rue… C’est tout petit, je veux dire, le périmètre urbain, il n’est pas grand, je les côtoie», explique la mairesse de Frampton.

«Tu es tellement proche des citoyens que c’est un avantage, parce qu’on a le pouls en direct, mais c’est aussi un inconvénient.»

—  Gina Cloutier, mairesse de Frampton

«Dans une plus petite municipalité, on est près des gens», renchérit son homologue de Château-Richer. «On échange avec eux, on a la possibilité qu’ils viennent nous voir dans notre bureau, on est plus disponible, je dirais, puis on prend le temps de jaser. Les gens arrivent parfois à l’improviste. Ils ne prennent pas nécessairement un rendez-vous.»

En manque d’aide concrète

Devant ces difficultés, Mme Cloutier et M. Pouliot se sentent à court de ressources.

On n’a pas de recours, on n’a pas de soutien, mais qu’est-ce qu’on fait avec les réseaux sociaux ? Qu’est-ce qu’on fait avec l’intimidation? On est tous dans des petites municipalités. Je ne me vois pas porter plainte contre des citoyens chez nous.

«On nous écoute, on a [de l’écoute], on nous donne des conseils, mais c’est toujours toi qui es au bâton, qui es au front», dit le maire de Château-Richer. «Tu es tout seul et il n’y a pas d’intervention curative qui va faire en sorte […] que ça va régler une situation.»

La limite entre liberté d’expression et violence

Et quand vient le temps d’agir, la ligne «est mince» entre la liberté d’expression et la violence psychologique, observe Gino Pouliot.

«Si quelqu’un est fâché et qu’il te parle [sèchement], ça peut être correct jusqu’à un certain point, mais à un moment donné, si tu dis que ça suffit, qu’on arrête ça, de baisser le ton, alors là on les empêche, on les musèle, on fait çi, on fait ça…», dit le maire de Château-Richer. «En bout de ligne, ce n’est pas ça. Les règles des séances du conseil sont faites pour être respectées.»