La ministre de l’Économie, Christine Fréchette, a annoncé dimanche à Trois-Rivières, d’où elle vient, qu’elle se lance dans la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ).
Plusieurs de ses collègues se sont présentés à l’annonce pour afficher leur soutien: Mathieu Lacombe, Ian Lafrenière, Benoit Charette, Audrey Bogemans...
«Compétence», «rigueur»: plusieurs ministres ont répété ces qualités pour décrire la candidate à la succession de François Legault, qui a récemment annoncé sa démission.
Ces ministres et députés ont prononcé quelques mots en conférence de presse pour justifier leur appui au lieu de le fournir à Bernard Drainville, et l’ont longuement applaudie puis ont scandé son nom avant sa propre allocution.
La «victoire» avant même d’avoir un chef
Malgré l’impopularité dont souffre la CAQ dans les sondages à quelques mois d’élections provinciales, ce qui a conduit à la perte de M. Legault, il y avait de larges sourires sur les visages au point de presse.
Mme Fréchette a lancé des fleurs à ses collègues et en a reçu de leur part. Elle a parlé de «victoire» à venir en remerciant des bénévoles – comme quoi le parti semble déjà en mode élections avant même d’avoir choisi un chef.
Or, la CAQ a fort à faire pour reconquérir les Québécois comme elle l’a fait en 2018 et en 2022, quand elle a obtenu des mandats majoritaires au gouvernement.
Pour ce faire, Mme Fréchette, si elle est choisie comme cheffe de la CAQ, entend garder ouverte la «troisième voie» politique que le parti fondé par François Legault incarne depuis sa fondation et qui aura affaibli le bipartisme du Parti libéral (PLQ) et du Parti québécois (PQ).
La ministre de l’Économie a d’ailleurs remercié le premier ministre pour ses «28 ans à défendre les intérêts des Québécois et Québécoises».
«Monde d’incertitude»
Mme Fréchette portera principalement le nationalisme économique québécois pour tenter de d’abord convaincre d’abord son parti de la choisir pour la survie de la CAQ, puis pour séduire les Québécois à l’automne prochain.
La députée de Sanguinet a évoqué les tensions avec les États-Unis du président Donald Trump pour expliquer la direction qu’elle prendrait en devant leader du parti.
«Le monde change vite, particulièrement ces derniers mois et ça génère beaucoup d’incertitude», a-t-elle déclaré. Ainsi, elle veut «assurer notre avenir comme unique nation francophone en Amérique, développer notre économie et offrir une meilleure qualité de vie des Québécois».
«Pour que le Québec prenne pleinement sa place, on a besoin de vision, d’expérience et de leadership rassembleur. De l’audace, oui, mais pas d’imprudence.»
— Christine Fréchette, candidate à la chefferie de la CAQ
Christine Fréchette s’est exprimée par ailleurs dans les locaux de l’entreprise spécialisée en construction industrielle Groupe PRO-B.
«Cette entreprise-là, elle incarne les gens, les entrepreneurs, les entreprises que moi, je veux aider, que nous, on veut aider», a-t-elle déclaré, soulignant que le Groupe PRO-B s’inscrit dans le secteur de la transition énergétique et de la défense.
«Les défis de la transition énergétique dans laquelle on est engagés, ce sont autant d’occasions pour le Québec, des occasions de développement, des occasions d’affaires. On doit miser sur nos ressources naturelles», a dit Mme Fréchette, soulignant que le Québec possède des ressources «à profusion».
Alors que le Parti québécois (PQ) tient un congrès à Saint-Hyacinthe ce week-end, Mme Fréchette a soutenu que le moment actuel est «la pire des périodes depuis 50 ans pour tenir un référendum». Le PQ s’est engagé à faire un référendum dans un premier mandat.
«Dans le contexte actuel, tant au niveau nord-américain qu’international, ce serait vraiment imprudent, très irresponsable de se lancer dans cette démarche», a-t-elle ajouté.
Mme Fréchette a aussi fait valoir l’importance des régions, indiquant qu’elle fera une tournée dans l’ensemble du Québec au cours des prochaines semaines.
«Notre avenir passe par nos régions. Elles font vivre le Québec, a-t-elle soutenu. Un Québec puissant, ce n’est pas seulement Montréal et Québec, c’est l’ensemble de nos territoires.»
La députée, qui s’est définie comme étant de «centre droit» dimanche, ne dit pas si son leadership marquera une rupture avec celui de François Legault.
Contre Drainville... et Jean Boulet?
Bernard Drainville, le ministre de l’Environnement, a fait valoir samedi son intention de tenter de succéder à François Legault.
En connaissant les difficultés de la CAQ, des signes pointent vers une course propre après la démission du premier ministre – c’est du moins ce qu’a laissé entendre Mme Fréchette, qui a salué la «passion» de M. Drainville.
«C’est l’unité du parti doit prévaloir», a insisté la nouvelle candidate à la chefferie de la CAQ.
Jean Boulet, ministre du Travail, était présent à la conférence de presse de Mme Fréchette, mais n’a pas encore décidé qui il soutiendra comme futur chef de la CAQ.
M. Boulet croit cependant que sa collègue a les qualités pour diriger la CAQ et éventuellement devenir première ministre.
Et il faut d’abord «passer à travers cette course» et «continuer d’aller dans la même direction» pour maintenir l’unité du parti, a dit le ministre du Travail en mêlée de presse après l’annonce.

Le ministre Drainville a l’appui du ministre délégué à l’Économie, Samuel Poulin, et des députés Kariane Bourassa, Yannick Gagnon et Isabelle Lecours.
Les deux candidats devront se retirer temporairement de leurs fonctions de ministre, en vertu des règles de la course dévoilées jeudi.
Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a dit vendredi qu’il ne se lancera pas dans la course, tout comme l’ex-ministre des Transports, François Bonnardel. Samedi, le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, a indiqué qu’il renonçait à se porter candidat.
Le parcours de Christine Fréchette
Ancienne péquiste, Christine Fréchette s’est fait élire pour la première fois en 2022 sous les couleurs de la CAQ dans la circonscription de Sanguinet, en Montérégie.
Elle occupe tout d’abord le poste de ministre de l’Immigration. Dans le cadre de ses fonctions, elle a contribué à l’intégration d’exigences en matière de connaissance du français dans les programmes d’immigration.
Questionnée dimanche sur l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), Mme Fréchette a fait valoir l’importance du fait français et de prendre en compte la capacité d’accueil de la province en matière d’immigration.
«Quand la capacité d’accueil est là, je pense qu’il faut faire en sorte que les besoins des PME en régions, particulièrement dans des régions sans croissance démographique, soient pris en considération», a-t-elle déclaré.
Après le départ de Pierre Fitzgibbon, elle reprend les dossiers du superministre de l’Économie.
Elle a notamment piloté l’importante réforme de l’énergie adoptée sous bâillon en juin dernier.
Les règles pour entrer dans la course pour devenir chef de la CAQ
Pour se qualifier, les candidats devront obtenir la signature de 1000 membres de la CAQ provenant d’au moins 75 circonscriptions, incluant 15 députés et 100 membres de l’aile jeunesse du parti.
Ils devront aussi faire une contribution forfaitaire non remboursable de 30 000 $. Les dépenses électorales sont plafonnées à 150 000 $.
Les personnes intéressées ont jusqu’au 21 février pour déposer leur candidature. Le nouveau chef de la CAQ, et donc le prochain premier ministre, sera choisi le 12 avril.
Avec la collaboration de Maxim Danis pour Noovo Info et de La Presse canadienne
