Le premier ministre François Legault «envisage des recours judiciaires» contre les responsables du fiasco SAAQclic, à qui il veut faire «payer le prix» pour avoir menti au gouvernement.
M. Legault a réagi pour la toute première fois lundi après-midi, quelques heures après le dépôt du rapport du commissaire Denis Gallant qui a mis en lumière les mensonges de certains dirigeants de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) quant à l’explosion des coûts du projet.
«Il y a actuellement une enquête de l’UPAC. Et j’ai demandé à mon équipe d’envisager les recours judiciaires disponibles pour faire payer le prix aux responsables. Concernant les recommandations de la Commission, on va prendre le temps de bien les analyser, et on va mettre en place un comité de suivi sous la responsabilité de la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau», a écrit l’élu sur le réseau X.
«Le rapport de la Commission Gallant démontre clairement que, pendant des années, la direction de la SAAQ a menti au gouvernement. Et c’est très grave», a ajouté le premier ministre québécois.
On apprenait lundi que la SAAQ était au courant pour les importants dépassements de coût de son virage numérique, mais que celle-ci a délibérément «menti» aux parlementaires, aux ministres et autres autorités de l’État afin de «dissimuler» la réalité.
François Legault a réitéré que son gouvernement n’a jamais été réellement au courant de l’ampleur des dépassements de coût du virage numérique de la société d’État. C’est le rapport de la VG en février 2025 qui a mis en évidence l’épineuse situation.
«Jamais, avant le rapport de la vérificatrice générale, notre gouvernement n’a été informé que le coût révisé était de 1,1 milliard $. Avant cette date, la direction de la SAAQ nous a dit que le coût révisé du projet était de 682 millions $», a dit M. Legault.
«La stricte vérité»
L’ex-ministre des Transports, Geneviève Guilbault, s’est elle aussi tournée vers les réseaux sociaux afin de réitérer que son passage devant la Commission s’est effectué de manière honnête.
Dans un long message, elle indique avoir été «faussement informée» sur la situation des budgets pour le projet SAAQclic. «Notre collaboration s’est amorcée sur un mensonge grossier qui allait teinter et façonner la suite de l’histoire», souligne Mme Guilbault.
Elle rappelle qu’elle et son cabinet n’ont été mis au courant des dépassements de coût majeurs qu’à partir de l’été 2023.
À ce moment, Mme Guibault et son équipe étaient embourbées dans la gestion de crise qu’a été le déploiement de SAAQclic.
«C’est la raison pour laquelle, 2 ans plus tard, quand on m’a posé la question lors de mon témoignage devant la Commission, j’ai répondu la stricte vérité : je n’ai pas de souvenir concret ou précis d’une rencontre durant laquelle nous avons abordé les coûts du projet, ni des documents qui ont été transmis par courriel, principalement parce que je jonglais avec la pression populaire et médiatique constante au sujet de la qualité des services, qu’à juste titre, les Québécois s’impatientaient de retrouver», s’est-elle défendu.
Tout comme M. Legault, l’élue reconnait que le gouvernement «aurait pu faire mieux».
François Bonnardel, qui a aussi tenu les rênes du ministère des Transports, a partagé une citation de son cru rappelant qu’il avait évoqué en 2025 les mensonges de certains acteurs dans ce dossier.
M. Bonnardel avait été écarté du Conseil des ministres l’automne dernier, quelques mois après la publication du rapport de la vérificatrice générale sur les dépassements de coût à la SAAQ.
Des versions contestées par l’opposition
Le libéral Monsef Derraji n’est pas du même avis que le premier ministre et de Mme Guilbault. Le député a affirmé que des ministres de la CAQ «étaient informés» de la situation et qu’ils ne «peuvent plus prétendre qu’ils ne savaient pas».
«Ce que cela révèle, c’est un problème de leadership et de suivi au sommet de l’État. Un gouvernement responsable agit lorsqu’il est informé. Il corrige. Il assume. Maintenant, la moindre des choses est de mettre en œuvre les recommandations et de rétablir la confiance», a ajouté M Derraji.
Même son de cloche au Parti québécois (PQ). Le chef Paul St-Pierre Plamondon estime lui aussi que «le gouvernement de la CAQ a trompé la population sur les dépassements de coûts» et que «des ministres importants au sein du gouvernement ont prétendu publiquement ne rien savoir alors qu’ils avaient accès à toute l’information pertinente».
«Le Commissaire conclut que depuis juin 2023 au moins, le gouvernement avait l’heure juste sur les dépassements de coûts à la SAAQ et que plusieurs membres du gouvernement n’ont alors rien fait», martèle l’élu de la formation souverainiste, qui souhaite des élections «le plus tôt possible».
Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire (QS), a dénoncé que la ministre Guilbault et le premier ministre Legault aient «caché la vérité à la population pendant deux ans» tout en «refusant de rendre des comptes à la population qui l’a pourtant élue».
«La CAQ s’est rendue complice du mensonge de ses propres fonctionnaires à la SAAQ. C’est malhonnête et c’est un affront aux contribuables», a-t-elle mentionné par voie de communiqué.
