«C’est encore inexplicable ce qui m’est arrivé.»
Pour la première fois depuis sa démission comme chef du Parti libéral du Québec (PLQ) et dans la foulée de nouvelles révélations sur les «brownies» pendant la dernière course au leadership du parti, Pablo Rodriguez brise le silence.
M. Rodriguez a accepté de s’entretenir avec Noovo Info «pour que la vérité sorte». Voyez l’entrevue intégrale sur Crave.
La Presse a rapporté mardi que des enquêtes du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) et de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) n’ont trouvé aucune preuve de l’existence d’une stratégie d’achat de votes en faveur de M. Rodriguez dans la course à la direction du PLQ en 2025.
«Pour moi et mon entourage, il n’y a rien de nouveau» avec les conclusions des enquêtes», a souligné M. Rodriguez en entrevue avec la cheffe d’antenne de Noovo Info, Marie-Christine Bergeron.
L’ancien ministre libéral fédéral, élu à la tête du parti en juin de 2025, a toujours dit qu’il n’avait rien à se reprocher, mais le scandale a fini par lui coûter son poste en décembre.
«Ce qui est particulier, c’est que le parti a perdu son chef sur la base d’absolument rien.»
— Pablo Rodriguez
L’UPAC aurait des raisons de croire que les fameux messages texte dévoilés par le Journal de Montréal concernant les «brownies» ne seraient qu’un coup monté – une hypothèse similaire à la conclusion du rapport commandé au juge à la retraite Jacques R. Fournier et rendu public en février dernier.
«J’ai toujours été d’avis qu’il y avait un problème avec ces textos-là», dit Pablo Rodriguez. «L’UPAC semble avoir les mêmes conclusions. Ils vont poursuivre leur enquête, mais c’est pas mal là où ils en sont rendus; […] c’est certain que sans ces textos-là, il n’y avait rien.»
Qu’est-ce qu’un brownie en politique? Des coupures de 100 $ en argent – des «bruns» – métaphoriquement distribuées en échange de faveurs politiques.
M. Rodriguez assure également qu’il n’y a «jamais eu d’achat de vote» au sein de son équipe, quelque chose qu’il n’aurait «jamais autorisé».
«J’ai passé beaucoup de temps avec [l’UPAC]», dit l’ancien chef du PLQ, dont la place appartient désormais à Charles Milliard.
«Je ne les lâchais [l’UPAC] plus parce que c’était important pour moi qu’ils aient cette partie de la vérité», dit M. Rodriguez au sujet de l’enquête, dont il attend la conclusion officielle avec impatience.
Une carrière «détruite» et de la souffrance dans sa famille
Pablo Rodriguez affirme que la crise au PLQ a ruiné sa carrière politique. Il croit d’ailleurs que certaines personnes espéraient le voir tomber.
«Je dirais qu’il y avait des gens qui voulaient me nuire et ça a fonctionné, par ailleurs», croit-il.
«Cette histoire a détruit ma carrière politique; on se rend compte aujourd’hui ce que je savais déjà, c’était sur la base de rien.»
— Pablo Rodriguez
M. Rodriguez dit n’avoir eu d’autre choix que de démissionner de son poste de chef pour sa famille, qui vivait avec les répercussions de la crise.
«Ça a été dur, très violent pour moi, mais aussi pour ma famille», témoigne-t-il. «C’est ça qui a été le plus difficile pour moi: voir ma conjointe, ma fille et les gens qui m’aiment souffrir.»
«Tolérance zéro»
Tandis qu’on connaît désormais où en sont les autorités avec leurs enquêtes, M. Rodriguez continue de défendre son intégrité. Il rappelle qu’il a été élu à six occasions comme député fédéral.
En dirigeant plusieurs campagnes électorales, M. Rodriguez n’a jamais changé de comportement éthique, et il martèle que cela n’a pas changé lorsqu’il s’est lancé dans la course à la chefferie du PLQ.
«Ça a toujours été la même chose sur le plan éthique: tolérance zéro pour des choses qui ne sont pas correctes», selon lui. «C’était tolérance zéro pour moi et toute mon équipe.»
Turbulences au sein du caucus libéral
Pablo Rodriguez n’a pas été le seul membre libéral touché par les controverses au PLQ. La députée de Chomedey, Sona Lakhoyan Olivier, a été exclue du caucus libéral de Pablo Rodriguez en décembre. Une enquête la ciblait pour l’utilisation de son bureau de comté à des fins partisanes lors de la course à la chefferie libérale.
Voilà qui n’a pas aidé son chef. Mme Lakhoyan Olivier était aussi accusée par les médias de Cogeco d’être l’une des deux personnes derrière les mystérieux textos évoquant les «brownies» lors de la course au leadership du PLQ – une affirmation qu’elle a démentie après avoir mis en demeure le média.
Une enquête de la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, a conclu que Mme Lakhoyan Olivier avait commis des manquements à l’éthique pour mousser la candidature de Pablo Rodriguez dans la course à la chefferie et recommandé à l’Assemblée nationale d’imposer une amende de 8000 $ à la députée.
Mme Lakhoyan Olivier a reconnu sa responsabilité devant l’Assemblée nationale en mai dernier concernant l’utilisation de ses locaux de circonscription. M. Rodriguez continue aujourd’hui de dire qu’il n’était pas au courant des manœuvres de la députée.
Le dossier Marwah Rizqy
Dans la tempête, la députée de Saint-Laurent Marwah Rizqy a elle aussi été renvoyée du caucus de Pablo Rodriguez après avoir mis à la porte sa cheffe de cabinet, Geneviève Hinse.
Encore aujourd’hui M. Rodriguez considère que Mme Rizqy a fait preuve d’un manque de loyauté, et reste certain que sa directrice de cabinet n’avait rien à se reprocher.
L’ex-chef libéral parle même d’une «grande trahison». «Geneviève Hinse est la personne la plus intègre qui soit», insiste M. Rodriguez. «J’ai eu l’opportunité de l’avoir comme cheffe de cabinet à Ottawa. Tout le monde voulait me la voler parce qu’elle est bonne. J’ai toujours eu confiance en elle et ma confiance demeure entière.»
Une chute «brutale», mais pas de remords
Au bout de la controverse, la chute politique de Pablo Rodriguez fut «brutale», mais le politicien croit qu’elle n’enlève rien à ce qu’il a pu accomplir dans sa vie professionnelle.
M. Rodriguez dit ne pas être certain de ce que l’avenir lui réserve, mais ne regrette pas d’avoir quitté son rôle à Ottawa pour se lancer dans la politique provinciale.
«Je l’ai fait de bonne foi et je pensais que je pouvais contribuer au Québec sincèrement», dit aujourd’hui le politicien. «J’ai donné tout ce que je pouvais pour une société plus juste, un Québec plus fort et un Canada uni.»

