La députée exclue du caucus libéral Sona Lakhoyan Olivier a commis des manquements à l’éthique pour mousser la candidature de Pablo Rodriguez dans la course à la chefferie du parti en 2025, conclut l’enquête de la commissaire Ariane Mignolet, jeudi.
On recommande à l’Assemblée nationale d’imposer une amende de 8000 $ à la députée pour avoir notamment utilisé des fonds publics à des fins partisanes.
Selon le rapport d’une cinquantaine de pages de la Commissaire à l’éthique (CED), l’élue a utilisé les «locaux du bureau de circonscription et la masse salariale des membres du personnel à des fins partisanes entre les mois d’avril et de juin 2025».
On indique que le bureau de circonscription est alors devenu le «quartier général» d’activités partisanes pour le Parti libéral du Québec (PLQ). Cette utilisation était suffisante pour constituer un manquement, mais a été «permise» et «encouragée» par Mme Lakhoyan Olivier.
La députée de Chomedey a également tenté de convaincre son personnel du «bien-fondé de sa version des faits» en plus de «dicter leurs éventuelles réponses aux questions du commissaire».
Autrement, elle a caché des messages et images dans un canal de discussion utilisé à des fins professionnelles, puis omis de transmettre des extraits de cette conversation à la commissaire, selon la preuve recueillie.
La «gravité» des manquements ainsi que le «manque de respect» de Sona Lakhoyan Olivier envers son personnel justifie entre autres le montant de 8000$ de pénalité.
Le chef du PLQ, Charles Milliard, qui n’était pas à la tête du parti au moment des faits reprochés, a confirmé que Mme Lakhoyan Olivier allait demeurer exclue du caucus et qu’elle ne sera pas candidate pour la formation lors des prochaines élections.
«C’est tolérance zéro», a souligné M. Milliard.
J’ai pris connaissance ce matin du rapport de la Commissaire à l’éthique sur la députée de Chomedey. Les faits présentés sont sérieux et préoccupants.
— Charles Milliard (@CharlesMilliard) May 7, 2026
C’est pourquoi j’ai avisé Mme Sona Lakhoyan Olivier que nous allions appuyer le rapport. Conséquemment, il n’est pas question de…
«Go! Go! Go!»
La course à la chefferie du PLQ a été longue: elle s’est déroulée du 13 au 14 janvier 2025. Selon les règles, le 9 mai était la date limite pour devenir membre en règle du PLQ et avoir le droit de voter pour un candidat.
Selon le constat de la commissaire, entre avril et juin, soit des «moments charnière» de la course, le bureau de circonscription de Lakhoyan a servi à héberger plusieurs activités partisanes ce qui est interdit – de jour comme de soir.
La sœur de la députée, Zepure Lakhoyan, qui était présidente par intérim du comité exécutif de l’association du Parti de la circonscription de Chomedey, s’y est installée pour mener ces activités.
À ce sujet, voici un message WhatsApp envoyé le 7 mai 2025 par Lakhoyan Olivier.
«Dernier SPRINT ! Go Go Go ! Mercredi & jeudi ce sont deux jours crucial . (sic) Et Vendredi on remet les formulaires . On pourra toutefois faire avec la carte de crédit . Demander (sic) toujours si ils (sic) connaissent de 26 ans et moins aussi ! Et dans toutes les régions du Québec . Immigrant ou citoyen ! Svp donnez tout le temps que vous pouvez ! Merci»
— Message envoyé par Sona Lakhoyan Olivier obtenu par la Commissaire à l’éthique
Lors de ces jours importants compte tenu de l’arrivée imminente de la date limite pour l’adhésion des membres, Nicolas Gosselin, l’adjoint de la codirectrice de campagne, a assimilé le bureau à un «war room», selon son témoignage. Il est l’un des 12 intervenants consultés par la CED dans cette affaire.
D’après la preuve recueillie, les activités pour valoriser la candidature de Pablo Rodriguez au bureau de circonscription ont continué après cette échéance, du 1er au 14 juin 2025, soit pendant la période de votation et la semaine précédente. Pablo Rodriguez a été sacré chef le 14 juin.
Mme Lakhoyan Olivier a envoyé plusieurs messages en ce sens sur Whatsapp. L’un d’eux: «Salut équipe ! On a besoin de vous en tant que bénévole toute la semaine . [Ma sœur] vous dira quel (sic) liste et quel message car elle est en contact avec l’équipe [du Candidat] ! Merci collaboration.»
Lakhoyan Olivier nie
Pourtant, Mme Lakhoyan Olivier a affirmé dans le cadre de l’enquête «qu’elle n’était pas au courant de la raison de la présence de sa sœur au Bureau de circonscription au moment des faits».
Selon le rapport, Mme Lakhoyan Olivier rejette également l’idée que son personnel a travaillé sur les activités partisanes dans le cadre de leur emploi, alors qu’il faudrait que ces activités soient réalisées bénévolement.
Or, la plupart des membres du personnel soutiennent qu’il leur a même été rappelé qu’ils n’avaient pas été engagés seulement pour effectuer du travail au sein du bureau de circonscription, mais aussi pour participer aux activités partisanes», constate la commissaire Mignolet. «Consentir à participer aux activités partisanes constituait, selon leur témoignage, une condition d’embauche et de maintien du lien d’emploi.»
Des messages supprimés
Par ailleurs, la commissaire Mignolet a des preuves comme quoi Mme Lakhoyan Olivier a soumis des instructions à des membres de son personnel sur la manière de répondre aux questions dans le cadre de l’enquête – «de ne pas trop de détails», dit notamment le rapport.
C’est allé plus loin: «la preuve révèle que le 3 décembre 2025, dans les heures suivant la réception du préavis d’enquête, la députée a activé le mode éphémère et la fonctionnalité de confidentialité avancée d’un canal de discussion WhatsApp pour empêcher toute personne d’enregistrer des images et d’exporter l’historique de la conversation dans ce canal», indique le rapport de la CED.
«De plus, elle a changé le nom du canal de discussion de manière à retirer la mention Équipe Sona Lakhoyan Olivier - Députée de Chomedey», relate aussi l’enquête. «Puis, le 6 décembre suivant, elle a retiré l’ensemble des membres du canal de discussion.»
La commissaire Mignolet en vient donc à la conclusion que ce canal «était utilisé par la députée et les membres de son personnel autant à des fins liées au travail au sein du bureau de circonscription qu’à des fins partisanes».
Pour la CED, il y a dans toute cette affaire des démonstrations du manque de collaboration de Mme Lakhoyan Olivier à l’enquête, et qu’elle ne reconnaît pas de torts.
«Nul n’est censé ignorer la loi», conclut la commissaire Mignolet dans son rapport. «À plus forte raison, une ou un membre de l’Assemblée nationale, à titre de représentant de la population exerçant notamment la fonction législative, ne peut justifier ses actions par son ignorance ou son incompréhension du cadre régissant sa conduite.»
La CED va jusqu’à recommander une modification du code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale pour obliger aux élus des prochaines élections générales, prévues en octobre 2026, de suivre une formation en matière d’éthique et de déontologie dès le début de leur mandat.
Démission de Rodriguez
Les manœuvres de la députée Lakhoyan Olivier font partie de toute la controverse qui s’est soldée par la démission de Rodriguez. Couronné chef du PLQ l’année dernière, l’ex-ministre fédéral s’est trouvé au cœur d’allégations d’irrégularités dans le financement de sa campagne pour le leadership du parti provincial.
En novembre dernier, le Journal de Montréal a révélé des textos suggérant que des sommes d’argent – des «brownies» – auraient été versées pour inciter des membres à voter pour Pablo Rodriguez.
Le même média a ensuite indiqué qu’une vingtaine de donateurs se seraient fait rembourser leurs contributions de 500 $ lors d’une soirée — une pratique illégale en vertu de la Loi électorale.
M. Rodriguez a toujours plaidé qu’il n’était pas au courant et qu’il n’avait rien à se reprocher, mais la pression n’a cessé de s’accroître et les appels à sa démission se sont multipliés.
Il a finalement quitté son poste le 17 décembre dernier, soit six mois après avoir gagné la course.
Tout ce dossier a même fait même l’objet d’une enquête de l’Unité permanente anti-corruption (UPAC) et d’Élections Québec.
Avec de l’information de La Presse canadienne


