Le premier ministre Mark Carney défend la décision de son gouvernement de renforcer les liens du Canada avec la Turquie, même si ce pays est critiqué pour avoir porté atteinte aux droits des personnes LGBTQ+.
M. Carney effectue actuellement un voyage de trois jours en Turquie afin de conclure un nouveau «partenariat stratégique» visant à renforcer les liens économiques et sociaux avec cet allié de l’OTAN.
Dans un communiqué cosigné jeudi par M. Carney et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, on peut lire que le Canada et la Turquie partagent des valeurs communes, notamment «les droits de la personne, les libertés individuelles, la démocratie et la primauté du droit».
Ces derniers mois, les autorités turques ont pris pour cible de nombreux groupes et individus de la communauté LGBTQ+, arrêtant des dizaines de militants, faisant irruption dans les locaux d’associations et menant des descentes dans des lieux de rencontre populaires.
En septembre, le Canada a choisi de ne pas se joindre à l’Allemagne, à la France et à d’autres pays pour condamner la répression menée par la Turquie à l’encontre des organisations LGBTQ+.
Le Canada a signé une déclaration de la Coalition pour les droits égaux datée du 7 octobre dénonçant la persécution des groupes LGBTQ+ et la montée des discours discriminatoires à travers le monde, bien que cette déclaration ne nomme pas la Turquie directement.
En point de presse à Istanbul, vendredi, M. Carney a déclaré que la priorité du Canada était de protéger et de promouvoir les droits des membres de la communauté LGBTQ+ sur son propre territoire.
«Pour y parvenir, nous devons notamment être un pays véritablement souverain. Et pour devenir un pays véritablement souverain et renforcer notre souveraineté, nous devons nouer un large éventail de partenariats à travers le monde», a-t-il fait valoir.
Interrogé sur le message que son nouveau partenariat avec la Turquie envoyait aux Canadiens, M. Carney a répondu que «l’engagement n’équivaut pas à l’approbation». Il a précisé que le degré de cet engagement peut dépendre des valeurs de l’autre pays.
Au cours de la dernière année, M. Carney a noué des liens plus étroits avec d’autres pays accusés de violations des droits de la personne, notamment l’Arabie saoudite et la Chine.
Devant les journalistes à Istanbul, le premier ministre a soutenu qu’il vaut mieux être à la table des négociations avec des pays qui ne partagent pas les valeurs du Canada plutôt que d’en être exclu.
«C’est précisément parce que nous sommes engagés que nous pouvons exposer directement aux hautes autorités de ces pays notre vision du monde et nos attentes», a plaidé M. Carney.
Approche différente
Le premier ministre a noté que le Canada avait soulevé des préoccupations en matière de droits de la personne lors de réunions bilatérales avec des responsables turcs. Il n’a cependant pas précisé s’il avait abordé cette question directement avec M. Erdogan.
Le cabinet du premier ministre a souligné que la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, avait évoqué la question des droits de la personne jeudi lors de réunions avec son homologue.
M. Carney a expliqué que ses conversations avec des dirigeants mondiaux sont plus fructueuses lorsqu’elles sont «directes et ouvertes», mais qu’elles ne font pas l’objet d’une large couverture dans les médias.

Lorsque les journalistes lui ont demandé s’il pensait légitimer les actions de M. Erdogan en dialoguant avec lui, M. Carney a répondu par la négative.
Avant le départ de M. Carney pour la Turquie, des experts avaient fait remarquer que l’approche du premier ministre en matière de diplomatie internationale diffère nettement de celle de son prédécesseur, Justin Trudeau.
«Je ne pense tout simplement pas que le gouvernement Carney souhaite en faire une priorité, contrairement au gouvernement Trudeau, qui était peut-être un peu plus enclin à considérer la politique étrangère comme un outil permettant d’imposer ses valeurs sociales», avait mentionné Bessma Momani, professeure de sciences politiques à l’Université de Waterloo, en entrevue.

