Des militants des droits de la personne prévoient manifester sur la Colline du Parlement à l’arrivée du chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, venu rencontrer son homologue canadien.
Les manifestants, dont beaucoup sont des membres de la diaspora chinoise, exhortent la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, à faire part à Wang de leurs préoccupations concernant la répression transnationale et à déchirer l’accord de coopération policière entre la GRC et le ministère chinois de la Sécurité publique. (MPS)
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
L’un des manifestants, Lizhe He, citoyen canadien, supplie également Mme Anand d’intervenir en faveur de la libération de son frère, arrêté en juillet 2023.
«Mon frère souffre dans une prison chinoise pour avoir pratiqué le Falun Gong. Il a été enlevé de notre domicile familial par la police communiste chinoise», a-t-il dit.
Cet homme de Toronto a affirmé que son frère purgeait une peine de 7 ans de prison en Chine «simplement pour avoir eu des informations sur son téléphone» concernant cette discipline spirituelle qui combine méditation et enseignements moraux.
«Nous ne savons rien de sa sécurité ni de sa santé. Ce silence est une forme de torture», ajouté M. He.
Il souhaite que la ministre canadienne exige la libération de son frère et de tous les autres pratiquants de Falun Gong emprisonnés.
«Envoyez un message clair à Pékin : la répression transnationale ne sera pas tolérée au Canada», a ajouté M. He lors d’une conférence de presse jeudi sur la Colline du Parlement.
Critiques concernant les droits de la personne
Le ministre chinois Wang rencontrera la ministre Anand vendredi matin, puis s’entretiendra avec le premier ministre Mark Carney. Selon un communiqué publié par Affaires mondiales Canada, M. Wang et Mme Anand devraient discuter du partenariat Canada-Chine actualisé, du commerce, des investissements et de la sécurité mondiale.
Lors de sa dernière visite en 2016, M. Wang avait réprimandé un journaliste qui lui avait posé une question sur le bilan de la Chine en matière de droits de la personne. Cette fois-ci, il ne devrait pas répondre aux questions des journalistes.
Sa visite de trois jours intervient alors que la pression s’intensifie sur le gouvernement Carney pour qu’il rende public l’accord de coopération entre la GRC et la police municipale de Pékin. Le protocole d’entente a été signé par le premier ministre et le président chinois Xi Jinping en janvier, lors de la visite d’État de Carney à Pékin. Ses détails n’ont pas été divulgués.
Le document approuvé par Carney est un renouvellement d’un accord que son prédécesseur, Justin Trudeau, avait initialement signé il y a dix ans. Bien qu’il porte la signature des libéraux, la rédaction du protocole d’entente a commencé sous le mandat du premier ministre conservateur Stephen Harper.
Refus de Carney
CTV News a demandé à Mark Carney pourquoi il ne montrait pas l’accord aux Canadiens.
Le premier ministre a affirmé que son gouvernement «n’a pas pour habitude de rendre publics les documents de sécurité conclus avec d’autres gouvernements pour des raisons de sécurité opérationnelle».
«C’est une pratique courante pour ce gouvernement comme pour les gouvernements précédents, et je ne vois aucune raison de changer cela», a-t-il dit lors d’une rencontre avec les médias à un salon professionnel sur la défense et la sécurité.
L’accord définit les conditions dans lesquelles les deux forces de police nationales collaboreront dans le cadre d’enquêtes et précise les informations qu’elles peuvent partager.
Joel Etienne, avocat spécialisé en droits de la personne à Toronto, affirme que l’accord de sécurité avec la Chine pourrait permettre à la police chinoise d’agir d’une manière qui viole la Constitution.
«Les Canadiens ont le droit d’obtenir une divulgation complète de la part de la police canadienne lorsqu’ils ont affaire aux tribunaux canadiens. Mais dans la mesure où le Service de police métropolitain de Toronto est impliqué, nous n’avons pas le droit de savoir ce qu’ils nous font dans ce pays», a-t-il expliqué.
Une décennie de controverse
Le premier accord policier entre la Chine et le Canada a été signé en 2016. Depuis lors, les relations diplomatiques se sont détériorées lorsque les «deux Michaels», Spavor et Kovrig, ont été détenus en 2018.
En 2022, Safeguard Defenders a révélé l’existence de postes de police chinois secrets opérant sur le sol canadien dans le cadre de son enquête sur la manière dont la Chine utilise sa police d’État pour mener une répression transnationale. Safeguard Defenders a également détaillé comment Pékin a lancé une campagne mondiale surnommée Opération Fox Hunt, visant à procéder à des arrestations internationales pour faire taire la dissidence au sein des communautés chinoises à l’étranger.

Plus récemment, lors du procès de l’ancien agent de la GRC William Majcher, le tribunal a entendu un témoignage selon lequel trois agents de police chinois n’avaient pas pu être localisés pendant six heures par leurs homologues canadiens lors d’une visite à Vancouver en 2018. On craignait que les agents ne se soient soustraits à leurs escortes afin de participer à une ingérence étrangère visant à intimider des membres de la diaspora.
Lors de son procès, des documents judiciaires montrent qu’au moins 25 personnes vivant au Canada auraient été contraintes de retourner en Chine.
Les députés exigent la transparence
Cette semaine, le député conservateur Frank Caputo, qui siège au Comité permanent de la sécurité publique, a exigé la transparence du gouvernement et la publication de l’accord de coopération policière sans caviardage.
«Le premier ministre a qualifié Pékin de plus grande menace pour la sécurité du Canada. C’était pendant la campagne électorale. Malgré cela, moins d’un an plus tard, il a signé un protocole d’entente avec la Chine communiste en matière de sécurité. Je demande à voir ce protocole d’entente depuis plus de cinq mois, mais le premier ministre refuse de le divulguer», a-t-il lancé lors de la période de questions.
La députée néo-démocrate Jenny Kwan a également réclamé la publication du protocole d’entente dans un message sur les réseaux sociaux.
Appels à l’annulation de l’accord
David Matas, un avocat spécialisé dans les droits de la personne qui a représenté des pratiquants de Falun Gong au Canada, estime que la divulgation ne suffit pas.
«La question est de savoir s’il devrait exister tout court», a-t-il indiqué, ajoutant que le rendre public ne résoudra pas le problème. «En principe, il ne devrait pas y avoir de coopération avec un État qui ne respecte pas l’État de droit et qui utilise son système de justice pénale pour s’en prendre à des personnes qu’il cible politiquement.»
Les détracteurs affirment que l’accord entre la GRC et le MPS sape également la confiance de certains membres de la diaspora chinoise dans la capacité du Canada à contrer l’ingérence étrangère.
Lizhe He raconte avoir été jeté dans une prison chinoise il y a deux décennies et avoir survécu à la torture. Il est également adepte du Falun Gong. Après sa libération, il a obtenu l’asile au Canada. S’il venait à être à nouveau pris pour cible par la police communiste, il ne croit pas que la GRC serait en mesure de le protéger. Mais il espère qu’Anand ou Carney entendront ses appels.
«Le Canada m’a aidé à retrouver la liberté, mais la répression de Pékin nous suit jusqu’au Canada», a-t-il dit. «Parler d’affaires ou de commerce, c’est bien, mais n’oubliez pas les valeurs canadiennes. N’oubliez pas les droits de la personne.»

