Lorsque François Legault a pris le pouvoir en 2018, la Coalition Avenir Québec représentait une troisième voie avec deux ambitions fortes.
Premièrement, redorer l’économie québécoise.
Deuxièmement, proposer une alternative nationaliste sans être indépendantiste afin, notamment, de freiner le déclin de la langue française au Québec.
Qu’en est-il de ces deux ambitions?
Le parti de l’économie ?
François Legault a procédé, entre 2011 et 2018, à un vol : il a volé la carte de l’économie au Parti libéral du Québec qui était reconnu comme étant le parti de l’économie. Par exemple, plus de 50 % de l’électorat pensait que les libéraux étaient les meilleurs pour gérer l’économie en 2008.
François Legault a complètement renversé la vapeur. Son parti a détrôné les libéraux, si bien qu’environ 45 % des Québécois estimaient qu’il était le meilleur pour gérer l’économie en 2022. Le graphique ci-bas illustre la montée spectaculaire de la CAQ en la matière (suivie du déclin) depuis 2012.

Cette marque de commerce économique a beaucoup contribué à sa victoire en 2018 et 2022. Mais au-delà de cette image, la performance économique n’est pas époustouflante.
Il reste que le déficit est énorme et le gouvernement semble avoir perdu le contrôle des finances publiques. De plus, le revenu disponible n’a que très peu augmenté pour beaucoup de personnes.
Avec le départ de Pierre Fitzgibbon, associé au gambling de sommes publiques colossales (notamment dans Northvolt) et la perte de crédibilité d’Éric Girard (ministre des Finances) qui a présenté le pire déficit dans l’histoire du Québec, il est difficile de voir le deuxième mandat de la CAQ comme performant au niveau de l’économie.
D’ailleurs, l’électorat a fortement changé d’avis quant à la crédibilité économique de la CAQ depuis 2022. En début 2025, à peine plus d’un électeur sur cinq estimait que la CAQ était la meilleure pour gérer l’économie, tel qu’illustré dans le graphique ci-haut.
Le déclin du français s’est accéléré
La « protection du français » est le « premier devoir » du premier ministre du Québec. C’est ce qu’a dit François Legault le 1er décembre 2022, après un premier mandat complété et un nouveau gouvernement majoritaire devant lui.
En sept ans de gouvernement majoritaire, Legault avait toute la latitude voulue pour contrer le déclin du français au Québec.
Or, le bilan s’avère plus qu’insatisfaisant.
Sur la vaste majorité des indicateurs utiles (langue de travail, langue maternelle, consommation culturelle, etc.), le constat est clair : l’usage du français au Québec est en recul.
Le premier ministre l’a même dit en conférence de presse dans son bilan : « le gouvernement fédéral a malheureusement accéléré le déclin du français ».
Il blâme le gouvernement fédéral qui est sans aucun doute responsable d’une partie du déclin, mais la CAQ a été passive à plusieurs égards, notamment dans sa politique d’immigration lors de son premier mandat.
Soulignons toutefois la création d’un poste qui, on le souhaite, reste permanent : le commissaire à la langue française. Cette institution est particulièrement utile pour alimenter de manière non partisane le débat public sur la place du français au Québec.
L’opinion publique envoie pourtant des signaux clairs, comme démontré dans notre récente étude. Comme illustré dans le graphique ci-bas, une proportion de plus en plus importante de Québécois (atteignant 75 % en 2024 et 82 % chez les francophones) estime que la langue française est menacée au Québec.

Le bilan
Il faudra attendre plusieurs années pour pleinement juger les legs de François Legault. La performance en économie aurait pu être pire et on peut être relativement clément considérant le contexte international. Mais force est de reconnaître que le bilan n’est pas rose.
De plus, si protéger la langue française était, comme le disait François Legault, le premier devoir du premier ministre, il semble difficile de pouvoir dire «devoir accompli».

