Politique

Ce que disent les analystes à propos de la déclaration de Carney sur le Venezuela

Deux observateurs interrogés par CTV News Channel ont affirmé que la réponse du premier ministre aurait dû aller plus loin.

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Carney comments on Venezuela À gauche : Le premier ministre canadien Mark Carney s'exprime lors d'une conférence de presse à Halifax (La Presse canadienne). À droite : Capture d'écran d'une vidéo de l'incursion américaine au Venezuela publiée par le président américain Donald Trump. (Truth Social)

Le premier ministre canadien Mark Carney a appelé samedi dans un message publié sur X à un «processus de transition pacifique, négocié et mené par le Venezuela» pour mettre fin à ce qu’il a qualifié de régime criminel du président Nicolás Maduro.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Il s’agissait là d’une de ses demandes suite à l’incursion américaine au Venezuela visant à destituer Maduro tôt samedi matin. Il a également appelé « toutes les parties » à respecter le droit international, reprenant ainsi une déclaration précédente de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand. Aucune des deux réponses ne mentionnait directement les États-Unis.

Deux observateurs interrogés par CTV News Channel ont affirmé que la réponse du premier ministre aurait dû aller plus loin.

«On aurait dit qu’il essayait de tenir un œuf Fabergé tout en marchant sur la glace», a fait remarquer Scott Reid, commentateur politique de CTV News, lors d’une entrevue dimanche. M. Reid a précédemment occupé le poste de directeur des communications de l’ancien premier ministre libéral Paul Martin.

«C’est très, très délicatement formulé» pour ne pas «critiquer ouvertement Trump», a-t-il ajouté, suggérant que Carney pourrait chercher à limiter les dégâts afin de ne pas compromettre les négociations commerciales avec son homologue américain. «Vous avez vu Carney et d’autres dirigeants européens réagir avec beaucoup de prudence à cet égard.»

«Personnellement, je trouve que c’était trop faible. Je pense que les conséquences de ce qui s’est passé ici sont très, très importantes et méritent d’être condamnées.» - Scott Reid, commentateur politique pour CTV News

M. Carney devrait se rendre à Paris lundi pour rencontrer la «coalition des volontaires», une association de pays alignés avec l’Ukraine, dans l’espoir de faire avancer un accord de cessez-le-feu dans la guerre qui oppose ce pays à la Russie. La réunion a été annoncée en début de semaine, mais l’ordre du jour devrait désormais inclure le Venezuela, a indiqué Reid. Avant l’incursion américaine, la Russie a promis son «soutien total» au Venezuela contre les «hostilités» américaines, a rapporté l’Agence France-Presse.

Peter Mackay, ancien ministre des Affaires étrangères sous l’ancien Premier ministre Stephen Harper, a qualifié la réponse de Carney de «lente et léthargique». Carney a publié sa réponse sur X à 17h15 (heure de l’Est) samedi. Trump a annoncé que Maduro et sa femme avaient été capturés peu après 4h du matin, heure de l’Est, ce matin-là.

M. Mackay a soutenu que cette déclaration «reflétait une politique étrangère ambivalente, attendant de voir comment les autres pays réagiraient».

Le chef conservateur Pierre Poilievre a félicité Trump et a qualifié Maduro de «narco-terroriste et dictateur socialiste [...] qui devrait finir ses jours en prison».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a écrit en français que le régime de Maduro «défie les libertés fondamentales», mais a exprimé son inquiétude concernant l’utilisation de «force militaire au péril de la vie de civils».

Le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a condamné les États-Unis sur X, qualifiant l’opération de «totalement illégale et contraire aux conventions des Nations unies que les États-Unis ont accepté de respecter en tant qu’État membre».

Comment les autres pays ont-ils réagi ?

Les réactions internationales à l’incursion américaine ont été variées.

Le Mexique a publié un communiqué sur son site web accusant les États-Unis d’avoir enfreint l’article 2 de la Charte des Nations Unies.

L’article 2 stipule notamment que «les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies». Il enjoint également aux États membres de régler «leurs différends internationaux par des moyens pacifiques ».

Gustavo Petro, président de la Colombie, n’a pas mentionné directement les États-Unis, mais a écrit en espagnol que son pays «réaffirme son engagement sans réserve envers les principes consacrés dans la Charte des Nations Unies, en particulier le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale».

Le président argentin Javier Milei, un allié de premier plan de Donald Trump, a écrit en espagnol qu’il se réjouissait de la chute du «dictateur narco-terroriste Maduro».

«Ici, il n’y a pas de demi-mesures ni de zones d’ombre. Soit vous êtes du côté du BIEN, soit vous êtes du côté du MAL», a-t-il écrit.

Le président français Emmanuel Macron a écrit que le peuple vénézuélien s’était débarrassé de la «dictature» de Maduro et ne pouvait que s’en réjouir.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a écrit que la victoire électorale de Maduro était le résultat d’un scrutin truqué. Il a également indiqué qu’une évaluation juridique de l’intervention américaine «nécessite un examen attentif» et que «le droit international reste le cadre de référence».