QUÉBEC — Alors que le monde devient de plus en plus «dangereux» et «divisé», le Canada doit rester fort et «uni», a plaidé jeudi le premier ministre du Canada, Mark Carney.
De passage à la Citadelle de Québec pour préparer la prochaine session parlementaire avec son cabinet, M. Carney a livré un vibrant plaidoyer pour l'unité canadienne.
Il a débuté son allocution d'une trentaine de minutes en faisant référence à la Bataille des Plaines d'Abraham, gagnée en 1759 par les troupes de James Wolfe.
Au lieu du traditionnel processus de «conquête» et d'«assimilation», le Canada a choisi «une voie différente»: la «coopération», a affirmé le premier ministre.
«Les Plaines d'Abraham symbolisent (...) le lieu où le Canada a commencé à faire le choix historique de privilégier (...) le partenariat plutôt que la domination.»
Même qu'à deux reprises, les Québécois ont fait le choix de «rester au sein du Canada», a-t-il ajouté.
«Ainsi, tout au long de l'histoire de notre pays, des décisions ont été prises pour construire quelque chose de différent. Cela n'a pas toujours été une ligne droite.»
Il a parlé d'un projet «audacieux», soulignant la «résilience (...) souvent combative» des francophones, déterminés à préserver «une langue, une culture, des institutions, une identité».
«L'unité ne passe pas nécessairement par l'uniformité. Nous pouvons partager un pays sans nous conformer à une identité unique», a plaidé Mark Carney, selon qui «nos différences (...) sont une source de force».
«Au Canada, c'est lorsque nous sommes unis que nous sommes les plus forts.»
Il a soutenu qu'il est particulièrement important de défendre les valeurs canadiennes alors que l'«autoritarisme» étend son emprise à l'échelle mondiale.
M. Carney revient tout juste de Davos, en Suisse, où il a prononcé un discours exhortant les puissances moyennes à s'unir contre la coercition économique des «grandes puissances».
Le président américain Donald Trump a réagi en déclarant lors de son intervention à Davos que le premier ministre canadien devrait être «reconnaissant» envers les États-Unis.
«Le Canada vit grâce aux États-Unis, a lancé M. Trump, mercredi. Souvenez-vous en, Mark, la prochaine fois que vous vous exprimez.»
Jeudi, à Québec, M. Carney est sorti de son discours pour répondre à M. Trump: «Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis; il prospère parce que nous sommes Canadiens.
«Nous sommes maîtres chez nous, c'est notre pays, notre avenir. Le choix nous appartient.»
Il a conclu son allocution sans répondre aux questions des journalistes, qui ont pu toutefois interroger le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
Ce dernier a nié que le gouvernement Carney avait peur d'un troisième référendum.
«C'est tout à propos d'être ici à la Citadelle, un endroit historique, a affirmé M. Champagne. C'était important pour le premier ministre d'exprimer comment il voit le Canada.
«Il y a beaucoup d'inquiétude, d'incertitude à travers le monde, et je pense que le premier ministre voulait rassurer les Canadiens qu'on a une vision claire pour le pays, que l'unité du pays, c'est essentiel pour l'avenir.»
Carney falsifie notre histoire, accusent le PQ et le Bloc
Les propos de Mark Carney ont fait bondir le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon.
Sur ses réseaux sociaux, il a écrit que le premier ministre canadien «falsifie notre histoire (...) dans le but de cacher les problèmes (...) générés au Québec et l'histoire de la domination coloniale».
«Devant un mouvement indépendantiste qui gagne en force, le fédéral (...) promet soudainement la fin du mépris envers nos choix démocratiques, tout comme plein de promesses qui n'adviendront jamais.
«Comme nous l'a récemment rappelé Jean Chrétien, (...) le Canada est fondé sur des mensonges et sur le maintien constant de ces mensonges par les institutions fédérales», a-t-il renchéri.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, est également monté aux barricades.
«Prétendre que la Bataille des Plaines d'Abraham et la fin de la Nouvelle-France est un moment fondateur du Canada qu'il faut célébrer est une relecture grotesque de l'histoire des Québécois», a-t-il dénoncé.
«Les seuls effets que cette défaite a eus sur les Français d'Amérique, ce sont des pertes de droits, la soumission au pouvoir anglais et les tentatives soutenues d'assimilation.»
M. St-Pierre Plamondon a par ailleurs promis de répondre «point par point» à Mark Carney lors du congrès de son parti qui se tiendra en fin de semaine à Saint-Hyacinthe.
Caroline Plante, La Presse Canadienne
