Qu’ont en commun tous les premiers ministres du Québec, sans exception? Qu’est-il si unique concernant ce poste qui concerne des personnes très différentes, allant de François Legault, à Jean Lesage, en passant par Jean Charest ou encore Robert Bourassa?
La réponse courte: à chaque élection, les Québécois portent au pouvoir un premier ministre avec de l’expérience politique et non un outsider.
Une percée des outsiders?
Depuis quelque temps, on remarque que plusieurs personnes qui n’étaient pas destinées à la politique s’investissent en politique avec succès. Ces «outsiders», bien qu’encore relativement marginaux, semble occuper de plus en plus le terrain traditionnellement occupé par les «politiciens de carrière».
Donald Trump est évidemment l’exemple le plus frappant, alors qu’il était un magnat de l’immobilier sans aucune expérience d’élu lorsqu’il a remporté sa première élection présidentielle de 2016. Un autre exemple frappant: Mark Carney (banquier et consultant) n’avait jamais remporté une élection avant de devenir chef du Parti libéral du Canada et remporter l’élection fédérale de 2025.
Au Québec, les rumeurs politiques impliquent parfois des outsiders. Du côté du Parti libéral du Québec, la candidature de Guy Cormier, ex-président du Mouvement Desjardins sans expérience politique, a parfois été moussée comme candidat potentiel pour succéder à Pablo Rodriguez.
Du côté de la CAQ, le nom d’Olivier Primeau, entrepreneur assez populaire chez les jeunes générations, a fait partie des discussions (alimentées notamment par Mario Dumont) pendant quelques jours.
Mais force est de constater que les Québécois considèrent que l’étalon d’or pour occuper le poste de premier ministre est l’expérience et la longévité politique.
Avoir été député: un prérequis de facto
Pour ce qui est du poste précis de premier ministre, qui n’est pourtant pas un poste électif en soi (personne ne vote directement pour un premier ministre), il y a un déterminant qui s’impose avec une parfaite constance : les premiers ministres élus au Québec ont tous — sans exception — été députés avant d’accéder au pouvoir.
Autrement dit, les Québécois ne portent pas au pouvoir des outsiders politiques. Jamais.
Ils récompensent plutôt la longévité politique.
La longévité des chefs: la clé pour devenir premier ministre
Quelle expérience politique plus précisément apparaît cruciale pour être portée au pouvoir? Comme mentionné, être député est un de facto un prérequis même si ce n’est pas du tout un critère d’éligibilité. Tous les premiers ministres depuis la Seconde Guerre mondiale (et possiblement avant, mais ma compilation débute à l’après-guerre).
Est-ce qu’être ministre aide également? Oui. La vaste majorité l’ont été.
Mais plus globalement, c’est la longévité comme chef qui semble être particulièrement utile.
Pensons à Pauline Marois qui a occupé le plus grand nombre de ministères (Finances, Éducation, Santé, Conseil du Trésor, Condition féminine, Famille, etc.) avant d’être cheffe de son parti pendant essentiellement cinq ans (2007-2012) pour finalement accéder au poste de première ministre.
Tout juste avant Mme Marois, Jean Charest a également dû persister : c’est seulement après cinq ans comme chef du PLQ qu’il est devenu premier ministre en 2003.
Seul Philippe Couillard a eu la vie plus facile dans les chaussures de chef de parti, mais il avait été ministre de la Santé pendant cinq ans au préalable (2003-2008).
Et lorsqu’il y a des changements fondamentaux en politique québécoise comme ce fut le cas en 2018 lorsque la CAQ a mis fin au bipartisme PLQ-PQ qui prévalait depuis grosso modo un demi-siècle, la régularité semble tenir le coup : les Québécois récompensent la longévité des chefs de partis. En effet, François Legault a persisté comme chef de la Coalition Avenir Québec pendant près de sept ans (2011-2018) avant d’accéder au poste de premier ministre.
Une tendance lourde contre Charles Milliard et les libéraux
Cette constante historique a des implications pour la prochaine élection québécoise qui arrive rapidement.
Si Charles Milliard devait devenir chef du Parti libéral du Québec, il ferait face à un obstacle majeur : jamais, dans l’histoire récente du Québec, un chef de parti n’est devenu premier ministre sans avoir été député.
Bien sûr, tout peut arriver en politique. Les tendances historiques ne sont pas des lois immuables. Mais le PLQ se battra, lors des élections de 2026, contre une tendance structurelle extrêmement lourde.
Ce sera aussi le cas de la CAQ qui aura un leader qui affichera moins d’une année d’ancienneté à ce poste.
À l’inverse, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, chef depuis près de six ans, sera le seul qui aura l’avantage de la longévité en tant que chef de parti. Ce sera un atout majeur.
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