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Un vote sur le statut du Canada dans l’Union européenne

«Nous partageons des valeurs communes, pour lesquelles nous nous sommes toujours battus et que nous devons toujours défendre avec vigilance», a affirmé Mark Carney lors de son allocution.

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Mark Carney appelle à une alliance pour l’avenir entre le Canada et l’Union européenne Voyez des extraits du discours prononcé par le premier ministre Mark Carney devant le Parlement européen, au lendemain de la déclaration de la présidente de la Commission européenne sur la volonté d’ouvrir la voie à ce que le Canada devienne « membre associé » de l'UE.

Le premier ministre Mark Carney a affirmé jeudi qu’un partenariat renforcé avec l’Union européenne fera l’objet d’un débat et d’un vote final au Parlement.

Lors d’une conférence de presse tenue à Strasbourg, en France, le premier ministre a réitéré que le Canada ne cherchait pas à devenir membre à part entière de l’Union européenne. Il a souligné que toute forme de nouvelle alliance serait soumise à un vote du Parlement.

«Il y aura des débats — pas un seul débat — et il y aura un vote du Parlement canadien, ça, c’est clair», a confirmé M. Carney lors de sa conférence de presse aux côtés de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

Le premier ministre Mark Carney prononce un discours lors d'une séance solennelle au Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France, le jeudi 17 septembre 2026. Le premier ministre Mark Carney prononce un discours lors d'une séance solennelle au Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France, le jeudi 17 septembre 2026. (Pascal Bastien/AP Photo/Pascal Bastien)

«Il y aura un sommet à Montréal, vers la fin d’octobre, et on va mieux préciser les grands trajets de cette alliance. Mais, bien sûr, il y aura des discussions au Parlement canadien», a-t-il ajouté, notant que ce processus vise à rendre le Canada «plus souverain, plus prospère, plus soutenable et plus fort».

M. Carney a mentionné que la terminologie à utiliser pour définir cette nouvelle alliance sera déterminée par l’Union européenne, mais que le fond d’un nouvel accord est plus important que son nom.

Un débat similaire aura lieu au Parlement européen.

«Nous partageons des valeurs communes, pour lesquelles nous nous sommes toujours battus et que nous devons toujours défendre avec vigilance.»

—  Mark Carney, premier ministre du Canada

«Comme vous avez pu le voir (pendant la séance plénière), la réaction des députés était extrêmement positive. Je n’ai aucun doute que cette réaction sera la même dans toutes les commissions qui ont compétence pour prendre les décisions quand l’opportunité et la possibilité seront devant nous», a déclaré Mme Metsola.

Le président espagnol Pedro Sánchez a réagi au discours de M. Carney en publiant sur les réseaux sociaux une photo du drapeau de l’Union européenne sur laquelle figure une feuille d’érable rouge juste à gauche du cercle de douze étoiles jaunes, symbolisant l’unité et l’harmonie entre les peuples européens.

Appellation précise à déterminer

Avant de se présenter devant les médias, M. Carney a prononcé un discours devant le Parlement européen, lors duquel il a salué l’ambition de devenir le premier membre associé de l’Union européenne, même si les implications exactes d’un tel statut restent à définir.

M. Carney a fait référence au discours prononcé la veille par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans lequel elle avait proposé de faire évoluer la relation entre les deux entités au-delà d’un simple partenariat commercial pour faire du Canada le premier «membre associé» de l’Union européenne.

«Nous saluons cette ambition: les sondages montrent qu’une majorité écrasante de Canadiens est favorable à des liens beaucoup plus étroits», a déclaré M. Carney dans son allocution.

Ses propos intervenaient après que des responsables canadiens ont minimisé la qualification de «membre associé». Ces derniers continuent de souligner que l’appellation précise pour ce partenariat renforcé avec l’Europe reste à être déterminée.

«Membre associé» de l’UE: ce que cela pourrait signifier pour le Canada Voyez le compte-rendu de Lila Mouch.

M. Carney a fait valoir que le Canada et l’Europe doivent renforcer leurs liens dans les domaines des minéraux critiques, de la défense, de l’intelligence artificielle et de la sécurité énergétique.

Il a ajouté que les deux parties doivent aller de l’avant pour permettre aux jeunes de vivre, de travailler et d’étudier de part et d’autre de l’océan Atlantique, et créer un marché intégré des services financiers.

Mme Metsola a indiqué qu’un partenariat renforcé pourrait inclure l’adhésion du Canada au programme Erasmus+, qui facilite les échanges étudiants entre les pays membres.

Elle a aussi évoqué Horizon Europe, le programme de l’UE qui finance divers projets de recherche et d’innovation. Le budget du programme pour la période 2021-2027 s’élève à environ 150 milliards $.

Partenaire plus efficace

M. Carney n’a pas cité nommément le président américain, Donald Trump, bien que son discours ait fait allusion aux relations tendues entre le Canada et l’Europe d’une part, et l’administration américaine d’autre part.

«Nous ne sommes pas des alliés de circonstance. Nous ne recherchons pas d’accords à somme nulle. Notre engagement en faveur de l’État de droit ainsi que notre défense inébranlable de la dignité humaine, de la liberté individuelle et de la démocratie partagent les mêmes racines profondes, le même dévouement sans faille», a soutenu M. Carney.

«Nous partageons des valeurs communes, pour lesquelles nous nous sommes toujours battus et que nous devons toujours défendre avec vigilance», a-t-il poursuivi.

Mercredi en Caroline du Nord, M. Trump a prévenu qu’il considérait la possible adhésion du Canada en tant que membre associé de l’Union européenne comme un acte hostile. Il a menacé d’imposer des droits de douane «sévères» à l’UE si celle-ci allait de l’avant.

En conférence de presse, M. Carney a plaidé qu’une alliance plus étroite ferait du Canada un partenaire plus efficace pour les États-Unis.

«C’est une alliance positive, c’est un processus positif. C’est ça, la réponse au président des États-Unis», a lancé M. Carney.

Dans son discours, il a esquissé ce qu’il n’envisage pas dans un nouveau partenariat avec l’UE.

«Nous ne recherchons pas le pouvoir pour dominer les autres. Au contraire, nous visons la résilience afin que personne — absolument personne — ne puisse contrôler nos marchés ouverts, porter atteinte à notre souveraineté, menacer notre intégrité territoriale ou saper nos libertés, nos démocraties et notre État de droit», a-t-il souligné.

À la suite du discours de Carney, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a publié sur les réseaux sociaux une vidéo de son allocution prononcée mercredi devant son groupe parlementaire à Penticton, en Colombie-Britannique. Il y a déclaré que ce sont les Canadiens qui devraient décider de l’orientation future du pays.

Les partis d’opposition se méfient

«Nous continuerons bien sûr à soutenir la coopération avec nos alliés européens, c’est la tradition conservatrice (…) Le premier ministre doit toutefois clarifier sa position. Il affirme vouloir une éventuelle adhésion en tant que membre associé, une alliance unique ou tout autre accord qu’il négocie secrètement avec l’UE», a affirmé M. Poilievre dans son discours.

«Mais la position des conservateurs est claire. Bien que nous soutenions le libre-échange et la poursuite de la coopération au sein de l’OTAN avec nos alliés européens, les conservateurs s’opposent à l’application des taxes de l’UE, des lois de l’UE et des politiques d’ouverture des frontières de l’UE en matière d’immigration au Canada.»

De son côté, le Bloc québécois reconnaît que cette alliance peut renforcer la sécurité économique et commerciale, mais appelle à la prudence et réclame des résultats concrets.

«Il faudra bien dire ce que ça signifie, un “membre associé”. Pour l’instant, c’est une formule politique pour plaire», a écrit le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, dans une publication sur X. 

«On fait des discours et des accolades, on ouvre des chantiers, mais les résultats sont au mieux incertains, et il faut rester actifs sur le front de la négociation commerciale avec Washington», a-t-il ajouté.

L'Union européenne ouvre la porte à ce que le Canada devienne «membre associé» La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, affirme que l'Europe souhaite ouvrir la voie au Canada pour qu'il devienne le premier «membre associé» de l'Union européenne, à l'occasion de son discours annuel sur l'état de l'Union, le 16 septembre 2026.

Menace à la souveraineté?

Des députés conservateurs ont laissé entendre qu’une adhésion du Canada en tant que membre associé à l’UE pourrait compromettre la souveraineté canadienne.

Ils ont mis en garde contre le chaos que provoqueraient l’ouverture des frontières, le transfert massif de recettes fiscales vers Bruxelles et l’occupation d’emplois canadiens par les nouveaux arrivants — bien qu’il ne soit pas certain que ces changements résulteraient d’une adhésion en tant que membre associé.

Selon M. Carney, la souveraineté du Canada n’est pas en péril.

«Ce processus va renforcer la souveraineté du Canada et de l’Union européenne. Les Canadiennes et Canadiens sont unis: personne ne dit aux Canadiennes ou aux Canadiens quelle langue parler, ne peut faire des restrictions sur notre culture ou des restrictions sur nos partenariats à l’étranger», a-t-il ajouté.

Dix des 27 pays de l’UE n’ont toujours pas ratifié l’accord commercial avec le Canada, qui est en vigueur à titre provisoire depuis neuf ans. Les entreprises canadiennes n’ont pas tiré parti de l’accès au marché européen qui leur est offert dans la même mesure que les industries européennes l’ont fait au Canada.

Le Premier ministre Mark Carney participe à une conférence de presse conjointe avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola (absente de la photo), au Parlement européen à Strasbourg, en France, le jeudi 17 septembre 2026. Le premier ministre Mark Carney participe à une conférence de presse conjointe avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola (absente de la photo), au Parlement européen à Strasbourg, en France, le jeudi 17 septembre 2026. (Justin Tang/La Presse canadienne)

M. Carney a reçu des ovations au début et à la fin de son discours de la part d’environ deux tiers des députés européens.

Terry Reintke, co-présidente des Verts au Parlement européen, avait affirmé la veille du discours de M. Carney qu’elle espérait le voir plus souvent au Parlement. Elle portait un maillot de Sidney Crosby de l’équipe du Canada alors qu’elle était assise au premier rang pour écouter son discours.

Tous les députés n’étaient pas aussi réceptifs. Alors que le premier ministre s’approchait de la tribune pour commencer son allocution, l’un des députés européens l’a accueilli en scandant « USA, USA ». 

Avec la collaboration de David Baxter à Ottawa et de Mathieu Paquette à Montréal

Nick Murray

Nick Murray

Journaliste