Le premier ministre Mark Carney a assuré mardi, devant un parterre d’investisseurs internationaux réunis à Toronto, que le Canada resterait «le plus important» partenaire des États-Unis dans de nombreux domaines malgré l’escalade actuelle du conflit commercial entre les deux pays.
«Permettez-moi de dire ceci à nos amis américains: nous serons toujours voisins, et le Canada restera le partenaire le plus important des États-Unis dans de nombreux secteurs clés», a-t-il assuré.
Et le Canada sera «un partenaire encore meilleur (…) prêt à faire progresser nos intérêts économiques et de sécurité communs» lorsque seront réunies les conditions d’une reprise des discussions qui doivent garantir, selon lui, «le respect des traditions et de la souveraineté de chacun».
«Après tout, même durant les périodes de désaccord au cours de notre longue histoire partagée, nous avons toujours maintenu des liens profonds», a-t-il ajouté.
En conférence de presse un peu plus tard dans la matinée, M. Carney a déclaré que si un «accord mutuellement avantageux» sur le commerce avec la Maison-Blanche voyait le jour, le Canada serait «prêt à l’élaborer et à le mettre en œuvre».
«Il faut qu’il y ait un alignement clair des intérêts et un calendrier compatible avec la mise en œuvre», a-t-il dit mardi.
Le conflit commercial entre les deux voisins a atteint un niveau sans précédent depuis la rupture le 21 août par le Canada des négociations avec la Maison-Blanche, accusée par M. Carney d’avoir voulu imposer à Ottawa un accord «injuste».
Le Canada a riposté la semaine dernière aux droits de douane américains entrés en vigueur fin août avec des surtaxes touchant une série de produits américains.
Fâché de voir le Canada riposter, Washington a relevé mardi à 50% les droits de douane touchant une série de produits canadiens et a aussi prévu d’interdire l’importation de certains produits à compter du 29 septembre.
Ue clé en or de la Maison-Blanche
Lors d’une discussion avec Deborah Orida, la cheffe de la direction de PSP Investments, l’un des plus grands gestionnaires de fonds de pension du Canada, le premier ministre a révélé que le président américain lui avait remis une clé en or de la Maison-Blanche.
«Je veux te donner, Mark, je veux te donner quelque chose de vraiment spécial », a-t-il raconté concernant une rencontre qui avait eu lieu là-bas en 2025. «Tellement spécial, Mark, tellement spécial.»

«J’ouvre cette boîte, et c’est cette grosse clé en or. J’ai dit: “Wow, monsieur le président, c’est génial», a-t-il poursuivi lors de la discussion informelle au sommet canadien de l’investissement. «Et il m’a répondu: “Ouais. C’est la clé de la Maison-Blanche. T’as qu’à l’apporter, ils te laisseront entrer.” Et puis il a ajouté: “Peut-être qu’ils te tireront dessus.”»
Des rires ont retenti dans la salle.
«Et ça résume en quelque sorte la relation qu’on a… et c’est un peu comme ça entre le Canada et les États-Unis», a-t-il avoué devant les investisseurs. «Au Canada, tu reçois la clé, tu peux entrer. Aux États-Unis, ils pourraient te tirer dessus.»
Relations avec l’UE
Dimanche, le premier ministre Carney a été interrogé au sujet d’un article du «Wall Street Journal» laissant entendre qu’il étudiait la possibilité que le Canada devienne un «membre associé» de l’Union européenne.
S’exprimant lors d’un événement au Festival international du film de Toronto, M. Carney a indiqué que le Canada ne cherchait pas à adhérer à l’Union européenne, mais qu’il souhaitait nouer une «alliance unique» avec ce bloc économique.
Lundi, l’Union européenne (UE) a annoncé l’ouverture d’un nouveau bureau à Ottawa pour faciliter les échanges avec les députés et sénateurs canadiens. Cette annonce est survenue à l’approche du discours que Mark Carney prononcera devant le Parlement européen jeudi.
Mardi, quand les journalistes lui ont demandé si les pourparlers avec l’UE pourraient inclure des changements aux exigences en matière de visas pour les Canadiens en Europe, M. Carney a répondu en français: «C’est une possibilité.»
«Ce sera un aspect qui fera partie des discussions», a-t-il ajouté, toujours en français.
Selon les règles actuelles, les Canadiens peuvent visiter l’espace Schengen de l’UE sans visa pour une durée maximale de 90 jours sur une période de 180 jours. Les exigences en matière de visa de travail varient selon le pays et le demandeur.
Abordant plus largement le renforcement des liens entre le Canada et l’Union européenne, M. Carney a évoqué la collaboration dans les secteurs de l’énergie et des minéraux essentiels. Il a également indiqué qu’il existait des possibilités d’élargir les occasions de recherche, les échanges culturels et les échanges «entre les peuples».
Même si M. Carney devrait se rendre en Europe plus tard aujourd’hui, il a précisé que l’essentiel des discussions aurait lieu lors du sommet Canada-UE qui se tiendra à Montréal plus tard cette année.
En point de presse à Vancouver, le chef conservateur Pierre Poilievre s’est dit en faveur du libre-échange avec l’Europe, mais rejette l’idée d’être membre associé de l’Union européenne.
Pour son voyage à venir, il a demandé à M. Carney de «convaincre» les pays européens «d’accéder à notre entente de libre-échange et de permettre un accès total pour les agriculteurs canadiens au marché européen».
«Ce sont des choses pratiques et des résultats concrets pour le vrai monde», a-t-il expliqué. «Nous, les conservateurs supportons que le libre-échange avec l’Europe [...] nous supportons la collaboration dans la défense.»
«On n’a pas besoin des grands symboliques et certainement pas besoin de forcer de payer des taxes ou de suivre des lois imposées gouvernement d’outremer qui n’est pas imputable aux Canadiens», a-t-il conclu lors de son point de presse.
Un jour 1 marqué par d’importantes annonces
Des centaines de dirigeants et de gestionnaires d’actifs internationaux se sont rendus à Toronto cette semaine à l’occasion du tout premier Sommet canadien sur l’investissement.
Le premier ministre Mark Carney s’est fixé l’objectif ambitieux d’attirer 1000 milliards $ de nouveaux investissements au Canada au cours des cinq prochaines années.
La première journée du sommet a été marquée par des annonces de projets et des changements à la politique fiscale canadienne.
Le gouvernement fédéral a annoncé lundi que les investisseurs injectant au moins 1 milliard $ dans l’économie canadienne bénéficieront désormais d’un accès prioritaire à un programme offrant des décisions contraignantes de l’Agence du revenu du Canada. Le Manitoba a annoncé qu’il exonérerait de la taxe de vente provinciale les dépenses d’investissement majeures destinées au port de Churchill, dans le but d’attirer des investissements internationaux.
L’événement a été critiqué par certains chefs autochtones, des groupes environnementaux et des dirigeants syndicaux qui se disent inquiets pour l’avenir des services publics, des pipelines et de la fabrication d’armes.
