La campagne de grande envergure menée par le premier ministre Mark Carney pour attirer les investissements étrangers suscite également des protestations de la part de dirigeants autochtones et d’associations de la société civile opposés à son programme.
Des centaines de dirigeants d’entreprise et de gestionnaires d’actifs internationaux se sont rendus lundi à Toronto pour le tout premier Sommet canadien de l’investissement. Mark Carney s’est fixé l’objectif ambitieux d’attirer 1000 milliards $ de nouveaux investissements au cours des cinq prochaines années.
Des manifestants, parmi lesquels des syndicats, des dirigeants autochtones et des défenseurs du climat et du logement, se mobilisent contre cet événement et prévoyaient de manifester devant le lieu où se tient le gala d’ouverture du sommet lundi soir.
Les organisateurs de la manifestation affirment qu’ils rejettent l’idée de laisser l’avenir économique du Canada entre les mains de PDG et s’inquiètent pour l’avenir des services publics, des oléoducs et de l’industrie de l’armement.
S’exprimant lundi à Toronto, le chef héréditaire Wet’suwet’en Na’Moks a affirmé que Mark Carney s’était servi de la guerre commerciale menée par le président américain, Donald Trump, pour donner un élan à sa campagne en faveur de grands projets.
«Le Canada devient très doué pour faire chanter la population», a-t-il lancé, citant l’argument du premier ministre selon lequel le Canada doit mener à bien davantage de grands projets pour se protéger de la politique commerciale prédatrice des États-Unis.
«C’est leur version des faits. Leur version est fausse, tout comme l’idée qu’ils se font que ces projets se réaliseront sans votre soutien, sans notre soutien», a affirmé le chef autochtone, qui a organisé la résistance contre les projets d’oléoducs en Colombie-Britannique.
Le sommet devrait attirer les dirigeants de certains des plus grands gestionnaires d’actifs au monde, notamment Larry Fink, PDG et président de BlackRock, et Jon Gray, président de Blackstone.
Kai Nagata, porte-parole de l’association environnementale Dogwood B.C., a affirmé que chaque parcelle de territoire que le premier ministre cède à des milliardaires américains rapproche le pays d’une annexion par les États-Unis.
«Nous avons besoin d’investissements dans ce pays. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se jeter à nouveau dans les bras des mêmes milliardaires américains qui financent le mouvement MAGA et conseillent leur président sénile», a argué M. Nagata, directeur du programme Énergie et démocratie chez Dogwood.
«Oui, nous avons besoin d’emplois et de projets dans ce pays. Mais cela ne signifie pas des emplois à l’étranger ni des projets appartenant aux mêmes milliardaires américains qui tentent de racheter l’ensemble de notre pays.»
Nik Barry-Shaw, du Conseil des Canadiens, a fait valoir que ce sommet sur l’investissement est en réalité un sommet sur la privatisation et qu’il ne pense pas que ses résultats seront bénéfiques pour les Canadiens et les communautés autochtones, dont les terres seront touchées.
«Et malheureusement, il ne semble pas que nous soyons actionnaires de cette entreprise de gestion d’actifs que dirige Carney», a-t-il ajouté.
Le service de police de Toronto a précisé à La Presse Canadienne qu’il était prêt à faire face aux manifestations et qu’il avait mis en place des plans pour assurer la sécurité publique et minimiser les perturbations.
«Nous rappelons à ceux qui prévoient de participer que le droit de manifester ne s’étend pas à la violence, aux menaces, aux dégradations de biens ou à toute autre activité criminelle», a écrit la police de Toronto sur les réseaux sociaux lundi matin.
Des restrictions de l’espace aérien seront en vigueur et la police prévoit d’utiliser des drones pour surveiller le site du sommet.
Lors d’une réception dimanche soir en présence de chefs d’entreprise et de responsables politiques canadiens, le premier ministre a déclaré que son gouvernement travaillait en partenariat avec les communautés autochtones pour mener à bien ces projets.
Le gouvernement de M. Carney s’était heurté à une vive opposition de la part des dirigeants autochtones l’année dernière lorsqu’il avait fait adopter une loi visant à accélérer la mise en œuvre de grands projets.
Le ton a changé depuis lors et plusieurs chefs d’entreprise autochtones ont été invités à la réception de dimanche, notamment Bill Lomax, président-directeur général de la First Nations Bank, Mark Podlasly, PDG de la First Nations Major Projects Coalition, et Scott Munro, directeur général adjoint du First Nations Financial Management Board.
Le cabinet du premier ministre précise avoir invité les dirigeants des trois organisations autochtones nationales à la réception de dimanche, mais seule Victoria Pruden, présidente du Conseil national des Métis, était présente.
David Chartrand, président de la Fédération des Métis du Manitoba, qui s’est généralement montré réceptif au programme de M. Carney, était également présent, tandis que l’Assemblée des Premières Nations (APN) a envoyé un représentant au nom de la cheffe nationale.
La cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, devait assister au gala d’ouverture lundi soir. Il en allait de même pour le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed.
Sur les réseaux sociaux, Mme Woodhouse Nepinak a déclaré que son message aux investisseurs était qu’ils pouvaient éviter des batailles juridiques coûteuses en discutant directement avec les chefs et les Premières Nations des grands projets avant de se lancer.
«L’époque où les Premières Nations n’étaient que les maçons des grandes entreprises est révolue. Pour que les investissements soient judicieux et que l’on pense à l’avenir de l’économie, il faut que les Premières Nations soient propriétaires et fournisseurs à chaque étape de tout projet», a-t-elle écrit.
«Nous ne pouvons plus être laissés de côté.»
— Avec des informations fournies par Craig Lord

