Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a affirmé lundi avoir entendu «haut et fort» le message du public concernant l’achat d’un jet privé de près de 30 millions de dollars qui a suscité un tollé.
«J’ai entendu haut et fort le message de la population selon lequel ce n’était pas le moment d’acheter un avion», a-t-il dit aux journalistes lors d’une conférence de presse à Ottawa lundi matin. «J’ai donc demandé au personnel provincial de prendre contact, ce qu’il fait actuellement, avec Bombardier pour le vendre immédiatement, et au même prix que celui auquel nous l’avons acquis la semaine dernière.»
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le bureau du premier ministre a confirmé vendredi que le gouvernement avait acheté un jet Bombardier Challenger 650 d’occasion de 2016 pour 28,9 millions de dollars. Le bureau de M. Ford avait alors déclaré que cet avion permettrait au premier ministre de se déplacer plus facilement dans la province, ainsi qu’aux États-Unis pour promouvoir les intérêts de la province.

Cependant, les partis d’opposition et le public ont rapidement protesté et, dès dimanche, le gouvernement a fait marche arrière et a indiqué qu’il vendrait l’avion.
Si M. Ford a dit lundi qu’il comprenait désormais que le public n’approuvait pas cet achat, il a toutefois souligné que les ministres fédéraux et les autres premiers ministres provinciaux voyageaient tout le temps en avion privé.
«Personne ne s’en inquiète. Mais quand je le fais, j’imagine qu’il y a deux poids, deux mesures», a-t-il déploré.
«Les gens ne se rendent pas compte de l’étendue de l’Ontario à moins de l’avoir survolé», a-t-il ajouté.
Alors que le bureau du premier ministre avait déclaré vendredi que l’avion servirait à faciliter ses déplacements, le premier ministre a précisé lundi que d’autres ministres l’auraient également utilisé.
«C’est un avion interministériel pour la province, pas mon avion personnel», a-t-il dit précisé.
L’opposition demande le remboursement des frais
La chef de l’opposition ontarienne, Marit Stiles, a demandé lundi à Ford de rembourser tous les frais liés à l’achat et à la vente de l’avion.
«Les habitants de cette province sont scandalisés, et à juste titre», a lancé Mme Stiles lors d’un échange houleux lors de la période de questions lundi.
Elle a demandé un vote unanime de l’Assemblée demandant à Ford de payer personnellement toute perte financière découlant de l’achat et de la vente, une suggestion qui a été rapidement rejetée par la majorité conservatrice.
Elle a toutefois ajouté que le «revirement en plein vol» de Doug Ford ne le mettrait pas à l’abri des questions concernant cet achat.

«Alors que le premier ministre se préoccupait de la couleur du cuir de son jet privé de luxe, il faisait la leçon aux étudiants de l’enseignement supérieur de l’Ontario, leur disant de travailler plus dur et de faire de meilleurs choix», a poursuivi la cheffe du NPD. «Alors, Monsieur le premier ministre, comment se fait-il que lorsqu’il s’agit de l’OSAP, il n’y ait pas d’argent, mais qu’il y en ait à profusion pour les jouets rutilants du premier ministre?»
Doug Ford n’était pas présent à la Chambre lundi, laissant le leader du gouvernement à la Chambre, Steve Clark, et le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, répondre à ses questions.
M. Clark a répondu qu’«aucun gouvernement n’est parfait», mais a ajouté que ce revirement rapide montrait qu’ils étaient à l’écoute.
«Vous savez, cela démontre du leadership lorsque notre premier ministre reconnaît qu’une décision doit être modifiée, et qu’il la modifie», a-t-il dit.
Peter Bethlenfalvy a critiqué l’opposition pour ne pas avoir soutenu certains éléments de son dernier budget, notamment un crédit d’impôt pour les petites entreprises.
«J’aimerais savoir où figurait ce jet privé de luxe dans votre budget?», a rétorqué Mme Stiles tandis qu’un de ses collègues du NPD feuilletait les pages d’un exemplaire.
«Je dois dire que je suis un peu hors de mon élément lorsqu’il s’agit de discussions sur les jets privés de luxe. Je ne sais donc pas s’il existe une politique de retour sous 30 jours pour les jets de luxe, mais je sais qu’au final, ce sont les Ontariens qui devront payer les pénalités, les pertes liées à la revente et tout l’argent que cette province et ce gouvernement ont déjà dépensé pour améliorer l’avion», a-t-elle ajouté.

