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Police et gestes racistes: l’appel au calme de la mairesse de Montréal

Soraya Martinez Ferrada en appelle «à la responsabilité de tous» dans ce dossier, mais convient que le lien entre la population et le SPVM s’en voit «fragilisé».

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Allégations de gestes racistes au SPVM: «Ces gestes n'ont pas leur place», dit Soraya Martinez Ferrada La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a effectué une sortie publique samedi pour lancer «un appel au calme», au lendemain de la publication d'allégations de gestes racistes posés par de nombreux policiers à Montréal-Nord.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a effectué une sortie publique samedi pour lancer «un appel au calme», au lendemain de la publication de révélations sur des allégations de gestes racistes posés par de nombreux policiers à Montréal-Nord.

«J’en appelle au calme, à la responsabilité de tous», a déclaré Mme Martinez Ferrada, qui a toutefois répété, comme elle l’avait fait dans des déclarations écrites la veille, que ce qui a été découvert est «inacceptable».

La gravité des gestes allégués - des policiers auraient coupé les cheveux de citoyens racisés afin d’en faire des «trophées», ont notamment révélé La Presse et Radio-Canada – viennent «fragiliser» le lien entre la population et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), croit la mairesse.

«L’inquiétude, la colère et les questions que ces événements soulèvent sont tout à fait normales», a affirmé Mme Martinez Ferrada à l’hôtel de ville en mêlée de presse devant les représentants des médias, incluant CTV News.

«Ces gestes n’ont pas leur place à Montréal […] ni dans aucune institution d’ailleurs».

—  Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal

La mairesse a rappelé qu’elle avait discuté avec le chef du SPVM, Fady Dagher, et se dit consciente qu’elle doit «laisser l’enquête faire son travail», mais va «poser toutes les questions qui s’imposent» dans ce dossier, assure-t-elle.

Le SPVM a dû a procéder au démantèlement d’une équipe de policiers du poste 39 de l’arrondissement de Montréal-Nord. Certains patrouilleurs de nuit sont soupçonnés d’avoir commis des actes «discriminatoires et racistes» à l’endroit de personnes interpellées, selon la version officielle du service de police.

Deux policiers ont été suspendus, tandis que 14 autres ont été retirés de la patrouille de nuit et ont été assignés à d’autres tâches sans contact avec la population pendant que l’enquête suit son cours.

«Choqué», Fady Dagher a dit tard vendredi en point de presse avoir été mis au courant en mars de gestes «préoccupants» de la part de policiers. Des collègues policiers auraient dénoncé ces gestes.

Un dossier concernant une intervention policière a été transféré au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Des accusations pourraient être portées contre les policiers.

Les policiers impliqués dans cette affaire auraient entre trois et quatre années d’expérience dans le métier. Deux femmes font partie du groupe de policiers, les autres étant des hommes.

«Racisme systémique»: Accélérer le projet de caméras corporelles

En marge du scandale, la mairesse Martinez Ferrada a réitéré samedi qu’elle a discuté avec le vice-premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, notamment pour faire avancer le projet sur le port de caméras de surveillance corporelles intégrées à l’uniforme des policiers du SPVM.

Selon Mme Martinez Ferrada, «le racisme systémique existe» et il faut le dire ouvertement pour trouver des façons de corriger la situation.

Elle trouve du réconfort dans le fait que ce soient des collègues policiers qui ont dénoncé la situation.

De son côté, la Fraternité des policiers et policières de Montréal a indiqué dans un communiqué de presse transmis samedi prendre acte «des allégations de racisme visant des membres d’une équipe de travail du PDQ 39» et a rappelé «que toute forme de racisme est intolérable et contrevient à ses valeurs et à celles des policiers et policières de Montréal».

«La Fraternité réitère que le respect envers toutes les citoyennes et tous les citoyens est non-négociable, et son président, Yves Francoeur, ajoute que “ce qui est allégué est totalement inacceptable et choquant”.»

—  La Fraternité des policiers et policières de Montréal

Le syndicat a par ailleurs souligné que la présomption d’innocence s’applique à l’ensemble de ses membres et que la «quasi-totalité» des 4600 policiers et policières de Montréal respectent les normes.

Plusieurs réactions politiques

La première ministre, Christine Fréchette, s’est aussi montrée très préoccupée.

«Les gestes allégués, s’ils sont confirmés, sont incompatibles avec les valeurs de respect et d’intégrité qui doivent guider l’action de tous nos corps policiers (...) Il est essentiel que toute la lumière soit faite rapidement sur cette situation et que les mesures appropriées soient appliquées», indique son message sur le réseau social X, publié tard vendredi soir.

Quant à Québec solidaire, le parti a demandé à ce que «l’enquête criminelle soit élargie pour faire toute la lumière sur l’ampleur et la gravité des faits».

«Est-ce que ces pratiques se limitent au poste 39 ?, s’est interrogée la porte-parole de QS, Ruba Ghazal. J’interpelle Christine Fréchette pour que cette enquête permette de déraciner à la source les pratiques racistes et abjectes qui gangrènent ce poste de police depuis de très nombreuses années.»

Le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon a indiqué sur dans une publication sur X que les comportements allégués étaient «très préoccupants».

Sur les réseaux sociaux, le Parti libéral du Québec a condamné «tout comportement haineux, raciste ou discriminatoire ainsi que tout profilage racial». Le chef du parti, Charles Milliard a affirmé que la situation rapportée était «extrêmement préoccupante et révoltante».

«Ça ne me surprend pas»

Des résidents de Montréal-Nord rencontrés par CTV News et par La Presse Canadienne ne se sont pas dits surpris des allégations qui ont été dévoilées vendredi soir.

«Ça ne me surprend pas parce c’est toujours les mêmes», a indiqué un homme à CTV News.

«C’est notre quotidien.»

—  Un homme rencontré par CTV News

Ricky Peter, un autre résident, a rapporté ce qui lui est venu en tête lorsqu’il a pris connaissance de ces accusations.

«On a l’habitude. J’ai grandi dans la rue, j’ai grandi à Montréal-Nord, j’en ai vu pire que ça, a-t-il commenté. Mais, arriver à couper les cheveux d’un autre, pourquoi, c’est quoi le but? Ça n’a pas de sens.»

M. Peter a cependant souligné le manque de solutions permettant de résoudre ces situations.

«Même si ça arrive, même si le monde porte plainte, il n’y a pas grand-chose qui va se faire, a-t-il commenté. On ne peut pas se battre contre le système.»

Historique de tensions

Ce n’est pas la première fois que des policiers du poste de quartier 39 se retrouvent dans l’eau chaude pour des comportements envers les citoyens.

En 2008, l’arrondissement avait été secoué après la mort de Fredy Villanueva, un jeune homme âgé de 18 ans, abattu dans un parc par un agent du SPVM. Des émeutes avaient éclaté au lendemain du drame.

Le DPCP n’avait déposé aucune plainte contre les deux policiers impliqués lors de l’intervention. Un rapport du coroner avait formulé plusieurs recommandations, dont une adressée au SPVM visant à ce que les agents «reçoivent une formation relative à l’intervention auprès de personnes issues de minorités ethnoculturelles et à leurs perceptions de la police».

«À ceux ou celles, qui ont parfois le sentiment que rien ne change. Je vous entends», a affirmé Mme Martinez Ferrada, s’adressant principalement aux communautés de Montréal-Nord.

Selon la mairesse de Montréal, «le racisme systémique existe» et il faut le dire ouvertement pour trouver des façons de corriger la situation.
Elle trouve du réconfort dans le fait que ce soient des collègues policiers qui ont dénoncé la situation.

«Je suis une femme racisée, je suis en couple avec un homme noir, je peux vous en parler de profilage. On en vit, personnellement», a-t-elle confié plus tard lors de son allocution.

«Le service de police a changé dans les dernières années et je suis contente de voir que des policiers ont aussi dénoncé ce qui s’est passé, c’est le signe que la culture à l’interne aussi change», a affirmé Mme Martinez Ferrada, en admettant qu’il reste encore bien du chemin à faire pour rebâtir la confiance des citoyens envers les forces de l’ordre.

Avec de l’information d’Émeric Montminy pour Noovo Info, la collaboration de Stephane Giroux pour CTV News et de l’information de La Presse canadienne.