Cela fait six mois que Jesse Van Rootselaar, âgée de 18 ans, a abattu huit personnes avant de s’enlever la vie.
Bien que des détails aient été communiqués au sujet des victimes tuées à Tumbler Ridge — à l’école secondaire locale et au domicile des Van Rootselaar —, de nombreuses questions demeurent, la police restant très discrète sur de nombreux aspects de l’affaire.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Dans le but d’obtenir davantage de réponses, CTV News et un consortium de médias ont saisi la cour, ce qui leur a finalement permis d’obtenir des centaines de pages de documents largement caviardés.
Ces documents comprennent des mandats de perquisition et apportent un éclairage supplémentaire sur les interventions policières le jour de la fusillade, ainsi que sur les efforts déployés par la GRC pour mener l’enquête qui a suivi.
La conduite erratique de la tireuse
Les documents révèlent de nouveaux détails sur la façon dont les renseignements ont été transmis à la police à l’approche de la fusillade de masse.
Dans un document intitulé Demande de renseignements, l’agent Jonathan Paquin fournit des détails sur l’enquête, décrivant le jour de la fusillade comme un «événement dynamique en pleine évolution».
Il détaille ensuite un rapport d’incident de la circulation, dans lequel un appelant a signalé un conducteur au comportement erratique qui a percuté un banc de neige avant de prendre la fuite à bord d’un VUS endommagé depuis la résidence de la tireuse. L’appelant a également indiqué que le conducteur était peut-être une personne nommée Steezy — «un homme habillé comme une femme».
Jesse Van Rootselaar était transgenre. Elle s’était vu attribuer le sexe masculin à la naissance et avait effectué une transition sociale, s’identifiant et se présentant publiquement comme une femme.
Le document indique que la GRC a reçu une autre plainte signalant la présence de deux cadavres à son domicile, ainsi que des cartouches de fusil de chasse sur le plancher. La police a ensuite fouillé la maison et y a trouvé une arme à feu et un fusil à plombs.
Le document illustre également la confusion initiale de la police quant au nombre de tireurs associés aux différents noms que Jesse Van Rootselaar avait utilisés avant et après sa transition.
Plus loin dans le document, l’intervention policière à l’école est détaillée.
Les agents qui sont entrés dans l’école ont essuyé des coups de feu.
D’autres agents de la patrouille routière et de l’équipe d’intervention d’urgence sont arrivés à différents moments au fur et à mesure que l’incident se déroulait.
La police rapporte avoir découvert plusieurs victimes décédées et avoir mis d’autres personnes en sécurité, avant de finalement trouver la tireuse décédée des suites d’une blessure par balle qu’elle s’était infligée elle-même.
Les documents révèlent également que la fusillade à l’école a été filmée par des caméras de vidéosurveillance.
Un mandat figurant parmi les documents décrit en détail la perquisition effectuée au domicile de Jesse Van Rootselaar, la police y précisant la découverte d’une femme adulte décédée et d’un enfant de sexe masculin décédé.
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) indique avoir trouvé une caméra Sony Handycam, un iPhone noir à l’écran fissuré, deux ordinateurs portables et une carte SD.
À un moment donné, ils indiquent que leur enquête a révélé que la tireuse souffrait de troubles de santé mentale et était fasciné par les armes à feu.
Enquête policière
Les demandes d’«information à obtenir» (ITO) sont des documents que la police présente aux tribunaux lorsqu’elle sollicite des mandats de perquisition.
Les documents remis à CTV News et à ses partenaires du consortium médiatique comprennent trois ITO, dont la première a été déposée à midi le 11 février, moins de 24 heures après le début de la fusillade à l’école secondaire.
Cette demande visait à obtenir des mandats pour perquisitionner deux lieux : une propriété dont l’adresse a été caviardée et qui semble être la maison où la mère et le demi-frère de Jesse Van Rootselaar ont été tués, ainsi qu’une Hyundai Palisade 2023 de couleur verte stationnée à l’extérieur de l’école.
La police recherchait des preuves biologiques, des armes à feu et des munitions à ces deux endroits. À la maison, elle recherchait également des appareils électroniques ayant pu appartenir au tireur, ainsi que des documents attestant de sa résidence.
La deuxième demande d’ordonnance de perquisition (ITO) a été déposée le 20 février et vise à obtenir des mandats de perquisition pour divers appareils électroniques, dont certains ont été trouvés lors des perquisitions précédentes.
Le document vise à obtenir l’accès aux textos, aux courriels, aux fichiers multimédias, aux registres d’appels, à l’historique de localisation, à l’historique de navigation, à l’activité sur les médias sociaux, aux documents, aux contacts, ainsi qu’aux données de compte et du système d’exploitation provenant d’un appareil identifié comme étant «l’iPhone de Jesse», ainsi que de l’iPhone à l’écran fissuré, d’un ordinateur portable Aocwei violet, d’un ordinateur portable MacBook Air, d’un iPhone argenté et d’un autre «cellulaire», dont la description a été caviardée.
Il vise également les fichiers multimédias provenant de la caméra Sony Handycam, d’une carte SD et d’un appareil photo violet contenant une carte SD.
Enfin, la demande d’ordonnance de perquisition (ITO) sollicite un mandat pour fouiller une pièce à conviction entreposée au détachement de la GRC de Prince George, décrite plus loin dans le document comme «une clé USB contenant des données provenant d’un cellulaire noir».
M. Paquin, membre de l’Unité des crimes graves du district Nord qui a déposé les ordonnances de perquisition, explique dans sa demande que les données en question ont été extraites d’un téléphone le 11 février, soit le lendemain de la fusillade. Le téléphone a été remis à une entité dont le nom a été caviardé cette même nuit, après l’extraction des données.
Le rôle d’OpenAI
Entre la première et la deuxième demande d’ordonnance de production de renseignements, le 15 février, le Bureau fédéral d’enquête des États-Unis (FBI) a informé la GRC qu’OpenAI avait repéré deux comptes ChatGPT qui, selon elle, avaient appartenu à Van Rootselaar.
OpenAI a joué un rôle très en vue dans cette affaire. L’entreprise spécialisée en intelligence artificielle s’est déjà excusée de ne pas avoir alerté la police au sujet de l’utilisation préoccupante de l’outil par Jesse Van Rootselaar.
La dernière ordonnance de production de renseignements (ITO) a été déposée le 6 mars. Elle vise à obtenir une ordonnance de production à l’encontre d’OpenAI, enjoignant à l’entreprise de remettre les renseignements sur les abonnés — notamment le nom, la date de naissance, le numéro de téléphone, l’adresse courriel et les renseignements de facturation — pour deux comptes.
Une demande supplémentaire d’information adressée au géant de la technologie concernant chacun de ces comptes a été caviardée.
Il convient de noter que les ordonnances de production demandées dans l’ITO sont limitées dans le temps. Les périodes exactes pour lesquelles les données sont demandées ont été caviardées, mais les deux se terminent en février, l’une d’entre elles prenant fin le 10 février, jour du massacre.
Le mois dernier, lorsque le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a annoncé qu’il préparait une poursuite contre OpenAI au sujet de la fusillade, la GRC provinciale a indiqué que son enquête criminelle sur cette affaire se poursuivait.
«Nous n’avons pas écarté la possibilité que des accusations soient portées», a rapporté la GRC de la Colombie-Britannique dans un communiqué publié à l’époque. «Il est important de comprendre que l’absence de détails rendus publics ne signifie pas que les enquêteurs ne disposent pas de ces renseignements. Nous devons plutôt protéger l’intégrité de l’enquête en cours, notamment en vue d’éventuelles poursuites futures.»
Le communiqué fait également référence à une enquête du coroner prévue concernant la fusillade, précisant que la GRC prévoit «participer pleinement» à ce processus.
Des documents largement caviardés
Bien que les documents obtenus par CTV News et d’autres membres du consortium médiatique aient révélé de nouveaux détails, ceux-ci sont largement caviardés, laissant de nombreuses questions en suspens quant aux particularités de l’affaire.
Dans ces documents, la police expose les raisons pour lesquelles elle a demandé une ordonnance de mise sous scellés.
«Il s’agit d’une enquête vaste et complexe qui a suscité une attention considérable à l’échelle nationale et internationale, avec une couverture médiatique importante de l’incident et de l’enquête policière», a noté M. Paquin à un moment donné.
«C’est pourquoi je crois que les éléments de preuve présentés dans cette demande d’ordonnance, s’ils étaient divulgués prématurément, seraient certainement diffusés par divers médias, ce qui affecterait et influencerait l’enquête criminelle en cours, l’enquête du coroner et une éventuelle enquête publique», a-t-il ajouté.
M. Paquin a également exprimé ses préoccupations en écrivant : «Je suis conscient que les incidents causant de nombreuses victimes peuvent inspirer des attaques par imitation. Par exemple, on sait que le massacre de l’école secondaire Columbine a eu cet effet, puisqu’il a inspiré d’autres fusillades au cours des années suivantes. Par conséquent, je crois que la divulgation prématurée de cette demande d’ordonnance, avant la fin de l’enquête criminelle et de l’enquête du coroner ou de l’enquête publique qui s’ensuivra, au cours desquelles tous les faits seront connus, pourrait mettre le public en danger.»


