Une nouvelle étude révèle que le débat en ligne qui a suivi trois récentes fusillades, dont celle du 22 juin à Montréal, s’est concentré de manière disproportionnée sur le genre plutôt que sur l’acte de violence lui-même.
Dans le cas de Montréal, l’engagement suscité par les publications en ligne concernant la participation d’une agente à la fusillade a largement dépassé celui des publications portant sur d’autres sujets, malgré le faible nombre de messages évoquant son genre au lendemain de la fusillade, qui a coûté la vie à un autre agent, à un civil innocent et au tireur.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
C’est l’une des conclusions d’un rapport d’incident publié mercredi par le Centre pour les médias, la technologie et la démocratie, une équipe interdisciplinaire de chercheurs basée à l’Université McGill.
Ils ont constaté que le «contenu axé sur l’identité» figurait parmi les types de contenu ayant suscité le plus de réactions sur les médias sociaux après la fusillade de Montréal en juin 2026, l’assassinat de Charlie Kirk en septembre 2025 et la fusillade de Tumbler Ridge en février 2026.
Lors de ces fusillades, la question du genre a été «politisée en quelques heures […] les influenceurs jouant un rôle de premier plan dans ce type de cadrage», selon le rapport.
À la suite de la fusillade de Montréal, le ministre de la Sécurité intérieure du Québec, Ian Lafrenière, a exhorté la population à ne pas partager de vidéos explicites de la fusillade, notamment une qui semblait montrer une agente tirant sur un civil.
L’appartenance des tireurs à la communauté transgenre a dominé le discours dans le cas de la fusillade de Kirk et de celle de Tumbler Ridge. Dans le cas de Montréal, les publications critiquant la policière ont enregistré un nombre de vues disproportionnellement plus élevé par rapport au faible nombre de publications portant sur son genre.
Les influenceurs, dont la grande majorité sont américains (88% contre 10%), ont joué un rôle central dans la diffusion du discours sur le genre et ont représenté au moins 98% de l’engagement envers le «contenu politisant l’identité», note le rapport d’incident.
Pour mettre cet engagement en perspective, les chercheurs ont constaté que les publications portant sur le genre de la policière de Montréal suscitaient en moyenne environ 4,3 fois plus d’engagement que les mises à jour informatives concernant la fusillade elle-même, même si les publications sur le genre ne représentaient que 3% de l’ensemble des publications en ligne.
«Cela illustre à quel point les utilisateurs des médias sociaux peuvent être attirés par des interprétations plus controversées ou spéculatives des nouvelles de dernière heure», indique le rapport.
Les chercheurs ont passé au crible les publications sur les médias sociaux, notamment sur X (anciennement Twitter), Instagram, YouTube, Facebook et Bluesky, à la suite de la fusillade survenue en juin à Montréal.
Ils ont trouvé une publication sur X qui remettait en question la compétence de la policière montréalaise, dans laquelle on pouvait lire : «Mais qu’est-ce qu’on fait donc à autoriser des policières?»
Esli Chan, chercheuse principale à l’Observatoire de l’écosystème médiatique, a affirmé à CTV News qu’il existe une tendance dans la littérature où le genre est souvent invoqué comme sujet de débat conflictuel et où les femmes sont présentées comme «inadéquates».
«C’est une façon de présenter ces incidents de manière à rejeter la faute sur le genre, souvent en renforçant les stéréotypes sexistes, les inégalités ou en justifiant la persistance des hiérarchies patriarcales traditionnelles», a-t-elle mentionné lors d’une entrevue. «C’est une façon de faire de ce qui se passe une sorte de bouc émissaire et de détourner la conversation vers autre chose.»
L’organisme indépendant de surveillance de la police du Québec, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), a ouvert une enquête sur l’intervention du SPVM.
Les chercheurs ont également constaté que les publications montrant des images de violence explicites et non censurées suscitaient davantage d’engagement, et que ces publications provenaient en grande majorité d’influenceurs ou de témoignages de témoins, plutôt que des médias traditionnels. Par exemple, une vidéo explicite de la fusillade de Montréal, publiée par le compte Breaking911 sur X — une plateforme basée à Nashville, au Tennessee —, a été visionnée à elle seule 37 millions de fois.
Selon Mme Chan, les utilisateurs des réseaux sociaux doivent faire preuve de prudence quant au contenu qu’ils consomment, en particulier immédiatement après des fusillades, lorsqu’il existe un «vide d’information» qui constitue le moment idéal pour que des acteurs en ligne rendent certains récits viraux afin de les monétiser.
«Les plateformes de médias sociaux ont également un rôle à jouer», a-t-elle ajouté, «Particulièrement en ce qui concerne le type de contenu qui existe sur leurs plateformes et ce qui est mis en avant en haut des fils d’actualité des utilisateurs.»
