Près de trois ans après la première arrestation de William Majcher pour ingérence étrangère présumée au profit de la Chine, cet ancien agent de la GRC s’est présenté devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique et a plaidé non coupable d’un chef d’accusation en vertu de la Loi sur la sécurité de l’information.
M. Majcher est accusé d’avoir commis des «actes préparatoires» visant à faire pression sur un millionnaire de la Colombie-Britannique pour qu’il retourne en Chine en 2017. Selon l’accusation, l’homme d’affaires de Vancouver Hongwei «Kevin» Sun était recherché par Pékin pour avoir prétendument volé l’équivalent de 125 millions de dollars canadiens à une banque de la province de Jilin.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Son épouse Diane, qui a fait le voyage depuis Hong Kong pour le soutenir, a assisté à la lecture de son plaidoyer depuis l’autre côté d’une cloison vitrée dans la salle d’audience.
L’affaire est jugée devant la juge Martha Devlin à la Cour suprême de la Colombie-Britannique.
«Sa position est qu’il n’a rien fait de mal au Canada», a affirmé son avocat Ian Donaldson sur les marches du palais de justice. Il représente l’ancien agent de la GRC, âgé de 63 ans, dans un procès sans jury.
«[William Majcher] affirme qu’il n’a pris aucune mesure visant à contraindre qui que ce soit à faire quoi que ce soit», a-t-il dit.
Implication présumée dans le projet Fox Hunt
Au cours de ses 22 ans de carrière au sein de la GRC, M. Majcher s’est spécialisé dans les enquêtes sur les crimes financiers. Il menait des missions d’infiltration au sein de cartels de la drogue et d’organisations terroristes. Il se faisait souvent passer pour un blanchisseur d’argent.
Après avoir pris sa retraite de la GRC en 2007, il s’est installé à Hong Kong où il a fondé une société spécialisée dans l’aide aux entreprises pour récupérer des actifs volés qui étaient blanchis à l’étranger.
Bon nombre de ses clients étaient basés en Chine.
Les procureurs affirment que William Majcher avait prévu d’utiliser des tactiques illégales pour aider la Chine à rapatrier un fugitif se cachant au Canada.

La Couronne le dépeint comme un chasseur de primes d’entreprise ayant participé aux campagnes anticorruption chinoises Fox Hunt et Skynet. Ces programmes ont été mis en place par le président Xi Jinping en 2014 afin de ramener les fugitifs économiques qui avaient fui la Chine.
La Chine a engagé d’anciens agents des forces de l’ordre, des détectives privés et des avocats dans les pays occidentaux pour atteindre ses objectifs.
Des organisations de défense des droits de l’homme ont souligné que le Parti communiste chinois (PCC) utilise le prétexte de la lutte contre la corruption pour transformer ses programmes Fox Hunt et Skynet en outils de répression transnationale.
Dans un rapport de 2024, Safeguard Defenders, une organisation non gouvernementale, a constaté que la Chine, par l’intermédiaire de ses agents de police et de ses mandataires, violait «la souveraineté de pays tiers et les droits humains fondamentaux des personnes ciblées».
Les services de police du PCC ont souvent eu recours à des menaces, au harcèlement et à la traque pour persuader ses ressortissants vivant dans des démocraties occidentales de retourner en Chine.
Safeguard Defenders a constaté que certaines cibles avaient été «enlevées».
L’avocat de la défense n’a pas non plus connaissance «d’aucune indication selon laquelle le plaignant ou la victime présumée dans cette affaire allait être enlevé ou subir un préjudice».
Archive de courriels interceptés
Le témoin de la Couronne, le surintendant de la GRC Peter Tsui, était officier de liaison de la police à Pékin en 2017. Il a témoigné que la police chinoise avait demandé l’aide de la GRC pour arrêter Hongwei «Kevin» Sun, mais n’avait pas fourni de dossier traduit contenant les preuves à charge contre cet homme de Vancouver.
Le Canada et la Chine n’ont pas d’accord d’extradition, et M. Tsui a soutenu qu’aucune accusation pénale n’avait été portée contre M. Sun au Canada. Il a ajouté que les autorités canadiennes avaient décidé de ne pas aider au rapatriement de Hongwei «Kevin» Sun car la Chine n’avait pas fourni les documents nécessaires.
La preuve la plus solide de l’accusation repose sur une série de courriels saisis par le FBI lors d’une enquête sur une autre affaire d’ingérence étrangère aux États-Unis.
Un courriel datant de 2017, rédigé par William Majcher et intercepté par le FBI, fait référence à un «grand magnat de l’immobilier à Vancouver» et à «plus de 100 millions de dollars d’actifs» qui ont été localisés.
M. Majcher avait écrit qu’il attendait que la Chine émette un mandat d’arrêt international «afin que nous puissions faire comprendre à ce malfrat que nous détenons les clés de son avenir».
Le courriel ne cite pas explicitement Hongwei «Kevin» Sun, et ce dernier, sa cible présumée, ne figure pas non plus sur la liste des fugitifs visés par les opérations Fox Hunt ou Skynet, a rapporté l’avocat de la défene.
Pour obtenir une condamnation, les procureurs doivent prouver que William Majcher avait l’intention de commettre des actes coercitifs ou illégaux. Son avocat soutient que la Couronne a fourni des preuves circonstancielles, mais rien de substantiel.

