La fille et l’ex-conjoint de Chantal Charest – accusée de voies de fait sur au moins trois enfants dont elle avait la charge – affirment ne pas avoir été témoins de quelconques punitions violentes à l’endroit d’enfants autochtones.
«Je n’en ai aucune idée», a affirmé Michel Vincent jeudi au palais de justice de La Tuque. Appelé à la barre, il a qualifié l’une des victimes alléguées «d’une des plus turbulentes que la famille ait hébergé».
M. Vincent a raconté que le couple avait trois enfants en plus d’héberger une dizaine d’enfants atikamekw au début des années 2000 jusqu’en 2009. Selon les récits des enfants et de la Couronne, M. Vincent était considéré comme une «figure rassurante» au sein de la maison d’accueil de Mme Charest.
À l’extérieur de la salle d’audience, Noovo Info a pu assister à une scène particulière et émotive: d’anciens pensionnaires, plaignantes et témoins ont discuté avec Michel Vincent. Il s’agissait de retrouvailles après plusieurs années.

«C’étaient mes amis»
Florence Vincent, l’une des filles de l’accusée, dit avoir vécu plusieurs années aux côtés des enfants atikamekw, elle qui avait leur âge. Aujourd’hui, elle est avocate criminaliste et travaille au même bureau que Me Milette, l’avocat de Chantal Charest, sa mère.
Dans son témoignage, Florence Vincent soutient que sa mère organisait de nombreuses activités pour les enfants, qui, selon elle, ne manquaient pas de nourriture.
L’accusée elle-même n’a pas témoigné.

Mercredi, des témoins qui ont vécu aux côtés de Mme Charest ont partagé leurs histoires.
L’une d’entre elles est revenue sur «les punitions assez violentes» qu’auraient reçues les autres enfants.
«(Une enfant) a dû se mettre à genoux dans la cuisine, les mains en prière au-dessus de la tête et devait tourner sur ses genoux», a-t-elle confié dans un témoignage rempli d’émotions. «Elle pleurait beaucoup et on lui disait de continuer. [...] Une heure plus tard, elle avait les mains attachées avec du tape et les pantalons baissés à force d’avoir tourné. La petite fille s’est retrouvée avec des gales sur les genoux.»
Une victime alléguée a raconté que, pour punir les enfants après une «grosse gaffe», ils devaient dormir dans une petite pièce isolée surnommée «la chambre à souris» parce que selon elle, il y avait de la vermine. Les enfants étaient laissés dans le noir avec une petite lampe de poche, selon la témoin.
Florence Vincent a toutefois décrit la «la chambre à souris» comme un endroit où les enfants allaient jouer contrairement à une pièce pour séquestrer les enfants.
De son côté, M. Vincent a admis qu’il y avait bel et bien des conséquences, mais que les enfants étaient seulement mis en retrait afin qu’ils puissent «réfléchir» à leur comportement.
Or, une source indique à Noovo Info que M. Vincent n’était «jamais là» lors des punitions violentes alléguées, puisqu’il «défendait les enfants».
À l’époque, M. Vincent travaillait pour un concessionnaire automobile de Shawinigan, situé à environ 100 kilomètres de la résidence.
«On jouait tout le temps ensemble, mais je ne peux pas vous dire qu’on était tout le temps ensemble 100% du temps, je ne peux pas dire ça», a également admis Florence Vincent.
En contre-interrogatoire, elle a laissé entendre que «la dernière fois qu’ils (ses parents) se sont parlés, c’est à son bal de finissants».
Des plaidoyers difficiles à entendre
La défense a pour sa part souligné des contractions dans les témoignages des plaignantes.
«Il me semble impossible que Mme Charest ait eu le temps ou ait commis ces actes», a lancé Me Milette.
Le plaidoyer de la défense semble avoir ébranlé d’ex-pensionnaires de la famille d’accueil, qui ont quitté la salle d’audience.
La Couronne a rappelé dans son plaidoyer que les victimes alléguées étaient des enfants à l’époque. On ne peut pas s’attendre à ce que leur mémoire soit parfaite, indique-t-on.
Après avoir appelé trois plaignantes à la barre mercredi, la Couronne a par ailleurs décidé de ne pas faire entendre d’autres témoins.

