Le procès de Chantal Charest, accusée de voies de fait sur au moins trois enfants dont elle avait la charge entre 2003 et 2008, s’est ouvert mercredi au palais de justice de La Tuque.
La femme a accueilli chez elle de nombreux enfants atikamekw au début des années 2000, et ce, jusqu’en 2009.
Appelée à la barre, une première victime alléguée a raconté les punitions que Chantal Charest lui aurait fait subir. Elle affirme que la dame lui aurait asséné une claque sur la cuisse. Elle est également revenue sur «les punitions assez violentes» qu’auraient reçues les autres enfants.
«(Une enfant) a dû se mettre à genoux dans la cuisine, les mains en prière au-dessus de la tête et devait tourner sur ses genoux», a-t-elle confié dans un témoignage rempli d’émotions. «Elle pleurait beaucoup et on lui disait de continuer. [...] Une heure plus tard, elle avait les mains attachées avec du tape et les pantalons baissés à force d’avoir tourné. La petite fille s’est retrouvée avec des gales sur les genoux.»
Selon le témoignage de la première témoin, un petit garçon recevait des punitions lorsqu’il faisait pipi au lit. Noovo Info a pu discuter avec la sœur de ce dernier, elle qui a aussi été hébergée chez Mme Charest.
«Elle chicanait mon petit frère lorsqu’il faisait pipi au lit. Elle le faisait dormir sur le sol, nu, à côté de la toilette.»
C’est en 2009, à la suite de plaintes, que tous les enfants ont été retirés de la famille d’accueil de l’accusée.
«Les intervenants sont venus nous chercher à l’école et ils nous ont emmenés à la maison Asperimowin. Ils nous ont expliqué qu’on n’allait plus retourner chez Chantal Charest.»
Une deuxième jeune femme a par la suite été appelée à la barre des témoins. Elle est entrée en sanglots accompagnée d’un chien de soutien émotionnel. En raison d’une ordonnance de publication, son identité ne peut pas être dévoilée.
«J’ai le mal de vivre. J’ai des peurs et des traumatismes. (...) si quelqu’un parle trop fort, je me mets à pleurer parce que ça me fait penser à elle», a lancé la jeune femme.
Elle aussi a décrit les cas de maltraitance que subissaient les enfants. «On devait rester très longtemps assis face au mur, sans pouvoir poser notre front», se souvient-elle.
«Elle nous embarrait dans des cages»
Le procès de Chantal Charest semble raviver de douloureux souvenirs chez d’autres ex-pensionnaires. Noovo Info a recueilli d’autres témoignages, dont celui d’une jeune femme qui aurait été placée chez Chantal Charest pendant quelques mois avec son frère.
«Elle nous faisait ramasser les cacas de chiens et si on ne le faisait pas comme il faut, elle nous embarrait dans une cage à chien.»
Chantal Charest opère aujourd’hui un salon de toilettage à Shawinigan, en Mauricie. Quatre anciens pensionnaires ont indiqué à Noovo Info qu’il y avait plusieurs chiens chez elle.
Chantal Charest aurait fait subir de mauvais traitements à des dizaines d’enfants placés sous sa garde. À l’époque, le système de la DPJ assurait la prise en charge. Les services sociaux atikamekw étaient aussi impliqués, selon ce que des sources ont dit à Noovo Info.
De son côté, l’avocat de la défense Me Serge Milette a tenté de miner la crédibilité des témoins. Il a souligné qu’une des deux jeunes femmes dénonçant des mauvais traitements aurait par la suite gardé contact avec l’accusée.
Le procès de Mme Charest devrait durer deux jours. L’accusée a plaidé non coupable.

