Justice

Les réseaux sociaux sont sous la loupe pour leur rôle dans la tuerie de Tumbler Ridge

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Des enquêteurs de la police mènent l'enquête dans la maison où deux corps ont été découverts à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, le 12 février 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE Des enquêteurs de la police mènent l'enquête dans la maison où deux corps ont été découverts à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, le 12 février 2026. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE (Christinne Muschi)

Le premier ministre sortant de la Colombie-Britannique, David Eby, a soutenu que les entreprises de réseaux sociaux doivent être tenues de signaler des discussions dans lesquelles une volonté de causer du tort est explicitée, après qu’une plainte du bureau d’enquête fédéral américain (FBI) révèle des conversations extensives et détaillées impliquant la tueuse de la fusillade de Tumbler Ridge sur sa planification de cette attaque mortelle.

La plainte déposée contre James Bryant, qui habite Bellingham, dans l’État de Washington, fait état d’un complot en vue de commettre un meurtre. Bryant et la tueuse Jesse Van Rootselaar auraient en effet passé des mois à discuter des tactiques, des lieux et des armes à utiliser pour l’attaque sur la plateforme de messagerie Discord, avant de tenter de diffuser les meurtres en direct sur Twitch.

Le FBI a indiqué que Van Rootselaar avait communiqué en ligne avec Bryant, et qu’elle avait envoyé sur le site de discussion Discord des photos montrant la tenue qu’elle portait pour l’attaque.

La professeure d’histoire internationale et de politique publique, Heidi Tworek, qui enseigne à l’Université de Colombie-Britannique, a dit mercredi que les derniers développements liés à cette tragédie révèlent un «phénomène de longue date et plus large d’utilisation des plateformes pour coordonner des actes de violence».

Emily Laidlaw, la titulaire d’une chaire de recherche du Canada en droit de la cybersécurité à l’Université de Calgary, a dit que la réglementation des plateformes de messagerie privées était «controversée» en raison des craintes qu’elle ne porte atteinte à la vie privée.

«Certaines plateformes sont soumises à des obligations en matière de contenus pédopornographiques, mais, pour les contenus problématiques, comme ceux impliqués précisément dans l’affaire de Tumbler Ridge, il n’y a pas d’obligation de signalement», a expliqué Mme Laidlaw.

«Il est clair que ce à quoi nous avons assisté ici constitue un manquement, et que les faits auraient dû être signalés à la police», a-t-elle ajouté.

Van Rootselaar aurait rencontré Bryant il y a environ trois ans sur la plateforme de messagerie aujourd’hui disparue Omegle et auraient été «mis en relation par hasard», a affirmé l’agent spécial du FBI de Seattle, Mike Harrington, lors d’une conférence de presse tenue mardi.

Van Rootselaar avait environ 15 ans à l’époque, tandis que Bryant en avait environ 27; l’application, qui permettait de discuter avec des inconnus, a été fermée peu de temps après à la suite de poursuites judiciaires liées à la sécurité des mineurs.

Une responsable des communications chez Twitch, Megan Kay, a affirmé que la plateforme coopérait avec les forces de l’ordre, mais a refusé d’entrer dans les détails.

M. Eby a dit que les avocats du gouvernement examineraient la plainte déposée contre Bryant et qu’il fallait imposer aux entreprises technologiques l’obligation légale de signaler les actes répréhensibles «car elles ne feront pas et n’ont pas fait ce qu’il fallait».

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a déjà engagé une action en justice contre la société d’intelligence artificielle OpenAI pour son rôle présumé dans l’aide apportée à Van Rootselaar pour planifier l’attaque du 10 février qui a coûté la vie à huit victimes, dont six enfants.

«Alors que l’enquête policière se poursuit, et je me réjouis qu’elle permette de demander des comptes aux personnes impliquées, nous avons besoin qu’Ottawa prenne ses responsabilités et impose une réglementation minimale», a dit M. Eby mercredi, s’exprimant en sa qualité de premier ministre lors d’une conférence de presse liée à la campagne électorale en Colombie-Britannique, organisée à Surrey et sans rapport avec cette affaire.

«Et oui, pas seulement vis-à-vis d’OpenAI. Mais vis-à-vis de toutes les entreprises de réseaux sociaux, de toutes les entreprises d’IA: si elles ont connaissance d’une conversation entre utilisateurs concernant des actes préjudiciables, des violences à l’encontre d’enfants ou de quiconque, elles devraient avoir l’obligation de le signaler à la police, tout comme n’importe qui qui entendrait par hasard une conversation encourageant la violence dans son quartier appellerait naturellement le 911.»

Ce qu’on sait sur les victimes de la fusillade à Tumbler Ridge La police a fourni des informations supplémentaires sur les victimes d’une fusillade de masse à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.

Mme Tworek a indiqué que les plateformes de réseaux sociaux n’ont pas d’obligation générale de signalement aux forces de l’ordre pour différents types de contenus préjudiciables publiés par les utilisateurs.

Elle a expliqué que cela s’expliquait par des craintes liées à un signalement excessif et à une surveillance potentielle des groupes et des individus vulnérables.

Il existe de nombreux cas où une personne peut prononcer des phrases telles que «Je vais les tuer», mais où elle les utilise à titre rhétorique, a-t-elle illustré.

«La question est la suivante: quels sont les mécanismes mis en place au sein de ces entreprises ? Comment abordent-elles les questions de confiance et de sécurité ?», a déclaré Mme Tworek. «Cela dépend de chaque plateforme.»

Twitch a été utilisé pour diffuser en direct une fusillade de masse à Buffalo, dans l’État de New York, le 14 mai 2022, qui a fait dix morts et trois blessés.

Le procureur fédéral par intérim Neil Floyd a déclaré mardi lors d’une conférence de presse à Seattle que les conversations avaient été fournies par Discord au FBI après que ce dernier eut obtenu des citations à comparaître et des mandats de perquisition.

Discord n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Mme Tworek a expliqué que Discord, initialement conçu pour des joueurs de jeux vidéo, fonctionnait comme un espace permettant aux utilisateurs de créer différentes communautés, à l’image d’une application hybride entre Slack et Reddit.

Le site web de Discord indique que la plateforme collecte certaines informations auprès des utilisateurs, y compris le contenu qu’ils créent.

«En règle générale, nous ne conservons pas le contenu des appels vidéo ou vocaux ni celui des canaux. Si nous devions modifier cette pratique à l’avenir (par exemple, pour faciliter la modération des contenus), nous vous en informerions au préalable. Nous ne conservons pas non plus le contenu diffusé en continu lorsque vous partagez votre écran, mais nous conservons l’image de couverture du flux pendant une courte période», y est-il précisé.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a dit mercredi que les informations contenues dans la plainte du FBI étaient «plutôt scandaleuses et très inquiétantes».

«Cela soulève des questions plus larges concernant l’utilisation des réseaux sociaux et la collaboration en ligne, des questions auxquelles nous essayons, je pense, d’apporter une réponse avec le projet de loi C-34», a-t-il dit aux journalistes à Ottawa, en référence au projet de loi sur la sécurité en ligne.

Interrogé sur la question de savoir si Discord devrait être concerné par cette législation, M. Anandasangaree a répondu que la loi créerait un organisme indépendant chargé de prendre ce genre de décisions.

Avec Ashley Joannou à Vancouver et de David Baxter à Ottawa

Nono Shen

Nono Shen

Journaliste