OTTAWA — Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, affirme qu'il serait «irresponsable» de divulguer les armes à feu utilisées par la tireuse pour commettre la fusillade de Tumbler Ridge après qu'une plainte du FBI révèle que Jesse Van Rootselaar avait planifié d'utiliser des armes qui lui avaient précédemment été confisquées par la police, dont une carabine SKS.
L'enquête menée par le FBI sur la tuerie de Tumbler Ridge apporte de nouveaux détails sur les armes à feu qui auraient pu être utilisées lors de l’attaque, ainsi que sur la manière dont la jeune tireuse aurait pu se les procurer.
Ces détails se trouvent dans un acte d'accusation, qui n’ont pas encore été vérifiées devant un tribunal, déposé par la police fédérale américaine contre un suspect de l’État de Washington, accusé d’avoir conspiré pendant des mois avec l'autrice de la tuerie.
L'expert en armes à feu Frank Grosspietsch, qui a aussi été contrôleur des armes à feu au sein de l'Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avant sa retraite, identifie l'un des fusils figurant sur des photos de la plainte comme étant une arme d'assaut Kriss Vector, un modèle banni au Canada depuis 2024.
Les photos contenues dans la plainte faisant état d'accusations contre James Bryant lui auraient été envoyées par Van Rootselaar en 2025.
Elle contient des échanges par messages textes dans lesquels Van Rootselaar parle de son intention d'utiliser une carabine SKS retournée par la police pour achever son «plan» de commettre une tuerie de masse.
M. Anandasangaree affirme qu'un panel d'experts étudie une potentielle interdiction de la carabine semi-automatique SKS, mais que ce n'est «absolument pas» une décision politique de ne pas diffuser le type d'armes employées à Tumbler Ridge le 10 février, quand Van Rootselaar a tué huit personnes, dont deux membres de sa famille, cinq étudiants et une assistante pédagogique, avant de s'enlever la vie.
Ni la GRC ni les autorités fédérales n'ont divulgué les armes utilisées.
«Cela est fait en respect des personnes qui ont été tragiquement tuées, des familles qui, elles aussi, se posent de nombreuses questions. Et je crois qu'il serait irresponsable de ma part de ne vous donner que des morceaux d'un très large ensemble d'enquêtes», a dit M. Anandasangaree aux médias, mercredi.
Des informations non divulguées par la GRC révélées par le FBI
Sous serment d’un agent du FBI à Seattle, la poursuite allègue que James Bryant, accusé de complot en vue de commettre un meurtre à l’étranger, a mentionné aux enquêteurs que Jesse Van Rootselaar a volé des armes et des munitions dans le coffre-fort de sa famille et les a cachés dans sa chambre «en vue d’une tuerie de masse».
La poursuite avance aussi que Van Rootselaar, âgée de 18 ans, a annoncé à Bryant, lors de discussions en ligne, qu’elle avait convaincu une autre personne d’acheter des munitions pour son compte.
L'enquête criminelle de la GRC est en cours, même si Van Rootselaar s'est suicidée à l'école.
Le commissaire adjoint de la GRC, Elija Rain, qui est commandant divisionnaire intérimaire en Colombie-Britannique, indique dans une déclaration que «nos enquêteurs ont réalisé des progrès considérables dans le cadre de l’enquête criminelle».
M. Rain ajoute que la diffusion d'information par la GRC a été limitée «afin de ne pas compromettre les hypothèses avancées et les mesures prises dans le cadre de l’enquête».
Il a assisté à la conférence de presse à Seattle mardi pour discuter de l'affaire impliquant Bryant, mais a refusé de répondre aux questions sur les armes à feu, citant une interdiction de divulgation au Canada.
M. Grosspietsch, qui est conseiller pour l'Association des analystes d'armes à feu et de marques d'outils, affirme dans une entrevue que le fusil sur les images envoyées par la tireuse à son amie en août de l'an dernier est un Kriss Vector.
«L'industrie des armes à feu a réalisé qu’en rendant "plus sexy" ses fusils pour qu'ils ressemblent à des armes militaires, ou en leur donnant un peu plus de caractère, ils se vendraient. Les Kriss Vector font partie de ce genre d'armes», dit-il.
M. Grosspietsch affirme que le même type d'armes pouvait être vu sur une photo d'un coffre-fort pour armes à feu publiée par la mère de la tireuse, tuée avec le frère de cette dernière avant que Van Rootselaar se rende à l'école secondaire de Tumbler Ridge pour faire d'autres victimes.
Dispositif de conversion en mitrailleuse
L'acte d'accusation du FBI, rendu public mardi, indique que Van Rootselaar a fait savoir à Bryant sur la plateforme Discord qu’elle possédait une poignée avant imprimée en 3D, des chargeurs et un «dispositif de commutation» pour un fusil SKS.
Selon le FBI, ce dernier élément faisait probablement référence à un «dispositif de conversion en mitrailleuse».
Sur une autre photo, on peut voir un fusil de chasse de marque Canuck que Van Rootselaar aurait aussi dit vouloir utiliser lors de l’attaque. Il est orné d’un autocollant bleu, blanc et rose, les couleurs du drapeau de la fierté transgenre.
Van Rootselaar était transgenre. Le FBI a souligné mardi que Bryant s’identifiait comme une femme.
Bryant aurait dit à Van Rootselaar: «J’adore les autocollants (…) ce serait tellement drôle de les voir sur les photos de l’incident.»
La GRC indique que des documents légaux canadiens publiés en août révélaient que des douilles de fusil de chasse jonchaient le sol du domicile familial où Van Rootselaar a tué son frère et sa mère, et qu’un fusil de chasse vide a été retrouvé à proximité.
Sur l'une des photos contenues dans l'acte d'accusation, on peut voir une personne, que le FBI identifie comme étant Van Rootselaar, à genoux, vêtue d’une minijupe noire et de bas résille, tenant un fusil vert olive muni d’une lunette de visée, le matin même de l’attaque.
À l’extrémité du canon se trouve ce qui semble être un silencieux, orné lui aussi de bandes bleues, blanches et roses.
Selon le FBI, en décembre 2025, Van Rootselaar a évoqué une arme à feu qu’elle disait avoir l’intention d’utiliser lors de l’attaque.
«Les policiers ont un peu déréglé mon SKS en le confisquant sans ménagement. Ainsi, l'arme part trop haut et vers la gauche», aurait-elle expliqué à Bryant.
Régler le viseur aurait demandé «beaucoup de travail», selon Van Rootselaar.
«Je risque de devoir mener mon projet à bien avec une arme à feu dont le viseur est complètement déréglé», aurait affirmé Van Rootselaar, avant d’ajouter: «Je suis sûre que je m’en sortirai quand même très bien.»
— Avec des informations de Chuck Chiang, à Vancouver.
David Baxter, La Presse Canadienne
