Justice

La Ville de Longueuil s’oppose à la divulgation du nom du policier qui a abattu Nooran Rezayi

La municipalité invoque des menaces et un «contrat» diffusé sur les réseaux sociaux pour justifier une ordonnance de confidentialité.

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Nooran Rezayi, 15 ans, a perdu la vie lors d'une opération policière, le 21 septembre 2025, à Longueuil. Nooran Rezayi, 15 ans, a perdu la vie lors d'une opération policière, le 21 septembre 2025, à Longueuil. (Mehdi Alami)

La Ville de Longueuil demande à un juge d’interdire temporairement la divulgation de l’identité du policier qui a abattu un adolescent de 15 ans l’année dernière lors d’une intervention.

Dans une requête, la Ville a fait valoir que la divulgation du nom du policier mettrait sa vie en danger, car il a déjà fait l’objet de menaces de mort, notamment d’un contrat d’assassinat publié sur les réseaux sociaux.

Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.

La famille de Nooran Rezayi poursuit la Ville de Longueuil et le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) pour 2,2 millions de dollars après que leur fils a été tué lors de l’intervention du 21 septembre 2025. En mars dernier, la famille a déposé une requête visant à obtenir la divulgation du nom du policier qui a ouvert le feu, ainsi que celui de son coéquipier présent sur les lieux.

Le procureur général du Québec s’oppose à cette requête, qui n’a pas encore été examinée par le tribunal. Cependant, la Ville a déposé sa propre requête visant à obtenir une ordonnance de confidentialité provisoire afin de protéger l’identité de l’agent au cas où la demande du procureur général serait rejetée.

Si la requête de la Ville était acceptée, cela permettrait que les noms de l’agent et de son co-intervenant ne soient communiqués qu’aux plaignants et à leurs avocats.

Selon la requête de la Ville, la divulgation publique du nom du policier l’exposerait à un risque de «violence, de menaces et de harcèlement, alimentés par un désir de représailles ou par l’idée que des sanctions devraient lui être infligées» en dehors du cadre légal.

Contrat de mort sur Instagram

Pour étayer son argumentation, la Ville a mis en avant la couverture médiatique importante dont a fait l’objet le meurtre de l’adolescent et les enquêtes en cours qui ont suivi, ainsi qu’une publication sur Instagram d’un adolescent annonçant un contrat pour assassiner le policier impliqué. La publication comprenait une photo d’un policier que l’adolescent pensait être celui qui avait tiré sur Rezayi et une prime de 2000 dollars.

Après avoir pris connaissance de cette publication, le SPAL a mis en place plusieurs mesures pour assurer la sécurité du policier, notamment en le transférant dans un lieu de refuge sécurisé, avec des agents postés à l’extérieur. D’autres mesures comprenaient la désindexation de ses informations personnelles sur les moteurs de recherche, «la suppression ou le caviardage de ses informations personnelles dans les dossiers judiciaires», ainsi que la suppression de ses informations personnelles des registres d’évaluation foncière, selon la requête de la Ville.

L’adolescent qui a publié cette story sur Instagram a été reconnu coupable de harcèlement criminel le 12 janvier et condamné en avril à 40 heures de travaux d’intérêt général non rémunérés et à 12 mois de mise à l’épreuve.

Depuis le décès de Nooran Rezayi, l’organisme indépendant de surveillance de la police du Québec, le BEI, a achevé son enquête sur les agissements du policier et a remis son rapport au service des poursuites de la Couronne du Québec, connu sous le nom de DPCP. Le DPCP déterminera s’il y a lieu ou non de porter des accusations pénales contre le policier.

Si des accusations sont portées, le nom du policier sera probablement rendu public.

Dans sa requête, la Ville a fait remarquer que si la Couronne décidait de ne pas engager de poursuites, cela «risquerait fort d’être perçu comme un manque de conséquences pour les policiers impliqués et risquerait d’attiser davantage les réactions hostiles déjà observées».

Elle a ajouté : «Compte tenu de ce qui précède, le risque de violence, de menaces et de harcèlement à l’encontre de ces policiers est bien réel et ne saurait être qualifié de négligeable, fantaisiste ou spéculatif.»

La requête demande qu’un délai de 30 jours soit accordé à la Ville après la décision de la DPCP afin qu’elle puisse évaluer les risques pesant sur la sécurité de l’agent, «et, si nécessaire, déposer une nouvelle requête visant à obtenir la délivrance d’une ordonnance supplémentaire».

La requête poursuit en faisant valoir que les avantages de l’ordonnance l’emportent sur l’atteinte au principe de la publicité des débats judiciaires.

Les avocats du procureur général avaient souhaité présenter leurs arguments lors d’une audience à huis clos mercredi, en l’absence des parties et de leurs avocats. Cependant, l’audience a été reportée au mois d’octobre «en raison d’un arriéré dans le rôle du tribunal», a déclaré un porte-parole de la Ville à CTV News.

Dans le cadre d’une autre action en justice, les familles des cinq adolescents qui se trouvaient avec Rezayi lors de l’intervention poursuivent la Ville en justice pour un montant de 1,9 million de dollars.