Justice

Il invente un rôdeur pour terroriser sa conjointe: 21 mois de prison pour Dany Poirier

«Le régime de terreur instauré par l’accusé est digne des plus grands scénarios de films d’horreur.»

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Il invente un rôdeur pour terroriser sa conjointe: 21 mois de prison pour Dany Poirier Un homme de 47 ans a écopé de 21 mois de prison pour avoir élaboré et mis en action une histoire de rôdeur au cours de 2023 et 2024 dans le but de terroriser sa conjointe.

Un homme de 47 ans a écopé de 21 mois de prison pour avoir élaboré et mis en action une histoire de rôdeur au cours de 2023 et 2024 dans le but de terroriser sa conjointe, a tranché lundi le juge René de la Sablonnière au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce, en Chaudière-Appalaches.

Dany Poirier – connu d’un certain public à titre d’ex-vedette de rodéo – a plaidé coupable en février dernier à des accusations de harcèlement, de méfaits et de fraude envers sa conjointe de l’époque.

M. Poirier a aussi plaidé coupable à des accusations de méfaits publics pour avoir poussé la Sûreté du Québec à ouvrir des enquêtes sur les agissements du faux rôdeur.

La peine s’agissait de la recommandation formulée par la procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) lors des observations sur la peine alors que la défense réclamait une peine d’emprisonnement dans la collectivité de 15 à 18 mois.

Pour le choix de la peine, le juge de la Sablonnière note certaines circonstances atténuantes, dont le plaidoyer de culpabilité de l’accusé (évitant un long procès), l’absence d’antécédent judiciaire et l’expression de remords à l’égard de la victime.

Le juge note aussi des circonstances aggravantes, dont le fait que «l’infraction perpétrée constitue un mauvais traitement à l’égard de sa partenaire intime», qu’elle «constitue un abus de confiance» et qu’elle a provoqué des effets et des conséquences importantes sur la victime.

«Le régime de terreur instauré par l’accusé est digne des plus grands scénarios de films d’horreur […]»,a notamment écrit le juge de la Sablonnière dans la décision sur la peine, notant aussi comme facteur aggravant «la cruauté à la limite du sadisme dont a fait preuve l’accusé à l’égard de la victime».

La procureure du DPCP Me Caroline Munger qualifie ces infractions «hors normes» de «violence conjugale», car il s’agit d’un crime à l’endroit d’un partenaire intime.

«Ça dépasse l’entendement, toutes les infractions que l’accusé a commis et ce que la victime a vécu», a-t-elle déclaré.

11 mois de terreur

Selon le document dévoilant la décision sur la peine de Dany Poirier, ce dernier a maintenu sa victime «sous un régime de terreur en lui faisant croire qu’un inconnu en veut à sa vie ou à ses biens», et ce, pendant 11 mois.

L’accusé et la victime sont alors en couple depuis un an et demi, mais n’habitent pas sous le même toit.

À plusieurs reprises, Dany Poirier affirmera avoir vu un rôdeur dans les alentours de la maison de la victime et même directement sur son terrain, allant jusqu’à affirmer avoir eu une altercation avec ce dernier.

Terrorisée - et encouragé par l’accusé -, la victime contactera plusieurs fois les policiers qui ouvriront une enquête et procéderont même à des ratissages du quartier.

Selon les informations dévoilées dans le document de la décision sur la peine, les gestes de M. Poirier ont aussi mené à un vent de panique dans le quartier où habitait la victime.

«Les voisins sont également impliqués dans ce régime de terreur. Ils prennent part à de multiples enquêtes afin d’identifier la menace. Ils limitent les sorties des enfants à l’extérieur en raison du danger créé par ce rôdeur non identifié», peut-on lire dans le document.

Toujours selon les documents de la décision sur la peine, «l’accusé finira par être avec sa victime 24 heures sur 24». La victime finira par se dire qu’il est «son héros» et qu’elle est «chanceuse» qu’il soit présent.

Les doutes des policiers

En juillet 2024, les responsables de l’enquête policière commenceront à avoir des doutes sur l’accusé. «Ils se demandent pourquoi est-ce toujours lui qui voit le rôdeur et jamais la victime ou toute autre personne?», explique-t-on notamment.

Dany Poirier sera donc convoqué par les policiers, puis relâché.

La victime doute également de l’honnêteté de son conjoint et engage un détective privé. L’accusé finira par avouer à sa conjointe que le rôdeur, c’est lui.

« […] c’était lui qui faisait démarrer son pick-up avec ses clés dans ses poches, qu’il n’y avait jamais eu de rôdeur, il se frappait lui-même, qu’il avait brûlé des disquettes de caméras, qu’il avait lui-même griffé sa voiture avec une roche. Il inventait ce scénario parce qu’il voulait être son héros, pour ne pas la perdre. Il disait qu’il l’aimait trop.»

La victime a d’ailleurs déboursé des dizaines de milliers de dollars pour installer des dispositifs de sécurité. Elle estime ses pertes financières à environ 100 000$. Elle a également souffert de séquelles post-traumatiques.

Outre la peine de prison, Dany Poirier devra aussi respecter une probation de 3 ans.