Justice

Gisèle Pelicot raconte comment elle a appris les viols commis par son mari

«Le policier a lâché un chiffre.»

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ARCHIVES – Gisèle Pelicot quitte le palais de justice, le 9 octobre 2025, à Nîmes, dans le sud de la France. ARCHIVES – Gisèle Pelicot quitte le palais de justice, le 9 octobre 2025, à Nîmes, dans le sud de la France. (Lewis Joly)

Gisèle Pelicot a été sidérée lorsque le policier français lui a révélé l’impensable.

«Le policier a lâché un chiffre. Cinquante-trois hommes seraient venus chez nous pour me violer», a-t-elle relaté.

Pour la première fois depuis le procès historique de 2024, Gisèle Pelicot raconte publiquement son histoire de survie et de courage, dans un livre et dans ses premières entrevues. Le procès a fait d’elle une figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles et a conduit à l’emprisonnement de son mari, qui l’avait droguée pour que d’autres hommes puissent abuser d’elle.

Des extraits du livre Et la joie de vivre, publiés mardi par le quotidien «Le Monde», nous ramènent au 2 novembre 2020, jour où son monde s’est effondré. Son mari de l’époque, Dominique Pelicot, avait été convoqué par la police pour être interrogé après qu’un agent de sécurité d’un supermarché l’eut surpris en train de filmer secrètement sous les jupes des femmes.

Gisèle Pelicot - livre «Et la joie de vivre» Gisèle Pelicot - livre «Et la joie de vivre» (Éditions Édito)

Gisèle Pelicot l’accompagnait et était totalement désemparée face à la révélation fracassante que lui fit l’agent Laurent Perret. Progressivement, et avec précaution, il lui expliqua comment l’homme qu’elle considérait comme un mari aimant avait, en réalité, fait d’elle la victime involontaire de ses perversions.

«Je vais vous montrer des photos et des vidéos qui ne vont pas vous plaire», lui a alors dit le policier, selon son récit.

La première montrait un homme violant une femme allongée sur le côté et vêtue d’un porte-jarretelles.

Il lui a dit que c’était elle, sur la photo. Il lui montra ensuite une autre photo, puis une autre encore, extraites d’une collection d’images que Dominique Pelicot avait prises de sa femme au fil des années. Il la droguait régulièrement en la plongeant dans l’inconscience, afin que des inconnus qu’il invitait chez eux puissent l’agresser pendant qu’il les filmait.

Gisèle Pelicot n’arrivait pas à croire que la femme inerte sur les photos était elle.

«Je ne reconnaissais pas les individus. Ni cette femme. Elle avait la joue si flasque. La bouche si molle. C’était une poupée de chiffon», a-t-elle raconté.

«Mon cerveau s’est arrêté dans le bureau du sous-brigadier Perret.»

Un procès public, à sa demande

Cette affaire choquante et son courage d’exiger un procès public ont provoqué une prise de conscience nationale face au fléau de la culture du viol. Le procès éprouvant s’est terminé en décembre 2024 par la condamnation des 51 accusés.

Dominique Pelicot et 49 autres hommes ont été reconnus coupables de viols et d’agressions sexuelles commis sur une période de près de dix ans. Un autre homme a été reconnu coupable d’avoir drogué et violé sa propre femme avec la complicité de Dominique Pelicot.

Dominique Pelicot, reconnu coupable de tous les chefs d’accusation, a écopé de la peine maximale de 20 ans de prison. Les peines des autres condamnés allaient de trois à quinze ans d’emprisonnement. Un seul d’entre eux a fait appel; sa peine pour viol a été portée de neuf à dix ans.

Dans des extraits de son livre publiés par «Le Monde», Gisèle Pelicot explique qu’accepter un procès à huis clos aurait protégé ses agresseurs et l’aurait laissée seule avec eux au tribunal, «otage de leurs regards, de leurs mensonges, de leur lâcheté et de leur mépris».

«Est-ce que je ne les protégeais pas en fermant la porte?», a-t-elle ajouté.

Mme Pelicot, âgée de 73 ans, ajoute que si elle avait eu vingt ans de moins, elle n’aurait «peut-être pas osé refuser le huis clos».

«J’aurais craint les regards, ces fichus regards avec lesquels une femme de ma génération a toujours composé», a-t-elle soutenu.