Justice

Ce que l’on sait de la stagiaire canadienne accusée d’espionnage au sein de l’OTAN

CTV News a repéré des profils Facebook et LinkedIn, une poursuite devant un tribunal fédéral, des registres fonciers et a découvert une empreinte numérique approfondie.

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Canadian woman currently behind bars accused of spying on NATO. (Facebook/Biwei Zhang) Une Canadienne actuellement incarcérée est accusée d'espionnage au profit de l'OTAN. (Facebook/Biwei Zhang)

La Canadienne actuellement incarcérée et accusée d’espionnage au sein de l’OTAN avait fait l’objet d’une vérification de ses antécédents par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) avant de commencer à travailler comme stagiaire au centre de commandement de l’alliance militaire.

Les autorités belges n’ont pas révélé le nom de l’espionne présumée, mais CTV News identifie la stagiaire comme étant une ancienne employée du gouvernement canadien, Biwei Zhang, qui utilise d’autres pseudonymes tels que «Claire» et «Catina».

Mme Zhang, une ancienne employée de Statistique Canada, est titulaire de diplômes en économie et en génie.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News

Elle a été arrêtée jeudi dernier au Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) à Mons, en Belgique. Elle fait actuellement appel de la décision de lui refuser la libération sous caution et de la maintenir en détention préventive.

Le commandement militaire du SHAPE dirige les opérations militaires de l’OTAN et décide du déploiement des troupes et des armes. Le SHAPE embauche 35 stagiaires par année.

Le colonel Martin O’Donnell, porte-parole du centre de commandement de l’OTAN, affirme qu’« à l’heure actuelle, rien n’indique que la préparation opérationnelle du SHAPE, ses mécanismes de commandement et de contrôle ou ses missions en cours aient été perturbés de manière préjudiciable ».

Le premier indice sur son identité est venu de Reuters, qui a glané auprès de sources belges un nom partiel : Claire Z, soupçonnée d’espionnage au profit de la Chine. Des documents judiciaires canadiens montrent que Biwei Zhang utilise également le nom «Claire».

CTV News a repéré des profils Facebook et LinkedIn, une poursuite devant un tribunal fédéral, des registres fonciers et a découvert une empreinte numérique plus approfondie révélant sa participation à des groupes sociaux et de recherche à l’Université d’Ottawa et à l’Université York.

Ses intérêts de recherche portent notamment sur l’IA, les véhicules autonomes et la technologie spatiale.

«Je vais faire un stage»

Une publication Facebook datée du 27 juillet 2025, rédigée par une femme utilisant le nom de «Catina Zhang», est liée à un compte d’utilisateur sous le nom Biwei.Zhang.93.

La publication révèle qu’elle cherchait un appartement à Mons il y a un an.

«Je viens d’arriver à Mons et je cherche actuellement une chambre à louer, car je vais faire un stage au SHAPE (OTAN) à partir de lundi prochain», a écrit Mme Zhang.

Sur ce profil, on peut voir diverses photos de l’Europe, mais aussi des photos du Convoi de la liberté de février 2022 à Ottawa et plusieurs photos grand format de l’ancien premier ministre Justin Trudeau se mêlant à la foule dans une salle bondée.

Les photos de Trudeau ont été prises en 2014, avant qu’il ne devienne premier ministre. On aperçoit dans la pièce un panneau photo géant représentant Trudeau, son épouse de l’époque, Sophie Grégoire, et leur fils aîné.

Son curriculum vitae mentionne des agences spatiales et l’OMC

Dans un profil LinkedIn sous le nom de Claire Z., elle se décrit comme «résolument asiatique», puis énumère ses compétences, notamment son expérience au sein d’institutions canadiennes et internationales de pointe telles que l’Organisation mondiale du commerce, l’Agence spatiale canadienne, l’Agence spatiale européenne et le Conseil canadien des normes.

De plus amples détails sont révélés dans une demande de révision judiciaire déposée par Mme Zhang en 2023 devant la Cour fédérale.

Les documents judiciaires révèlent que, alors qu’elle travaillait à Statistique Canada, elle a postulé à un poste d’analyste débutante à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), mais a été accusée de fraude par la Commission de la fonction publique du Canada.

Le document montre qu’au moment de sa candidature, elle était résidente permanente et née en 1993. L’enquête a débuté après qu’elle eut postulé au même poste sous des noms différents. L’une des candidatures était sous le nom de Biwei Zhang, l’autre sous celui de Claire Zhang.

Elle a passé l’examen de sélection de l’ASFC à deux reprises sans informer l’agence qu’elle avait, par erreur, postulé deux fois au même poste.

La Cour fédérale a rejeté sa cause en 2024 sans lui accorder de dépens, bien qu’elle ait réclamé 3000 $.

CTV News a tenté de joindre l’avocat qui a déposé sa contestation judiciaire, mais n’a pas reçu de réponse.

Mme Zhang parle anglais et français et affirme que sa langue maternelle est le mandarin.

Mme Zhang a obtenu un baccalauréat ès arts avec spécialisation en économie de l’Université York en 2019, puis a poursuivi des études de maîtrise en sciences et génie des systèmes à l’Université d’Ottawa.

Pendant ses études postsecondaires, elle a occupé plusieurs postes dans la fonction publique dans le cadre du Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFET), de mai 2017 à juin 2019.

Elle a ensuite été embauchée à temps plein à Statistique Canada en mai 2020, où elle a travaillé pendant un an.

Mémoire sur l’IA et les véhicules autonomes

Pendant ses études à l’Université d’Ottawa, Biwei Zhang a rédigé son mémoire sur les véhicules autonomes et les méthodes d’intelligence artificielle dans le cadre des exigences menant à l’obtention de sa maîtrise en sciences et génie des systèmes.

Dans le cadre de son projet, elle mentionne son travail au Centre d’innovation sur les véhicules intelligents et connectés (SCVIC) de l’université, qui est situé sur le campus de Kanata-Nord à Ottawa et qui donne aux chercheurs accès à «des prototypes de voitures autonomes, des drones et certains types de robots terrestres».

Selon le site Web du centre de recherche, ce pôle accueille 20 chercheurs qui travaillent sur «la cybersécurité alimentée par l’IA, l’intelligence en périphérie et les réseaux de véhicules de nouvelle génération». Le laboratoire affirme également disposer d’une infrastructure informatique de pointe pour la collecte de données et de postes de travail «puissants» pour exécuter des modèles d’IA et d’apprentissage automatique avancés.

CTV News a tenté de joindre l’Université d’Ottawa et le directeur du SCVIC, ainsi qu’une douzaine de chercheurs qui semblent avoir collaboré avec Mme Zhang. Jusqu’à présent, aucun n’a fait de commentaire.

Les registres fonciers révèlent qu’une certaine Biwei Zhang est propriétaire d’une maison à Toronto, près de l’Université York.

Sur un site consacré au programme «Youth Champions» géré par l’Inter-Council Network, Mme Zhang se décrit comme une «économiste bilingue dotée d’une personnalité dynamique et motivée, ainsi que d’un esprit d’entreprise».

Le profil précise ensuite qu’en dehors de son travail, elle «s’efforce de promouvoir l’engagement civique et le renforcement du tissu communautaire, et d’attirer l’attention sur les questions liées au bien-être et au développement urbain». Ses passe-temps comprennent la natation, le yoga et l’écoute de balados.

Dans une déclaration par courriel, Affaires mondiales a indiqué que «le gouvernement du Canada, à la suite des évaluations de sécurité fournies par le SCRS, prend la décision finale d’accorder, de refuser ou de révoquer les autorisations de sécurité pour les Canadiens qui postulent à des postes au sein d’organisations internationales, y compris l’OTAN».