Une stagiaire canadienne accusée d’espionnage au quartier général stratégique de l’OTAN comparaîtra pour la première fois mardi devant un tribunal belge afin de demander sa mise en liberté sous caution. Bien que l’audience se déroule à huis clos, sa décision sera rendue publique.
La suspecte est accusée d’avoir agi «pour le compte d’un pays tiers et d’appartenir à une organisation criminelle», selon le bureau du procureur fédéral belge, qui précise que la chambre décidera s’il «convient de maintenir la détention préventive».
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La femme, qui travaillait au Quartier général suprême des puissances alliées en Europe à Mons, en Belgique, a été arrêtée vendredi après que son comportement eut été signalé par les services de sécurité de l’OTAN. À l’issue d’une audience à huis clos qui s’est tenue mardi, le parquet fédéral belge a indiqué que la suspecte resterait en détention provisoire.
Conformément au protocole, la stagiaire avait fait l’objet d’une vérification de ses antécédents par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) avant d’être embauchée à l’OTAN.
«Je pense qu’il est important de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé», a réagi le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, de New Westminster, en Colombie-Britannique, lorsqu’on l’a interrogé sur cette affaire lors d’une conférence de presse lundi consacrée à la prévention de la violence par arme à feu. «En tant que pays, nous continuerons d’examiner nos processus et nos contrôles de sécurité.»
Interrogé par CTV News pour savoir si le gouvernement était certain que l’espionne présumée n’avait pas travaillé pour un autre ministère fédéral avant d’être embauchée à l’OTAN, le ministre a répondu que les autorités canadiennes «surveilleront l’impact du travail effectué par cette personne et vérifieront si elle a exercé des activités au Canada».

Le bureau du procureur fédéral belge ne révèle ni le nom de la suspecte, ni le compte de qui elle est accusée d’espionnage, mais précise qu’il s’agit d’une «ressortissante canadienne d’origine chinoise».
Roger Hilton, analyste en sécurité au sein du groupe de réflexion sur la défense GLOBSEC, affirme que «ce n’est pas une coïncidence» si la mention de l’origine chinoise de la suspecte a été ajoutée.
M. Hilton estime que cette révélation pourrait viser à envoyer un signal aux 32 pays membres de l’OTAN pour qu’ils renforcent leurs contrôles de sécurité, ajoutant que les pays de l’OTAN doivent se concentrer sur le «long terme».
«S’ils investissent dans cet agent sur une très longue période pour le garder sous le radar et détourner l’attention de cette personne – puis que cet agent accède au poste de sous-ministre des Affaires étrangères ou devienne chef d’une délégation ou responsable des affaires politico-militaires –, la quantité de renseignements, et ce que cet agent peut rapporter après des années d’investissement, est vraiment incroyable», a-t-il expliqué.
M. Hilton, qui détient une «habilitation de sécurité de base de l’OTAN» pour mener ses recherches, indique que son processus de vérification a pris plus de six mois. Il estime que cet incident de sécurité pourrait déclencher une «cascade de problèmes».
«S’agit-il d’un cas isolé? Les alliés pourront-ils nous faire confiance à l’avenir? Comment le SCRS ou la GRC procèdent-ils à la vérification des antécédents? Qu’est-ce que cela signifie pour les futurs stagiaires?», a-t-il demandé. «Une fois qu’un stagiaire aura été approuvé par le gouvernement canadien et la délégation à Bruxelles, l’OTAN devra-t-elle procéder à un autre processus de vérification?»
Anthony Saiters, un étudiant de l’Université Carleton qui a agi à titre de consultant sur le renforcement de l’engagement entre les jeunes et les organismes de défense, affirme que les stagiaires et les jeunes employés des organismes de défense peuvent constituer des cibles vulnérables pour les puissances étrangères, car contrairement aux hauts fonctionnaires, ils ne bénéficient pas de mesures de sécurité supplémentaires autour d’eux.
«Les cadres supérieurs ou les personnes occupant des postes de direction bénéficient souvent d’une protection 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Des organismes de sécurité veillent sur eux et les informent de toute menace potentielle ou de tout risque pour la sécurité», a-t-il mentionné.
Il souligne également que les employés qui débutent leur carrière peuvent être lourdement endettés, notamment en raison de prêts étudiants et d’autres dettes. «L’employé débutant est plus vulnérable à la manipulation et à l’exploitation», a-t-il ajouté.
Avec de l’information de La Presse canadienne

