La Cour supérieure du Québec a autorisé une action collective alléguant une série d’agressions sexuelles commises sur la clientèle du Nordik Spa Village Chelsea, situé en Outaouais.
L’action collective concerne «toutes les personnes, de même que leurs héritiers et ayants droit, ayant été agressées sexuellement durant un massage au Nordik Spa Village Chelsea».
Dans la demande d’autorisation d’exercer l’action collective, le cabinet Lambert Avocats, qui représente la demanderesse, affirme avoir été contacté par 143 personnes, entre le 13 août 2025 et le 3 juillet 2026, qui affirment avoir été agressées sexuellement par un massothérapeute lors d’un massage au Nordik Spa.
«Les agressions sexuelles dénoncées [...] auraient été commises par au moins 36 massothérapeutes différents, à plusieurs dates entre 2007 et 2026 », précise le document consulté par Noovo Info.
Le recours collectif vise le Nordik Spa Village Chelsea, puisque la demanderesse estime que chaque membre du groupe a été agressé sexuellement par un massothérapeute embauché par l’entreprise «en raison de l’absence de mesures prises par l’établissement pour prévenir ou faire cesser ces abus».
Le recours réclame des dommages compensatoires et punitifs. Les montants réclamés n’ont pas encore été dévoilés.
Incompréhension et «état de choc»
La demanderesse dans cette affaire, une femme de Montréal âgée de 49 ans au moment des faits reprochés, allègue avoir été agressée sexuellement par un massothérapeute, Lorenzo Velasque, lors d’une séance tenue le 2 décembre 2024.
La victime présumée déplore dans un premier temps que personne au sein de l’établissement ne lui ait parlé du déroulement du massage, ni du fait qu’elle pouvait choisir de rester vêtue ou non pendant le soin.
Comme la femme revenait des bains et qu’elle était en maillot, elle affirme s’être complètement dévêtue pour le massage, sans qu’on lui offre de sous-vêtements.
La demanderesse affirme par ailleurs avoir demandé à trois reprises au massothérapeute d’utiliser moins de pression pour son massage, mais que ce dernier aurait tout de même continué d’utiliser «trop de force».
Pendant le massage, la femme affirme avoir d’abord ressenti «un inconfort» parce qu’elle a senti le ventre du massothérapeute «frotter contre son flanc». Elle raconte ensuite avoir «soudainement ressenti les testicules du massothérapeute dans sa main gauche, à travers le pantalon de ce dernier».
«La demanderesse est en état de choc, et ne dit rien puisqu’elle peine à croire ce qui vient de se dérouler.»
— Extrait du recours collectif
Au moment où le massothérapeute demande à la femme de se retourner pour se mettre sur le dos, il lève le drap – comme le veut la procédure –, mais la victime présumée affirme avoir eu un contact visuel.
«La demanderesse, habituée à ce que les massothérapeutes regardent ailleurs lorsqu’elle se retourne au milieu d’un massage, ressent un profond inconfort lorsqu’elle comprend que le massothérapeute garde ses yeux fixés sur elle alors qu’elle se trouve nue et complètement exposée», explique-t-on.
La femme déplore également que le massothérapeute lui ait lancé «avec force» une serviette sur le visage. Elle affirme aussi qu’à un certain moment au cours du soin, alors qu’elle est toujours sur le dos, le massothérapeute est resté debout «pendant un certain temps, sans rien faire, alors qu’il tenait le drap relevé, observant ses parties intimes».
La femme reproche aussi au massothérapeute d’avoir initié un massage à l’intérieur de sa cuisse, «à quelques centimètres de son vagin», pendant environ cinq à dix minutes. «La demanderesse, à laquelle personne n’avait expliqué le déroulement de son massage, ne comprend pas pourquoi elle se fait masser dans cette région du corps», indique-t-on dans le document judiciaire.
La victime présumée dit avoir appelé la gérante des massothérapeutes dès le lendemain des événements présumés pour lui expliquer la situation. Elle affirme n’avoir reçu «aucune excuse».
Dans le document judiciaire consulté par Noovo Info, les avocats affirment que la direction du Nordik Spa Village Chelsea «se lave les mains de l’agression» au motif que M. Velasque serait un travailleur autonome «contractuel» et non un employé.
Les avocats de la femme soulignent par ailleurs qu’elle a subi des préjudices importants à la suite des gestes allégués, dont de l’anxiété, de la déprime, des difficultés de concentration et de la léthargie. La demanderesse affirme aussi ne pas avoir été en mesure de démarrer son entreprise à but non lucratif en raison de l’agression et d’avoir subi des pertes financières.
Plusieurs cas similaires
L’action collective visant le Nordik Spa Village Chelsea met par ailleurs en lumière le fait que plusieurs massothérapeutes liés à l’établissement ont fait l’objet de poursuites judiciaires au cours des dernières années.
Il est noté, entre autres, que Maxime Bédard a été condamné à une peine de six mois de prison le 29 octobre 2021 en raison d’agressions sexuelles qu’il reconnaît avoir commises lors de massages prodigués au Nordik Spa sur deux victimes.
En décembre 2022, les autorités policières de l’Outaouais ont arrêté un massothérapeute de 45 ans, soupçonné d’une agression sexuelle survenue au Nordik Spa dans le cadre de ses fonctions.
Le document note également qu’Adam Leroux, massothérapeute au Nordik Spa, a été déclaré coupable d’avoir agressé sexuellement une cliente en 2023.
Enfin, les avocats de la demanderesse soumettent qu’en janvier 2025, une autre femme a poursuivi le Nordik Spa Village Chelsea en raison d’une agression sexuelle qu’elle aurait subie lors de soins de massothérapie prodigués par Seifalla Naouar, massothérapeute travaillant pour la défenderesse.

