Un homme d’affaires montréalais accusé d’avoir tué sa fille de 9 ans dans l’État de New York l’été dernier demande à un juge de rejeter des éléments de preuve clés avant son procès.
La demande de Luciano Frattolin, 45 ans, intervient après qu’un juge ait déjà rejeté ses demandes visant à faire rejeter les preuves obtenues par la police dans son appartement de Montréal et à rejeter les deux chefs d’accusation dont il fait l’objet: meurtre au deuxième degré et dissimulation d’un cadavre humain.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Sa fille, Melina Frattolin, a fait l’objet d’une alerte Amber après que son père ait signalé son enlèvement à la police d’État dans la nuit du 19 juillet 2025, alors qu’ils rentraient à Montréal après un voyage à New York. Le lendemain matin, le corps de Melina a été retrouvé dans un étang peu profond près de Ticonderoga, dans l’État de New York, à environ 200 kilomètres au sud de Montréal.
Les conclusions préliminaires de l’autopsie ont déterminé que Melina était morte par asphyxie due à une noyade dans ce que la police qualifie d’homicide.
L’avocat de la défense de Luciano Frattolin a déposé une requête demandant au juge de rejeter les preuves obtenues lors de la perquisition de son téléphone portable et les déclarations qu’il a faites à deux policiers de l’État de New York pendant un trajet en voiture de deux heures au milieu de la nuit, alors qu’il recherchait sa fille. Une audience est prévue mercredi au tribunal du comté d’Essex.

Les documents judiciaires, obtenus par CTV News, donnent un aperçu du passé de l’accusé, des mesures prises par la police pour déterminer comment il aurait fabriqué l’histoire de l’enlèvement de sa fille, et montrent comment son ex-femme à Montréal, qui avait la garde exclusive, a confié à la police qu’elle craignait que Luciano Frattolin ne kidnappe leur enfant. Les preuves n’ont pas encore été examinées par le tribunal et l’homme, qui reste en détention, a plaidé non coupable de toutes les accusations.
«Quelqu’un a enlevé mon enfant»
Un enquêteur de la police de l’État de New York a écrit dans une déclaration sous serment afin d’obtenir un mandat de perquisition qu’il y avait des incohérences dans son récit et que M. Frattolin avait «omis» des informations cruciales lorsqu’il avait signalé l’enlèvement dans la nuit du 19 juillet.
«Oui, bonjour, (inaudible). Quelqu’un a enlevé mon enfant. Je suis sur l’autoroute. J’ai essayé de les suivre, mais je les ai perdus. Je ne sais pas où je suis», a affirmé le père, selon la transcription de l’appel au 911 à 21 h 58.
«Elle devait faire pipi. Je me suis arrêté. Nous avons vu que la première aire était fermée. La deuxième aire était ouverte. Puis je me suis retourné, tout s’est passé très vite, et ils ont pris la fuite. C’était une camionnette blanche», a-t-il poursuivi lors de l’appel, alors qu’il se trouvait sur le bord de l’autoroute 87.

Lorsqu’il rencontre la police, il explique que deux hommes se sont arrêtés près de leur véhicule dans la camionnette près d’une aire de repos sur l’autoroute I-87, ont attrapé sa fille et ont pris la fuite.
Cependant, les enregistrements des téléphones portables montrent qu’environ deux heures avant l’appel au 911, son téléphone portable a quitté l’autoroute et s’est dirigé vers l’est sur la route 74 pendant environ 13 kilomètres en direction d’Eagle Lake, dans l’État de New York, où le corps de Melina a finalement été retrouvé.
Les lecteurs de plaques d’immatriculation sur l’autoroute ont également photographié sa Toyota Prius de location à plusieurs reprises sur l’autoroute.
«Luciano n’a jamais dit avoir quitté l’autoroute et être resté hors de l’autoroute pendant une heure et 24 minutes dans ses déclarations à la police», a écrit l’enquêteur.
Échanges avec son ex-femme
Luciano Frattolin a également reçu plusieurs messages textes de son ex-femme, qui s’inquiétait de plus en plus pour sa fille, qui devait être déposée à son domicile à Montréal avant 18h ce soir-là.
À 20h52, il a envoyé un message texte à son ex-femme : «Je suis en route». Celle-ci lui a répondu: «J’aimerais parler à Melina». Ce à quoi il a répondu: «Elle dort».
L’enquêteur a estimé que cette partie de l’échange était «significative» car il n’a pas répondu qu’ils étaient route dans ses messages textes.
«Cela implique que Luciano est seul. 20h52, c’est une heure avant qu’il ne signale la disparition de Melina, et il n’y aurait aucune raison logique pour qu’il dise qu’il est en route vers [son ex-femme] si Melina avait déjà été kidnappée à ce moment-là», a écrit l’enquêteur.
À 21h40, elle lui a envoyé un message texe via iMessage : «À quelle heure arrives-tu exactement?»
Luciano Frattolin a répondu : «22h».
Elle a répondu: «Pourquoi es-tu toujours en retard?» Ce à quoi il a répondu: «La circulation».
Selon l’acte d’accusation, M. Frattolin aurait tué sa fille entre 19h35 et 21h05 près de la route 74 et aurait dissimulé son corps en plaçant une pierre dessus dans une zone boisée, dans l’eau, près d’un arbre tombé.
Après que le père ait consenti à la fouille de sa voiture de location, les agents de police scientifique ont trouvé «un rouleau de ruban adhésif blanc avec des cheveux longs collés dessus dans un sac à dos».
«Les cheveux longs collés au ruban adhésif indiquent qu’il a été utilisé sur une personne ligotée avec ce ruban», a écrit l’enquêteur.
Ces événements ont donné à l’enquêteur des raisons de croire que «Melina Frattolin n’avait pas été kidnappée de la manière rapportée par Luciano» et qu’«il était impliqué dans sa disparition», selon le document judiciaire.
Les documents judiciaires révèlent également que la police a reçu un appel anonyme au 911 le 25 juillet d’un homme qui a dit: «J’ai tué Melina Frattolin». Mais les enquêteurs n’ont pas cru qu’il s’agissait d’un appel authentique.
«Je pense qu’il est assez bien établi à ce stade qui l’a tuée, mais nous allons probablement devoir au moins retrouver cette personne et l’interroger», a soutenu un sergent, selon une transcription figurant dans le dossier judiciaire. Les efforts de la police pour retrouver l’auteur de l’appel ont été vains.
Son ex-femme craignait un enlèvement
Le 20 juillet, alors que la police recherchait activement la fillette de 9 ans, l’ex-femme de Luciano Frattolin a fourni une déclaration manuscrite de trois pages au Service de police de la Ville de Montréal dans le cadre de l’enquête. Elle a décrit comment elle et M. Frattolin s’étaient séparés en 2019 et comment, au fil des ans, ils avaient eu des désaccords au sujet de son désir de voyager à l’étranger avec leur fille.
Après avoir négocié par l’intermédiaire de leurs avocats, il avait emmené Melina en Italie en 2023, en Éthiopie en 2024 et à New York pour le réveillon du Nouvel An en 2024.
L’été dernier, il avait voulu l’emmener à nouveau en Éthiopie, mais son ex-femme avait refusé. À la place, leurs avocats avaient convenu d’un voyage en voiture à New York du 11 au 19 juillet.
«Le risque d’enlèvement est devenu une préoccupation lorsqu’il a exprimé son désir d’emmener Melina en Éthiopie, où il réside depuis que je le connais, c’est-à-dire depuis 2009», a-t-elle écrit dans sa déclaration de témoin.
«Il n’a jamais voulu vivre ici, il avait des liens avec l’Éthiopie, tant familiaux qu’amical et économiques. Il a beaucoup de ressentiment à l’égard de notre séparation et refuse de me parler ou de s’approcher de moi, et il a tenu des propos désobligeants à mon égard auprès de Melina», peut-on lire dans la déclaration. Elle a également affirmé que M. Frattolin ne respectait pas les accords parentaux et était souvent en retard.
Dans un cas précis, le mois précédant le meurtre de Melina, Luciano Frattolin était censé la déposer chez sa mère à 17h30, mais il l’a emmenée dîner et l’a ramenée à 21h.
«C’était très surprenant et inacceptable», a-t-elle dit à la police.
Fouilles: le père affirme avoir été «piégé»
Les documents judiciaires obtenus par CTV News montrent que M. Frattolin a signé le 19 juillet un formulaire de consentement autorisant la police à fouiller sa voiture de location, son iPhone Apple et son AirTag.
Mais dans une déclaration sous serment déposée en novembre dernier, M. Frattolin a affirmé qu’il n’avait jamais été informé de son droit de refuser de signer les formulaires ou de poser des questions, et qu’il pensait que ces formulaires étaient nécessaires pour retrouver sa fille.
«Au moment où j’ai signé ces formulaires, j’avais du mal à réfléchir clairement. J’étais inquiet pour ma fille. J’ai souvent du mal à réfléchir clairement dans des situations stressantes depuis 2019, lorsque j’ai été frappé à la tête avec une pierre en Éthiopie et que je suis resté dans le coma pendant cinq nuits», a-t-il écrit dans le document judiciaire.
«Je pense aujourd’hui que j’ai été trompé par la police, qui prétendait rechercher les ravisseurs de ma fille, alors qu’en réalité, elle enquêtait sur moi en tant que principal suspect dans sa disparition.»
Ces preuves, ainsi que les déclarations qu’il a faites à la police, feront l’objet de l’audience qui se tiendra cette semaine.
Le procès de Luciano Frattolin devrait débuter en avril.
