De nombreux électeurs du Michigan ont hâte que les élections de mi-mandat aux États-Unis appartiennent au passé.
La course serrée entre le républicain Mike Rogers et le démocrate Abdul El-Sayed pour un siège clé au Sénat du Michigan pourrait bien déterminer quel parti détiendra le pouvoir au Congrès. Le candidat républicain a reçu tout un coup de pouce lorsque l’ancienne adversaire de M. El Sayed lors de la primaire démocrate, Haley Stevens, a annoncé son appui à M. Rogers.
Gwyneth Love, une électrice de Détroit âgée de 25 ans, affirme avoir vu davantage de publicités politiques avant le scrutin de mardi que lors de n’importe quelle autre élection.
«Honnêtement, c’est complètement fou de voir autant de publicités qui vous disent pour qui voter. On ne peut pas vraiment croire ce qu’elles disent», lance-t-elle.
Le Detroit News a rapporté début octobre que la course au Sénat du Michigan était déjà la plus coûteuse de l’histoire de cet État.
Les sondages indiquent que les démocrates sont favoris pour remporter la Chambre des représentants, où un gain net de trois sièges leur donnerait la majorité. L’avenir du Sénat est moins clair, certains sondages laissant entrevoir un gain net de quatre sièges pour les démocrates, ce qui leur permettrait d’en prendre le contrôle.
Les républicains ont déployé des dépenses record pour tenter de conserver leur majorité au Sénat. Le parti se bat pour chaque voix, même dans des circonscriptions traditionnellement républicaines alors que la cote de popularité de Trump s’effondre en raison de politiques controversées, de la hausse des prix de l’essence, des droits de douane et de la guerre en Iran.
Les dépenses consacrées aux publicités politiques avant les élections de mi-mandat devraient atteindre le niveau le plus élevé de l’histoire des États-Unis, à 11,6 milliards $, selon AdImpact, un cabinet spécialisé dans l’analyse publicitaire.
Les États-Unis sont désormais profondément divisés et il est difficile de savoir dans quelle mesure les sommes dépensées en publicité se traduiront par des suffrages exprimés le jour du scrutin.
Ce qui ressort clairement dans les rues de Détroit, c’est la frustration et l’épuisement face au déluge de messages de campagne dans cette élection très disputée.
Mme Love ne peut tout simplement pas échapper au discours politique. Elle se plaint d’être sans cesse bombardée de publicités politiques à la télévision.
«On en arrive presque à un point où ça devient gênant de les regarder», dit Amelia Cunningham, une amie de Mme Love.
Mme Love et Mme Cunningham se fonderont sur les questions du pouvoir d’achat et du prix élevé de l’essence pour voter. La première dit qu’elle votera «n’importe qui d’autre que Mike Rogers».
«Il a diffusé tellement de publicités où il se montre très grossier envers les autres», désapprouve-t-elle.
Les deux candidats ont diffusé des spots publicitaires virulents critiquant l’autre. M. Rogers s’en est pris aux antécédents de son adversaire et à ses propos passés controversés. M. El-Sayed a quant à lui condamné son rival pour ses liens avec le monde des affaires et son bilan législatif.
Ces dernières semaines, le candidat républicain a pris ses distances par rapport à la guerre commerciale menée par Donald Trump contre le Canada. Dans une publicité de campagne diffusée le mois dernier, on voit Mike Rogers boire une bière Labatt’s et déclarer aux électeurs que le Canada n’était pas l’ennemi des États-Unis.
Stacy Riley, une infirmière de 54 ans, juge que la tension entre les deux pays est très regrettable. Toutefois, ce n’est pas sa principale préoccupation.
Elle travaille dans le secteur de la santé publique, ce qui explique pourquoi elle soutient M.El-Sayed, qui a lui-même occupé des fonctions administratives dans ce domaine et qui est épidémiologiste.
«Je n’ai jamais vu une course aussi serrée ni autant d’argent dépensé dans les campagnes par les deux partis. »
Mais ce matraquage politique incessant est fatigant, tranche Jerome Watkins.
«J’ai voté hier et je continue de les recevoir. Je pensais que ça les arrêterait», dit-il.
Comme de nombreux habitants du Michigan, cet homme de 67 ans a voté en raison de la situation économique et du prix élevé de l’essence. La guerre commerciale avec le Canada ne figurait pas particulièrement parmi ses préoccupations et il espérait que les échanges commerciaux entre les deux pays pourraient revenir à ce qu’ils étaient avant l’ère Trump.
Bien que M. Watkins ait voté pour M. El-Sayed, il précise que ce n’est pas en raison des politiques du démocrate.
« Ça s’inscrivait dans cette vague de rejet de tout ce que fait Trump. De toute façon, je n’ai jamais aimé Mike Rogers», explique M. Watkins. Voilà, c’est tout. »

