États-Unis

Les tensions entre les É.-U. et le Canada ne s'apaiseront pas après les élections

De nombreux observateurs se demandent si les démocrates souhaitent revenir à une politique commerciale antérieure à l’ère Trump.

Publié le 

Le président des États-Unis, Donald Trump, lors d'un rassemblement électoral à Rock Hill, en Caroline du Sud, le 29 octobre 2026. AP/Scott Kinser Le président des États-Unis, Donald Trump, lors d'un rassemblement électoral à Rock Hill, en Caroline du Sud, le 29 octobre 2026. AP (Scott Kinser)

Les démocrates espèrent que les élections de mi-mandat de mardi leur donneront les moyens de freiner le président américain Donald Trump. Toutefois, les Canadiens qui espèrent un résultat susceptible de stabiliser les relations bilatérales, actuellement mouvementées, risquent d’être déçus.

Les sondages indiquent que les démocrates sont bien placés pour obtenir la majorité à la Chambre des représentants. Il leur suffit de réaliser trois gains au détriment des républicains.

L’avenir du Sénat est moins clair. Les démocrates ont besoin d’un gain net de quatre sièges pour obtenir la majorité, et certains sondages montrent que cet objectif est à leur portée.

Matthew Lebo, professeur à l’université Western, rappelle que même si les démocrates parviennent à prendre le contrôle des deux chambres, Donald Trump restera président.

Selon lui, M. Trump pourrait réagir à une «vague bleue» en exerçant son contrôle étendu sur la politique étrangère américaine de manière imprévisible et dangereuse.

«On ne sait pas encore dans quelle mesure un Sénat démocrate lui tiendra tête ou sera en mesure de le faire», dit le Pr Lebo.

L’ampleur de la victoire attendue des démocrates sera un facteur important, ajoute-t-il. De nombreuses informations laissent entendre que les républicains s’inquiètent de perdre des sièges dans des États où Donald Trump avait dominé en 2024, comme le Kansas et l’Ohio.

Le Congrès détient le pouvoir en matière de droits de douane et de fiscalité, mais les législateurs républicains ont largement donné carte blanche à Donald Trump pour imposer des droits de douane à l’échelle mondiale. Si les élections de mi-mandat démontrent que le président a perdu son emprise sur ses électeurs fidèles, les membres du Parti républicain pourraient être plus enclins à rompre avec Trump, souligne le Pr Lebo.

Il faudrait toutefois qu’un grand nombre de républicains s’allient aux démocrates pour obtenir la majorité nécessaire afin de contourner le droit de veto présidentiel et d’annuler les droits de douane de Trump.

De nombreux observateurs se demandent par ailleurs si les démocrates souhaitent revenir à une politique commerciale antérieure à l’ère Trump.

Le premier mandat de Donald Trump a montré à quel point le Canada était à la merci des caprices présidentiels lorsqu’il a mis fin à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Celui-ci a été remplacé par l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, mieux connu sous le nom d’ACEUM. L’ancienne vice-présidente démocrate Kamala Harris, alors sénatrice, et l’actuel chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, figuraient parmi les démocrates ayant voté contre cet accord trilatéral.

Le président Joe Biden a apporté davantage de stabilité aux relations entre le Canada et les États-Unis sans changer grand-chose. Il a maintenu en vigueur bon nombre des droits de douane instaurés lors du premier mandat de Trump, malgré ses promesses de les supprimer, et a renforcé d’autres politiques protectionnistes.

«Ce que les Canadiens ont appris ces dernières années, c’est qu’ils ne font pas confiance aux Américains pour redresser la barre lorsqu’ils en ont la possibilité à la présidence», note le Pr Lebo.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui envisage de se présenter à la présidence, a déclaré à CTV en août qu’il ne pouvait garantir que les politiques tarifaires de Trump seront annulées sous une administration démocrate.

L’un des facteurs que les démocrates prennent probablement en compte est la gestion de la dette américaine, qui s’élève à 40 000 milliards de dollars. Donald Trump a fait valoir que les droits de douane généraient des recettes indispensables — même s’ils n’ont pour l’instant pas eu d’impact significatif sur le bilan des États-Unis. Les démocrates n’ont pas précisé comment ils comptaient s’attaquer à ce problème.

Le sénateur démocrate du Vermont, Peter Welch, qui se trouvait à Montréal cette semaine, s’est engagé à abroger les droits de douane imposés au Canada.

Christopher Sands, directeur du Centre d’études canadiennes de l’université Johns-Hopkins, explique que les démocrates sont traditionnellement plus protectionnistes et qu’il peut imaginer de voir le parti maintenir un droit de douane de base.

Les implications pour l’avenir de l’ACEUM ne sont pas claires. L’administration Trump n’a pas renouvelé l’accord trilatéral en début d’année, déclenchant ainsi un réexamen annuel renouvelable pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans. À l’issue de cette période, et si les partenaires ne se sont pas mis d’accord sur une prolongation d’ici là, l’accord expirera.

M. Sands dit que tant que les États-Unis ne se retiraient pas de l’ACEUM, il restait une marge de négociation.

«Il faut simplement s’accrocher à cela et espérer que, dans un contexte différent, il sera possible d’engager des discussions pour le maintenir», fait-il valoir

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste