Donald Trump a dit vouloir travailler avec l’opposition démocrate jusqu’à son départ de la Maison-Blanche, mais le président américain, qui conserve de vastes pouvoirs exécutifs, sera sans doute tenté d’en faire usage d’ici à la fin de son mandat, en janvier 2029.
Face à la monumentale défaite subie par son parti pendant les élections de mi-mandat, le républicain de 80 ans a réagi avec un détachement étonnant, félicitant même ses adversaires.
Dans plusieurs entretiens avec des médias américains, il a insisté sur sa capacité à bloquer la promulgation de toute loi que lui enverrait le Congrès, devenu démocrate.
Mais il a aussi dit, dans un entretien avec Politico : «Je ne veux pas passer les deux prochaines années à juste mettre mon veto à tout.»
Voilà donc la première inconnue de la fin de sa présidence: Donald Trump, qui n’a pas montré un grand intérêt pour le pouvoir législatif depuis son investiture en janvier 2025, est-il vraiment prêt à plancher sur des textes avec ces démocrates qu’il a qualifiés de «communistes» ou d’«extrémistes» ?
Enquêtes
Et comment réagira-t-il face aux enquêtes que ses opposants ne manqueront pas de lancer contre lui et certains de ses conseillers ou ministres ?
«Ils s’en prendront probablement à moi, et je m’en prendrai à eux», avait menacé dans un entretien à Time le républicain.
Il a aussi déjà évoqué la possibilité de gracier préventivement ses alliés, dont Elon Musk.
Habitué à être partout l’unique premier rôle, Donald Trump s’accommodera difficilement d’être un «canard boiteux» - le terme (lame duck) décrit un chef d’État empêché au Congrès et démonétisé parce que hors course pour la prochaine présidentielle.
La Constitution lui interdit en effet de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2028.
Privé du pouvoir budgétaire, qui appartient au Congrès, le président américain peut continuer toutefois à signer des décrets, quitte à déclencher d’interminables contestations en justice.
Il garde aussi de puissantes prérogatives en matière militaire et diplomatique.
Le président américain maintient par exemple le flou sur ses intentions concernant l’Iran, qu’il pourrait frapper à nouveau.
Il n’est pas exclu qu’il poursuive ses offensives commerciales contre les alliés de l’Amérique, ni qu’il poursuive sa vision d’un monde partagé en sphères d’influence, négociées par exemple avec les présidents russe et chinois, qu’il doit rencontrer dans une dizaine de jours en Chine.
Iran, Ukraine
Et Donald Trump restera un acteur décisif concernant la guerre entre la Russie, dont il s’est nettement rapproché récemment, et l’Ukraine.
Le revers électoral de mardi ne devrait par ailleurs certainement pas brider la passion de l’ancien promoteur immobilier pour les chantiers en tous genres.
Il pourrait même doper sa volonté d’imposer son héritage à l’Amérique sous forme de constructions monumentales — une salle de bal de la Maison Blanche, qu’il veut finir avant de quitter le pouvoir, ou un arc de triomphe qu’il veut commencer à construire très bientôt à Washington.
Reste que le président américain, qui a bouleversé la vie politique de son pays et l’ordre international, va bel et bien sortir de scène.
Donald Trump, qui se voit en «faiseur de rois» dans la perspective de 2028, pourrait au contraire être considéré comme toxique par les prétendants républicains potentiels.
Même des commentateurs fermement acquis à son idéologie MAGA (Make America Great Again) assènent qu’à son âge, 80 ans, et dans sa position institutionnelle, le milliardaire appartient déjà au passé.
«Le travail immédiat est de trouver un nouveau chef au parti. Ce ne sera pas Trump et cela ne le serait pas même si les républicains avaient gagné ce soir. Il est temps de regarder vers l’avenir», a par exemple écrit sur X le commentateur de droite radicale Matt Walsh.