Le Yémen connaît depuis jeudi ses combats les plus intenses depuis des années, avec déjà plus de 300 morts et de nombreux déplacés. Voici ce que l’on sait de l’offensive lancée par les Houthis pro-iraniens vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, sur la mer Rouge.
Pourquoi Bab el-Mandeb?
Depuis jeudi, les combats se concentrent notamment dans des zones du sud-ouest du Yémen proches de Bab el-Mandeb, étroit passage séparant la péninsule arabique de la corne de l’Afrique et reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez.
Une avancée des rebelles leur permettrait de renforcer leur capacité à menacer la navigation et à restreindre les exportations énergétiques des pays du Golfe.
Le verrouillage par l’Iran du détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique, a contraint l’Arabie saoudite à se tourner vers la mer Rouge pour exporter sa production d’hydrocarbures.
Entre mars et mi-juillet, ses exportations de brut passant par Bab el-Mandeb ont ainsi été multipliées par huit par rapport à la même période l’an dernier, selon le site de suivi maritime Kpler.
«Celui qui contrôle Bab el-Mandeb est en mesure d’imposer ses conditions», estime le chercheur yéménite Ahmed Hazaa.
Téhéran aux manettes?
Pendant la guerre à Gaza, les Houthis avaient déjà fortement perturbé le trafic en mer Rouge avec des attaques de drones et de missiles contre des navires qu’ils disaient liés à Israël.
Fin mars, au plus fort du conflit contre l’Iran, une source militaire iranienne citée par l’agence Tasnim avait averti que Téhéran avait «la volonté et la capacité» de faire peser une menace crédible sur Bab el-Mandeb.
Pour Ahmed Hazaa, l’offensive des Houthis vise «clairement à aider l’Iran après le blocus du détroit d’Ormuz». «Les Yéménites ne tirent aucun bénéfice de cette guerre. Il s’agit d’un conflit régional, dirigé par d’autres acteurs», dit-il à l’AFP.
Farea al-Muslimi, du centre de réflexion Chatham House basé à Londres, se montre plus prudent.
«Je ne pense pas que cela soit nécessairement dirigé par les Iraniens», affirme-t-il.
Selon lui, Téhéran peut tirer profit de la pression exercée par les Houthis sur Ryad, sans nécessairement piloter leurs opérations à l’intérieur du Yémen.
Tirer profit de la trêve
Huit années de guerre, entre 2014 et 2022, ont plongé le Yémen dans une grave crise humanitaire et divisé le pays. Les Houthis contrôlent la capitale Sanaa et une partie de l’ouest, tandis que le gouvernement reconnu par la communauté internationale est installé à Aden (sud), et contrôle une grande partie du sud et de l’est.
Une trêve conclue en 2022 avait largement gelé les fronts jusqu’à la reprise des hostilités en juillet.
Pour Farea al-Muslimi, l’offensive actuelle «n’est pas une surprise». Les Houthis ont mis à profit la trêve de 2022 pour entraîner leurs forces, renforcer leur arsenal et développer leurs capacités technologiques, dit-il à l’AFP.
Face à eux, le camp progouvernemental, formé par une coalition de forces hétéroclites, souffre de sa fragmentation.
«Elles n’ont tout simplement pas l’habitude de se coordonner entre elles», relève M. Muslimi.
