Donald Trump a exhorté lundi plusieurs pays musulmans, en premier lieu l’Arabie saoudite et le Qatar, à normaliser leurs relations avec Israël dans le cadre d’un éventuel accord avec l’Iran, une perspective jugée hautement improbable par des analystes.
Cette annonce survient sur fond de négociations entre Téhéran et Washington en vue de mettre durablement fin au conflit au Moyen-Orient, et au moment où le président américain cherche à rassurer son allié israélien.
Les accords d’Abraham, de quoi s’agit-il ?
Signés en 2020 sous l’égide de Donald Trump lors de son premier mandat, ces accords économiques, commerciaux et sécuritaires ont conduit à la normalisation des relations entre Israël et trois pays arabes: les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
Jusque-là, parmi les 22 membres de la Ligue arabe, seuls l’Égypte et la Jordanie avaient des relations diplomatiques avec Israël, en vertu d’accords de paix.
Si l’administration Trump cherche depuis à étendre ces accords, pour l’heure, seul le Kazakhstan, pays musulman non arabe qui reconnaissait déjà Israël, a accepté de les rejoindre en novembre.
Qu’a dit exactement Donald Trump?
Dans un message publié sur Truth Social après un appel avec des dirigeants et responsables d’Arabie saoudite, de Bahreïn, d’Égypte, des Émirats arabes unis, de Jordanie, du Pakistan, du Qatar et de Turquie, Donald Trump a estimé que ces pays devraient rejoindre les accords.
Ce processus de reconnaissance d’Israël «devrait commencer par la signature immédiate de l’Arabie saoudite et du Qatar, et tous les autres devraient suivre», a-t-il précisé.
«Il est possible qu’un ou deux (pays) aient une raison de ne pas le faire, et cela sera accepté, mais la plupart devraient être prêts», a encore ajouté le président américain.
Pourquoi ce n’est pas réaliste?
Déjà très impopulaire dans le monde arabe, Israël l’est davantage encore depuis la guerre dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 72 000 morts palestiniens, après avoir été déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas le 7 octobre 2023.
«Pour la plupart des États mentionnés, le coût politique d’une adhésion dans les conditions actuelles serait prohibitif», estime H. A. Hellyer, analyste au Royal United Services Institute.
«La guerre à Gaza se poursuit, l’annexion de la Cisjordanie s’accélère, les forces israéliennes restent dans le sud du Liban, le Golan est occupé», énumère-t-il, interrogé par l’AFP.
«Il est très probable que ça n’aboutisse pas», abonde Yossi Mekelberg, expert du Moyen-Orient au centre de réflexion londonien de Chatham House.
«Pourquoi ces pays récompenseraient-ils (le premier ministre israélien Benjamin) Netanyahou après autant de destructions dans la région», s’interroge-t-il.
En 2023, l’Arabie saoudite avait envisagé une normalisation, avant d’y renoncer avec l’attaque du 7 octobre, à laquelle Israël a riposté en lançant une opération dévastatrice contre la bande de Gaza.
Ryad répète désormais qu’il conditionne toute reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien, auquel s’oppose M. Netanyahou. Et si les autorités saoudiennes «décident de normaliser, elles voudront le faire de leur propre chef, et non via les accords d’Abraham», affirme M. Mekelberg.
Barbara Leaf, ex-sous-secrétaire d’État chargée du Moyen-Orient sous Joe Biden, dit à l’AFP «ne pas s’attendre» non plus à ce que les pays mentionnés par le président Trump «se dirigent vers une normalisation avec Israël».
Que cache cette annonce?
Pour certains analystes, M. Trump aurait fait cette annonce afin d’apaiser Israël, alors qu’il cherche à conclure un accord avec son plus grand ennemi, l’Iran.
Il pourrait aussi essayer d’obtenir une issue positive au conflit pour couper court aux critiques dans son pays, selon eux.
Il s’agit «d’une tentative américaine de convaincre Israël et les factions les plus intransigeantes à Washington que la guerre, la pression et l’escalade ont engendré des gains politiques», a publié sur X Abdulla Banndar Al-Etaibi, professeur à l’université du Qatar.
Cherchant à démontrer que «l’escalade n’a pas été vaine», l’administration Trump tenterait, dit-il, de prouver qu’elle a «remodelé l’environnement régional».
«Ce qui est frappant, c’est que (le projet des accords d’Abraham) puisse encore avoir un quelconque crédit à Washington», estime pour sa part M. Hellyer.
Et d’ajouter: «cela en dit long sur le degré de déconnexion entre les débats politiques à Washington et la réalité des calculs politiques» sur le terrain.