L’Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les États-Unis, malgré les récentes frappes américaines, sur fond de regain d’optimisme des marchés où les cours du pétrole reculaient.
Donald Trump a dit mercredi qu’il n’était «pas satisfait» pour l’instant des propositions de l’Iran en vue d’un accord mettant fin au conflit, tout en restant évasif sur les négociations en cours.
L’Iran «veut vraiment conclure un accord. Ils n’y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l’être. Nous finirons par l’être. Ou alors nous devrons simplement finir le travail», a dit le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison-Blanche.
Dans le même temps, comme une étape de plus vers un retour à la normale, l’accès à internet a été en partie rétabli en Iran, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks. Et dans le ciel, le trafic a désormais pleinement repris dans 10 aéroports du pays.
Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d’un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis. Et le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran continue, faisant flamber les prix de l’or noir et vaciller l’économie mondiale.
«Des frappes ce soir?»
Dans ce contexte tendu, des Iraniens témoignent de leur désarroi.
«J’ai l’impression que rien n’est encore certain, même si le cessez-le-feu est toujours en vigueur et qu’il est question d’un possible accord. On se demande tous les jours: y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?», dit à l’AFP Amir, un développeur de logiciel de 27 ans dans la capitale iranienne.
Les Gardiens de la Révolution jugent cependant la probabilité d’une reprise du conflit «faible en raison de la faiblesse de l’ennemi». Mais «les forces armées se tiennent en alerte», a prévenu Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales cité par l’agence de presse Tasnim, jurant de transformer le Golfe en «un cimetière pour les agresseurs», si besoin.
Selon le ministère iranien du Renseignement, les États-Unis et Israël ont raté, avec leur attaque lancée le 28 février, leur «objectif de renverser et de diviser le pays», mais poursuivent désormais ce but «par d’autres moyens».
La veille, la République islamique avait accusé Washington d’avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays, après l’annonce du commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) de frappes dans la nuit de lundi à mardi sur des sites de lancement de missiles.
L’Iran n’a pas officiellement confirmé l’information, mais les médias d’État ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.
Accès aux avoirs
Mercredi, les cours du pétrole ont plongé, les marchés voulant croire en un accord. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 3,73% à 95,87$.
«Il subsiste un air d’optimisme prudent quant à la signature et aux détails d’un protocole d’accord (MoU) entre les États-Unis et l’Iran», commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.
L’agence iranienne Isna a fait état de «négociations globalement positives» après la visite de hauts responsables iraniens au Qatar, une première depuis le début des hostilités marquées par des tirs de représailles iraniens sur ses voisins du Golfe.
Ce déplacement avait pour but de discuter des «modalités d’accès» aux fonds gelés à l’étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d’avoirs, «avec mise à disposition de la moitié dès l’annonce du protocole d’accord», selon Isna.
C’est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l’Iran souhaite aborder dans un second temps.
«Ordres iraniens»
Les États-Unis réclament la destruction de son stock d’uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes, en juin 2025. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.
La télévision iranienne a fait état mercredi d’une ébauche du protocole d’accord en dicussion, prévoyant notamment selon elle un engagement des États-Unis à lever leur blocus des ports iraniens.
«Cette information des médias d’État iraniens n’est pas vraie et le projet d’accord-cadre qu’ils ont “publié” est une totale invention», a réagi la Maison-Blanche.
Donald Trump, qui doit réunir mercredi son gouvernement, cherche une issue à ce conflit impopulaire qui fait monter les prix à la pompe en raison du quasi blocage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.
Mercredi, les Gardiens de la Révolution ont insisté sur le fait que seuls les navires «prêts à se conformer aux ordres iraniens» seraient autorisés à emprunter la stratégique voie maritime, selon la télévision d’État.
Sur le front libanais du conflit, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé une intensification de l’offensive de l’armée contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.
