Perchée au sommet d’une colline enneigée, à environ 2 000 mètres d’altitude, se trouve la base radar de Kurecik, une installation clé de l’OTAN utilisée pour la détection précoce des missiles balistiques. Ces stations d’alerte ont joué un rôle essentiel tout au long de cette guerre qui dure depuis deux semaines, non seulement pour la résistance turque, mais aussi pour les pays voisins qui ont également été pris pour cible par l’Iran.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La semaine dernière, un système américain de défense antimissile Patriot a été déployé sur cette base après que deux missiles tirés depuis l’Iran ont été abattus, selon des responsables turcs. Vendredi, un troisième a été intercepté.
«Je n’ai pas peur», affirme Mehmet, propriétaire d’un magasin près de Malatya, lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de la guerre qui fait rage juste à côté, en Iran.
«Nous n’avions pas de problèmes avec l’Iran auparavant. Mais s’il arrive quelque chose, nous pouvons aller nous battre pour notre pays.»
— Mehmet
L’espoir, bien sûr, est que l’on n’en arrive pas là. Le chef de la diplomatie turque affirme que l’Iran a nié toute responsabilité dans le tir des missiles balistiques, prétendant n’avoir jamais ordonné une telle attaque.
«Nous discutons avec eux de la divergence entre leurs déclarations et la réalité», a indiqué le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, ajoutant que la question était débattue tant au niveau diplomatique que militaire.
Pour ceux qui vivent près des bases de l’OTAN en Turquie, il y a à la fois un risque et un avantage : les bases utilisent une technologie de pointe et ont réussi à intercepter des missiles, mais elles constituent également des cibles.
«Des avantages et des inconvénients», reconnaît Mehmet, qui dit se sentir plus en sécurité avec le système de défense turc.
Un autre commerçant de Malatya, Burhan, raconte avoir travaillé à la base radar pendant huit ans. Il espère que la Turquie ne sera pas entraînée dans cette guerre et au-delà.
«Nous sommes forts… et prêts à tout», dit-il.
Si le rythme des attaques iraniennes a ralenti ces derniers jours, le pays a tout de même réussi à mener des frappes de précision à l’aide de missiles et, plus fréquemment, de drones. Le régime affirme viser les États-Unis, Israël et «leurs alliés», y compris les pays voisins du Golfe où des hôtels, des commerces et des raffineries de pétrole ont été touchés.
Si les armes utilisées par les États-Unis et Israël sont bien plus sophistiquées que l’arsenal iranien, elles sont aussi bien plus coûteuses, chaque missile coûtant des millions de dollars. En revanche, les drones iraniens ne coûtent qu’une fraction du prix des armes américaines qui les neutralisent.
«C’est une guerre économique en ce moment», a affirmé le major-général à la retraite David Fraser, analyste militaire de CTV et ancien commandant de l’OTAN en Afghanistan. «Pour abattre un drone de 60 000 dollars, le rapport de coût pourrait être de 163 pour un. C’est efficace, mais certainement pas efficient.»
Les États-Unis ne divulguent pas le nombre de missiles ou de drones qu’ils interceptent, mais ont déclaré la semaine dernière que les forces américaines et israéliennes avaient frappé 15 000 cibles en Iran depuis le début de la guerre. Et bien que l’Iran soit affaibli, M. Fraser note qu’il n’est certainement pas vaincu.
«(Les États-Unis) ont complètement sous-estimé les Iraniens», a soutenu M. Fraser. «Ils ont retrouvé un second souffle.»
L’Iran déploie une stratégie similaire à celle utilisée en Ukraine, qui a réussi à tenir en échec l’armée russe, bien plus puissante, pendant plus de quatre ans. L’Iran ne peut rivaliser avec les États-Unis et Israël en matière de puissance de feu, mais il parvient jusqu’à présent à infliger des dégâts en utilisant des drones et des points d’étranglement comme le détroit d’Ormuz.
Le président américain Donald Trump a appelé ses alliés à aider à rouvrir le détroit d’Ormuz, bien qu’il ne soit pas certain qu’un pays soit prêt à se porter volontaire pour patrouiller ce passage étroit.

